Dans ces chroniques, euradio vous propose de creuser et d'observer tout ce que les sols ont à nous offrir. Avec Tiphaine Chevallier, chercheuse à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD).
Bonjour Tiphaine Chevallier, vous vouliez nous raconter une histoire aujourd’hui.
Oui une histoire écrite par Paul Legain, doctorant à l’INRAE. Quand on fait une thèse en science du sol, dans les diners en ville, les sujets d’étude font fuir les moins curieux. Pour qu’ils suscitent de l’intérêt, il faut ruser… Paul a choisit la forme du conte.
Un conte qui commence par « il était une fois » ?
Un conte qui commence par « il était une fois ». Donc : il était une fois, durant une journée très chaude d’été, une agricultrice et un agriculteur parcouraient leurs champs, acquis récemment. Ils remarquèrent, lorsqu’ils marchèrent sur une première parcelle que celle-ci avait un aspect très dur, comme du béton et avec un réseau de fissures important en surface. Ils s’étonnèrent. Arrivés sur une deuxième parcelle, le sol n’était pas du tout le même : il était moins cohérent, désagrégé en petites particules qui se soulevaient facilement au passage du vent. Ils s’étonnèrent. Arrivés sur leur dernière parcelle, le sol était encore différent : il était le moins cohérent des trois, et lorsqu’ils creusèrent sur plusieurs cm, le sol était toujours aussi sec qu’en surface. Ils s’étonnèrent, et, rentrèrent chez eux en dissertant sur la diversité de leurs sols.
La nuit fut secouée par un violent orage d’été, ils retournèrent sur leur terrain dès le lendemain. Parcourant leur champ comme le jour d’avant, l’aspect des 3 sols n’était plus le même : sur la première parcelle, les fissures avaient disparu, le sol avait comme qui dirait gonflé : « C’est donc ça, les argiles gonflantes ? Une vraie éponge celui-là ! » Se dit l’agriculteur. L’agricultrice répondit : « Mmmm, ça doit dépendre du type d’argile… » (ils embarquèrent au passage des morceaux de sol très collant sous leur botte). Sur la deuxième parcelle, une croûte quasiment imperméable s’était formée en surface avec la pluie. Lorsqu’ils creusèrent, le sol était boueux sur les premiers mm, mais quasiment sec juste en dessous. « Cela doit être la croûte de battance, je présume ? » Se demanda l’agriculteur. « J’ai l’impression que c’est la terre fine que nous avons vue hier qui a colmaté la porosité », se dit l’agricultrice. Enfin, sur la dernière parcelle, l’aspect du sol n’avait pas changé, juste plus humide. « Comme une passoire, celui-là ! » se dirent les 2 agriculteurs. En repartant, ils furent surpris de la terre de certains champs qui était partie sur les chemins.
Perplexes, au vu de l’hétérogénéité des comportements des sols face aux intempéries, des tonnes de questions se bousculaient dans leur tête : « est-ce qu’il existe des sortes d’indicateurs d’évolution de la surface des sols, de la structure du sol en fonction de leur teneur en eau ? »
« Est-ce la force, l’intensité des pluies qui jouent ? »
C’est ça « de quoi dépend exactement l’ampleur des déformations de chacun des sols, uniquement de la force, de la quantité de pluie ? » et encore ces questions « est-ce que les propriétés des sols jouent ? la teneur en argile, la teneur en matière organique ? ». L’agricultrice demanda à l’agriculteur : « Mmmm… en plus, vu que la majorité des fonctions du sol est associée à sa structure : circulation des gaz, de l’eau, des éléments en solutions, activité des microorganismes, je me demande si tout ça ne va pas au final jouer sur la capacité de nos sols à stocker de l’eau et des éléments nutritifs pour nos cultures ». L’agriculteur pensif acquiesça et ajouta « surtout qu’avec cette histoire de changement climatique, on nous promet plus d’épisodes de sécheresse suivies de fortes pluies. J’ai bien peur que ce type de promesse-là ne soit malheureusement tenu…. ». Ils s’assirent sur un talus, les yeux plongés sur les quelques mottes de terre décollées de leurs bottes en essayant d’y voir l’avenir comme si c’était du marc de café. C’est alors, qu’un jeune armé de bottes, tarrière, caisse plastique remplie de couteaux, élastiques, feutres, carnet, sacs plastiques, centimètres, leur annonça que s’était justement son sujet de thèse !
C’est fini ? On n’a pas les réponses aux tonnes de questions qui se bousculaient dans leur tête….
Non pas encore Laurence, Paul commence sa thèse. Il a tout juste commencé les prélèvements de sol. Mais je suis contente de voir que vous avez envie de connaître la suite. Les problématiques des thèses en science du sol sont bien souvent très concrètes, nous tentons de répondre à des questions simples. Mais face à la diversité des sols et la variabilité du climat, trouver de la généricité dans les réponses afin, ici, de construire des modèles de prédiction d’évolution de la structure du sol et de ses effets sur fonctionnement du sol est une autre histoire…
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.