Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.
L’Etat de droit européen se pense protecteur pour tous, qu’il s’agisse des citoyens européens ou en provenance d’Etats tiers, mais à deux mois de la mise en œuvre effective du Pacte sur les migrations et l’asile, les difficultés liées à la migration persistent.
En effet Laurence, ce Pacte, promettant une politique migratoire durable pour l’Union, semble bien flou face aux défis qui sont toujours bien là : la lutte contre le trafic d’êtres humains, les conditions d’accueil d’urgence toujours difficiles. Et en ce qui concerne les régularisations de ces migrants et l’organisation de leur retour en cas de non-obtention d’un titre de séjour en Europe, les choses ne semblent pas beaucoup plus claires.
Depuis le début de l’année, 683 migrants sont morts ou ont été portés disparus en Méditerranée.
C’est tragique. A l’heure actuelle, de nouveaux outils permettant de suivre les activités financières numériques et illicites et un régime de sanctions est envisagé par l’Union, mais cette dernière semble bien démunie face à ce fléau du trafic d’êtres humains.
Les candidats au rêve européen, fuyant combats et conditions de vie insupportables, ont-ils tous le droit de déposer une demande d’asile ?
En droit, oui. Tous les Etats de l’UE ont ratifié la Convention de Genève mais chaque Etat membre européen permet de conditions de dépôt très différentes. C’est la différence entre un Etat géographiquement en position d’accueil d’urgence et un autre qui peut se permettre d’être mieux organisé. En cas d’échec pour l’asile, chaque candidat peut tenter une régularisation par le travail.
Dans les faits, les possibilités de s’intégrer et de travailler dépendent de la possibilité pour le candidat de parler la langue et parce qu’il y a un besoin de main d'œuvre.
Exactement. Et en ces temps difficiles où on parle beaucoup de reconduite à la frontière, l’Espagne fait exception. Le 27 janvier 2026, le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a annoncé l’ouverture d’une procédure de régularisation « exceptionnelle ». Le Premier ministre espagnol, dans une tribune au New York Times, écrit « Voici pourquoi l’Occident a besoin de migrants ».
L’Espagne compte des centaines de milliers de travailleurs sans papiers devenus essentiels à la vie économique donc cela semble illogique de les traquer et de les expulser.
Oui, il va même plus loin. L’Occident a besoin de population et face aux dirigeants proches du mouvement MAGA, qui jugent sa mesure suicidaire, Pedro Sanchez lance un avertissement : « Ne vous laissez pas berner. L’Espagne est en plein essor. »
A partir de ce mois d’avril, les travailleurs sans papiers d’Espagne peuvent donc déposer une demande de régularisation.
Oui, cela concernerait près de 840.000 personnes. Ce qui est intéressant, c’est que le Premier ministre espagnol est devenu la tête d’affiche du contre-mouvement MAGA mais il n’est pas le seul à être arrivé à cette conclusion de politique migratoire réaliste. Le gouvernement Meloni, en Italie, a délivré 450.000 permis de travail, ces deux dernières années, aux migrants de son territoire.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.