Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.
Protéger notre État de droit européen, quand on voit comme le droit est devenu accessoire dans le monde actuel, est devenu capital !
C’est sûr Laurence que, depuis cinq ans, avec l’"opération spéciale russe en Ukraine de trois jours” et l’attaque du Hamas d’octobre 2023 et son interminable riposte, les motivations des interventions armées de haute intensité et le droit à la légitime défense sont de plus en plus difficiles à saisir.
Certains représentants étatiques ne s’embêtent même plus à jouer sur les mots du droit international, comme cela a été longtemps le cas. Aujourd’hui, ce qui compte, c’est la démonstration de force brute.
Et à ce jeu-là, ce sont les Etats-Unis de Donald Trump et leurs interventions éclair qui tirent leur épingle du jeu, ce qui peut expliquer que certains adhèrent aux incohérences qui se multiplient – ils se pensent probablement à l’abri. Il faut toutefois admettre que cela ne confère pas le statut d’allié, le ministre italien de la défense, en villégiature à Dubaï ce week-end, pourra en témoigner.
Notre antenne rend hommage au 5e anniversaire de la résistance ukrainienne et s’attarde à analyser régulièrement l’engagement toujours (peut être trop) prudent de l’Union européenne, et c’est important !
C’est capital! il faut bien garder en tête que les incohérences à répétition et le martelage d’une opinion ont – et ont toujours eu – pour objectif de désorienter l’adversaire. Il est évident que pour ces démonstrateurs de force brute, le but est de désorienter en particulier ceux qui ont adhéré à un système de normes strict, directement issu du droit international du maintien de la paix, avec ses juridictions et ses sanctions.
L’objectif de la désinformation est d’amener un maximum de décideurs occidentaux à considérer une victoire russe comme la seule issue raisonnable, et ainsi affaiblir le soutien européen à Kiev.
C’est ce qui semble être la stratégie poursuivie. Le vote d’une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU soutenant l’intégrité territoriale de l’Ukraine est marqué par une abstention des États‑Unis et de la Chine mais il reste un large soutien international à Kiev.
De son côté, l’Union européenne tient bon et renforce massivement son soutien à l’Ukraine, avec un prêt de 90 milliards € pour 2026-2027 approuvé par le Parlement le 11 février 2026.
Oui, mais conclu en coopération renforcée consécutivement aux défections de la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie. C’est là qu’on voit le travail de sape de Moscou. En Hongrie, le premier ministre Viktor Orbán semble en difficulté dans les sondages avant les élections législatives du 12 avril prochain. Pour mobiliser son électorat, il mène une campagne agressive anti‑Ukraine, favorable à une victoire russe. Il présente la résistance des Ukrainiens comme une menace qui coûte cher aux Hongrois et les entraînera dans une guerre. Il semble donc penser que cette position lui assurera une nouvelle majorité au Parlement,... difficile de dire si les électeurs hongrois seront convaincus par cette position.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.