L'édito européen de Quentin Dickinson

Mais qu'ont-ils donc appris?

© Mimi Thian via Unsplash Mais qu'ont-ils donc appris?
© Mimi Thian via Unsplash

Chaque semaine, Quentin Dickinson revient sur des thèmes de l'actualité européenne sur euradio.

Cette semaine, Quentin Dickinson, à un moment où la dégradation des résultats scolaires constitue un sujet majeur en Europe, vous vous proposez de vous pencher sur l’une des méthodes destinées à renverser cette pente fatale pour les futures générations…

C’était un vrai motif de fierté pour les Suédois : tous les trois ans, leurs écoliers étaient sacrés champions mondiaux de l’alphabétisation par le tableau comparatif PISA, acronyme du Programme international pour le Suivi des acquis des élèves, organisé par l’OCDE. Ce rapport évalue les capacités de ceux-ci, à l’âge de quinze ans, à comprendre et à utiliser le contenu de textes écrits. Parallèlement est mesuré le raisonnement appliqué aux sciences et aux mathématiques.

Mais cela, c’était au début du siècle. Le Rapport PISA le plus récent constate l’effondrement de dix-neuf points – en à peine quatre ans – du niveau de lecture et d’écriture des adolescents suédois, qui n’obtiennent que la note de 487. C’est à comparer aux 543 points des jeunes Singapouriens, actuels meilleurs élèves de la planète, suivis des Irlandais à 516.

Le constat du ministère suédois de l’Éducation est implacable : plus de 25 % des jeunes scolarisés éprouvent d’importantes difficultés à lire et à écrire.

Mais comment s’explique ce recul ?...

Tout simplement, vers 2010, par l’irruption à l’école des tablettes et des téléphones portables, encouragée par les autorités scolaires, convaincues un rien naïvement de l’efficacité tous-azimuts de l’informatique dans les processus d’apprentissage. Le consensus se fait aujourd’hui, mais un peu tard, qu’il s’agissait en partie d’un phénomène de mode, très activement promu par les fabricants de matériel informatique. Désormais, les pédagogues reconnaissent que les enseignants étaient majoritairement mal préparés à l’intégration des nouvelles technologies dans leurs cours ; de même, ces experts déplorent la perte de concentration induite par le temps passé devant un écran.

Alors, comment les écoles suédoises se sont-elles organisées pour renverser cette tendance ?...

Sous la houlette de leur ministère de tutelle, les chefs d’établissement sont priés de mettre en œuvre un retour au recours généralisé aux livres scolaires, ainsi qu’à une importante réduction de l’utilisation des ordinateurs. Slogan des instructions ministérielles : Från Skärm till Pärm, comprenez : De l’écran au classeur.

Les résultats officiels se font attendre, mais les méthodes sont partout évidentes : séance d’un quart d’heure de lecture au début de chaque demi-journée de cours, suivie d’un échange avec l’enseignant pour éliminer les difficultés de compréhension ; ou encore le redéveloppement de l’attractivité des bibliothèques scolaires.

Mais il n’y a pas que cela, Quentin Dickinson ?...

Non, en effet. Dès la rentrée prochaine, les téléphones portables seront interdits dans toutes les écoles du royaume. Depuis le lancement de l’opération en 2023, le gouvernement aura dépensé plus de 183 millions d’Euros en achats de livres ; l’objectif est de fournir au moins un livre par matière pour chaque écolier. En même temps, le réapprentissage de l’écriture manuscrite se généralise.

Ce que vous décrivez n’est tout-de-même pas un phénomène dont la Suède aurait l’exclusivité ?...

Loin de là, car il faut se souvenir que les pays du Nord de l’Europe ont été des précurseurs en matière électronique avec des constructeurs comme le finlandais NOKIA ou le Suédois ERICSSON… et que l’impact négatif sur la scolarité a été constaté dans tous ces pays, certes à des degrés moindres qu’en Suède.

Ainsi le Danemark s’apprête-t-il à mettre en œuvre une législation récente qui interdira les téléphones portables et les tablettes pour tous les écoliers jusqu’à l’âge de seize ans. De son côté, la Finlande applique déjà une interdiction absolue de tout matériel informatique – y compris les montres connectées – qui vise les élèves de sept à seize ans.

D’ores et déjà, ici ou là, les retours d’expérience font état d’une rapide amélioration de la durée d’attention des élèves et de leur capacité de mémorisation immédiate et de rétention prolongée. Le retour des livres stimulerait aussi, dit-on, l’intérêt pour les matières enseignées.

Alors, disons-le clairement : les milieux pédagogiques – et les gouvernements des autres pays européens – gagneraient beaucoup à s’inspirer de ces exemples venus du Nord.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.