Toutes les deux semaines, retrouvez Romain Le Quiniou sur Euradio avec sa chronique Europe Puissance, qui parle des faiblesses européennes sans tabou pour mieux imaginer l’Europe stratégique de demain.
On retrouve tout de suite Romain Le Quiniou, Directeur général d’Euro Créative, pour sa chronique Europe Puissance. Romain, vous nous parlez d’une nouvelle initiative de la Commission pour les régions de l’Est.
Oui Laurence. Bruxelles vient de lancer EastInvest, une plateforme financière dédiée aux régions de l’UE en première ligne face à la guerre.
Ce sont ces régions qui bordent la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine. On parle de régions européennes historiques mais peu connues en France telles que la Carélie du Sud, les Basses-Carpates ou encore le Delta du Danube.
Le message de la Commission est tout à fait politique. Cela montre que ces territoires ne sont pas une périphérie mais des zones stratégiques. Et les aider, ce n’est pas seulement de la solidarité : c’est un investissement en termes de sécurité, de compétitivité et de stabilité pour l’Union.
Pourquoi maintenant ? Qu’est-ce qui a poussé la Commission à accélérer ?
Il faut dire que le choc que nous vivons n’est plus conjoncturel. On vient de commémorer le quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. La guerre dure depuis douze ans, dois-je le rappeler.
Depuis 2022, ces régions subissent donc ruptures commerciales, coûts de sécurité plus élevés, pression démographique, et menaces hybrides.
La Commission a donc finalement adopté une stratégie dédiée, et EastInvest en est le bras “actionnable”.
L’idée, c’est de passer d’une logique de soutien diffus à une logique de levier d’investissement, plus lisible et plus rapide.
Concrètement, EastInvest, c’est un nouveau fonds ? De l’argent “gratuit” ? Je vois déjà certaines critiques fleurir sur le coût pour le contribuable français.
Non. EastInvest, ce n’est pas une enveloppe de subventions : c’est un guichet qui facilite l’accès aux prêts et à des services de conseil pour des projets publics et privés.
L’initiative réunit la Banque Européenne d’Investissement, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement, la Banque nordique d’investissement, la Banque de développement du Conseil de l’Europe, et les banques nationales de neuf pays : la Finlande, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie.
Objectif affiché : au moins 28 milliards d’euros d’investissements mobilisés.
Et on finance quoi, exactement, avec ce type de plateforme ?
Le cœur, c’est la résilience économique des régions frontalières.
On parle donc d’infrastructures de transport et de logistique, de connectivité numérique, d’énergie, de soutien aux collectivités locales. En somme, l’initiative se concentre sur les projets qui sécurisent la prospérité.
C’est cohérent avec la stratégie de la Commission : sécuriser, connecter, investir, et aussi éviter que ces territoires se vident de leur population. On parle de régions où la géopolitique se traduit très vite par des usines qui ferment, des jeunes qui partent, et des échanges qui se raréfient.
Très bien mais où se place EastInvest par rapport aux Fonds de Cohésion ou à Interreg ?
Interreg, c’est la coopération entre régions. Cela permet de bâtir des projets communs, de faire travailler ensemble les acteurs transfrontaliers.
EastInvest, c’est l’étage au-dessus : financer plus massivement, avec de l’ingénierie et du prêt, pour passer à l’échelle.
L’idée n’est donc pas de remplacer Interreg, c’est d’ajouter une dimension d’investissement ciblée pour que la frontière orientale tienne dans la durée.
Et c’est exactement ça, l’Europe puissance : la capacité à transformer une frontière sous pression en profondeur stratégique, en mobilisant vite des capitaux, des institutions et des projets.
Il y a aussi un enjeu d’après-guerre lorsque le conflit terminera et que l’Ukraine pourra envisager plus sereinement son intégration européenne, n’est-ce pas?
Oui, c’est essentiel. EastInvest prépare aussi selon moi l’après-guerre et donc la reconstruction de l’Ukraine.
Quand celle-ci s’accélérera, les régions orientales de Pologne et de Roumanie notamment peuvent devenir des plateformes clés avec la multiplication des corridors ferroviaires et routiers, des hubs logistiques, et autres chaînes d’approvisionnement et d’infrastructures stratégiques.
Autrement dit, investir dès maintenant dans les infrastructures, la connectivité et la résilience économique à l’Est de l’UE, c’est aussi se positionner pour demain pour que la reconstruction bénéficie à l’Ukraine, évidemment, mais qu’elle tire aussi la croissance et la stabilisation de toute la frontière orientale de l’Union.
Merci Romain Le Quiniou. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode d’Europe Puissance.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.