L'édito européen de Quentin Dickinson

Alba forever !

Photo de paws and prints sur Unsplash Alba forever !
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Chaque semaine, Quentin Dickinson revient sur des thèmes de l'actualité européenne sur euradio.

Cette semaine, Quentin Dickinson, vous vous trouvez en Écosse, et vous allez nous faire le point sur le long cheminement de l’indépendance de ce pays…

D’abord, une précision : je me trouve effectivement à AYTON, petit village écossais, bon poste d’observation situé justement à la frontière avec l’Angleterre.

Précédé par une mosaïque mouvante de petits fiefs, un État écossais unitaire émerge progressivement au cours des VIIIe et IXe siècles, en partie pour résister aux incursions de Vikings venus du sud-ouest de la Norvège, Vikings qui finiront intégrés aux populations primitives et celtes qui les ont précédés.

Une institution parlementaire écossaise voit le jour au XIIIe siècle et se maintiendra pendant près de 400 ans, avant de disparaître et de ressusciter en 1999.

L’histoire du Royaume d’Écosse, on le sait, est intimement liée à celle du voisin anglais, lequel aura au fil des siècles cherché par tous les moyens militaires, financiers, et constitutionnels à s’approprier les vastes étendues situées au nord du Mur d’Hadrien, ce limes traversant la Grande-Bretagne d’est en ouest que les Romains avaient sagement édifié pour tenir à distance les querelleuses tribus écossaises de l’époque. 

Mais l’Écosse a dû souvent défendre son indépendance les armes à la main…

Vous avez raison. Popularisée par Mel GIBSON dans son film Braveheart, la Première Guerre anglo-écossaise allait durer trente-quatre ans ; vingt ans après, la Seconde Guerre d’indépendance se solda aussi par une victoire des Écossais, aidés, il est vrai, par le début en 1337 de la Guerre de Cent ans, nouvelle priorité pour les Anglais, confrontés cette fois-ci à la France.

Mais comment alors l’Écosse a-t-elle perdu son indépendance, puisqu’elle gagnait à peu près toutes ses batailles contre les Anglais ?

C’est l’imprévu qui change tout : une succession royale rapproche, puis unit les couronnes d’Angleterre et d’Écosse : après la mort sans descendance d’Elizabeth I d’Angleterre, ses cousins STUART, Rois d’Écosse, héritent des couronnes d’Angleterre et d’Irlande. Les Parlements et les Conseils au Sceau privé anglais et écossais sont maintenus et gèrent séparément leurs affaires.

Mais l’absence de descendance de la Reine Anne allait ouvrir une nouvelle crise de succession, doublée d’un affrontement entre Écossais, catholiques, et Anglais, protestants, ces derniers seuls habilités à régner sur l’Angleterre. 

Il s’ensuivra une révolte du Parlement écossais suivie d’un soulèvement populaire, brutalement réprimé – c’est que les Anglais redoutaient par-dessus tout d’être pris en étau entre une France hostile et le vieil allié de celle-ci, l’Écosse.

En 1707, les Actes d’Union allaient souder les deux pays. En dépit d’une tentative militaire mal organisée et vouée à l’échec, autour d’un prétendant STUART, connu sous le sobriquet de Joli-Prince-Charlie, les jeux étaient faits pour l’avenir prévisible. Le soutien au nouveau régime de la part de grandes familles écossaises allait être acheté par les Anglais à coup de titres, de terre, et d’or, au grand dam du peuple et de la petite noblesse. Progressivement, LONDRES allait tenter de substituer la notion de Grande-Bretagne-du-Nord à celle d’Écosse, tenant les spécificités écossaises pour enfantillages folkloriques.

Et cette situation allait durer jusqu’en 1999, disiez-vous ?...

Quelque peu inspiré par le mouvement nationaliste en Irlande dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’idée chez les Écossais d’une indépendance retrouvée commence à s’exprimer chez les intellectuels. 

Le débat devient public après 1945, et débouche en 1999 sur la régionalisation des institutions en Écosse, au Pays de Galles, et en Irlande du Nord par la création de parlements et de gouvernements spécifiques, dotés de pouvoirs importants. Curieusement, à ce jour, rien de tel n’existe, s’agissant de l’Angleterre elle-même.

Un référendum sur le retour à l’indépendance de l’Écosse a bien eu lieu en 2014. Résultats : 55,3 % pour le Non, 44,7 % pour le Oui ; et 84,6 % de participation.

Alors, fin de parcours pour une Écosse souveraine et indépendante – Pas de nouveau référendum pendant une génération, comme le répétait, triomphant, Boris JOHNSON ?...

Outre que ce Boris-là s’est trompé avec une joviale conviction sur à peu près tout, un autre référendum est venu deux ans après bouleverser la donne : c’est celui du Brexit, remporté par les partisans de celui-ci au niveau du Royaume-Uni, mais rejeté par une majorité d’électeurs en Écosse.

Et aujourd’hui, Quentin Dickinson ?...

Aujourd’hui, la question de l‘indépendance continue à dominer la politique régionale écossaise, sur fond de recul du Parti national écossais, d’érosion des Travaillistes et des Libéraux-démocrates, et de lutte pour sa survie du Parti conservateur, menacé par le parti d’extrême-droite de Nigel FARAGE.

Mais un sondage, tenu régulièrement par nos confrères de la BBC sur les intentions de vote dans l’hypothèse d’un nouveau référendum, montre une nette inversion des tendances le 16 janvier dernier, le Oui l’emportant depuis cette date de façon croissante ; on en est cette semaine à 53 % pour le Oui contre 47 % pour le Non.

Toutefois, on peut estimer qu’à moins de résultats durablement à 60 % contre 40, rien n’est véritablement gagné pour l’un des deux camps. Tout reste donc possible – et l’inverse.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.