Les sols, merveilles invisibles

L'érosion des sols

© Tiphabb - Wikimedia Commons L'érosion des sols
© Tiphabb - Wikimedia Commons

Dans ces chroniques, euradio vous propose de creuser et d'observer tout ce que les sols ont à nous offrir. Avec Tiphaine Chevallier, chercheuse à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

Bonjour Tiphaine, aujourd’hui vous vouliez nous parler d’érosion.

Oui d’érosion des sols car c’est la principale menace qui pèse sur nos sols. Vous vous souvenez de l’image de la pomme ?

La pomme… la pomme qui représente la terre et un petit lambeau d’épluchure qui représente les sols ?

Oui c’est ça, de la pomme on enlève les ¾ qui sont les mers et océans, puis on enlève la moitié du quart restant, pour les déserts, glaciers, les hautes montagnes puis on enlève encore un bon bout pour les sols trop dégradés. On épluche le petit quartier qu’il nous reste en main. On observe le lambeau de peau… et on se dit, eh bien voilà ce qu’il nous reste pour manger, se fournir en fibres, en bois. Bref pour vivre.

La ressource à l’échelle de la planète semble quand même bien mince.

C’est le cas de le dire Laurence, bien mince. Et c’est bien là que je voulais en venir pour parler d’érosion. De fortes pressions s’exerce sur ce lambeau d’épluchure essentiel à la vie, dont l’érosion. L’érosion décape, amincit les sols progressivement. L’eau est l’agent principal de l’érosion mais il y a aussi le vent, et la récolte, car quand on récolte, on récolte souvent un peu de terre avec. Les pertes par érosion sont difficiles à quantifier. Elles sont très variables d’un endroit à l’autre. De 1 mm à 1 cm par an, ou de l’ordre de 1,5 t de terres perdues par hectare et par an. Ces chiffres moyens ne veulent pas dire grand-chose, car l’érosion en forêt ou prairie va être très faible alors que dans les zones de grandes cultures ou de vignobles, elle peut être très importante.

C’est un phénomène naturel ?

Oui l’érosion a été et est toujours un processus naturel essentiel pour enrichir des plaines fertiles, nourrir les deltas, les océans d’éléments minéraux et organiques provenant de l’amont. Les sédiments provenant de l’érosion et se déposant à l’aval ne sont pas perdus pour tout le monde. Mais comme tout dans la vie et la nature, il faut de la mesure. Respecter les équilibres. Selon la nature du sol, sa couverture et la force des pluies, du ruissellement qu’ils subissent, les pertes de sols peuvent être nettement, mais nettement de 10 à 100 fois supérieures à ce que les sols peuvent produire.

C’est pour ça qu’on dit que le sol n’est pas une ressource renouvelable ?

Oui car la couche de sol superficielle qui s’en va est la couche la plus fertile du sol.

Et en plus cela provoque des coulées de boue.

Oui, l’érosion peut causer des évènements dramatiques, mais sans parler de coulées de boue spectaculaires, l’érosion est pour une grande part diffuse. Les mottes à la surface du sol fondent progressivement à chaque pluie. L’appauvrissement des sols, la perte de terres est insidieuse, progressive. Mine de rien, un peu de sol est perdu à chacune des pluies. C’est pour cela que cette érosion est difficile à quantifier. Ce qui est perdu ici a pu se déposer un peu plus loin... ça se voit bien sur certains champs, où on a l’impression qu’il y a des endroits plus usés que d’autres. Des tâches plus claires au sommet de petites pentes, là où la vitesse de l’eau est un peu plus élevée, ou le vent a pu arracher un peu plus de particules. Le sol s’y amincit plus vite.

L’épluchure de la pomme est donc un peu trouée…

Et puis un peu salée, un peu bétonnée… Vous ne regardez pas vos prochaines épluchures de pomme de la même manière !

Non c’est sûr, mais mes prochaines épluchures, je les composterai !

Excellente idée Laurence, car comme on l’a déjà dit, enrichir les sols en matière organique et donc par exemple avec du compost, est une des solutions pour protéger les sols. Et ça marche aussi contre l’érosion. Pour limiter l’érosion des sols, on peut limiter la force érosive de l’eau en couvrant les sols de végétation, en cassant le ruissellement et favorisant l’infiltration de l’eau dans le sol par des haies ou des bandes enherbées par exemple. On peut aussi renforcer la structure du sol pour qu’elle résiste mieux à la dispersion. Ce que peut faire la matière organique en favorisant la stabilité des agrégats du sol face à l’eau. La gestion des couverts végétaux et des matières organiques est donc une fois de plus un élément clef pour lutter contre la dégradation et l’érosion des sols.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.