Chaque semaine sur euradio, Perspective Europe, l'association du master "Affaires européennes" de Sciences Po Bordeaux, revient sur l'actualité bruxelloise et européenne.
« Quoi de neuf en Europe ? », c’est le nom que porte la chronique hebdomadaire réalisée par l’association Perspective Europe. Les étudiants du master Affaires Européennes de Sciences Po Bordeaux se sont donnés pour mission de décoder pour vous, chers auditeurs, l’actualité européenne. Alors quels ont été les moments forts de la semaine qui vient de s’écouler ? On en discute tout de suite avec Louise Masgrangeas. Bonjour et Bienvenue !
Bonjour Laurence, l’actualité internationale est toujours aussi tendue ce matin entre Washington et Bruxelles autour du Groenland, véritable pomme de discorde entre les 2 alliés.
Pouvez-nous nous éclairer sur la situation actuelle quelques jours après le discours de Donald Trump à Davos en Suisse ? Louise : Bien qu’il ait exclu la possibilité d’une intervention militaire, lors de sa prise de parole à Davos, Donald Trump a appelé tout de même à ouvrir des “négociations immédiates”, preuve que l’ambition du président américain concernant le Groenland demeure toujours intacte.
Quelle a été en premier lieu la réaction de l’Union européenne et de ses États membres face à cette offensive géopolitique américaine ? Louise : Les Européens affichent une réponse unie : plusieurs pays ont soutenu le Danemark, jusqu’à envoyer des soldats au Groenland pour renforcer la sécurité dans l’Arctique. S’ils se disent quelque peu “soulagés” de la déclaration du président américain, ils n’en demeurent pas moins prudents, réaffirmant leur ferme position commune.
Dans la continuité de cette actualité, ce mercredi 21 janvier, au Forum économique mondial de Davos, l’Union européenne semble avoir durci le ton face aux menaces américaines sur des droits de douane.
Tout à fait, dans leurs allocutions, Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron ont fermement défendu la souveraineté du Groenland et tenté de trouver la parade aux revendications du président américain, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’un déclenchement du règlement “anti-coercition” européen. Un mécanisme qui rassemble une panoplie de mesures, incluant des sanctions ciblées ou des restrictions, pour protéger l’Union contre des pressions et menaces économiques et commerciales d’un pays tiers.
Enfin, nous ne pouvons passer à côté de l’actualité brûlante autour du très controversé accord UE-Mercosur. Depuis mardi, des milliers d’agriculteurs européens se sont rassemblés devant le Parlement Européen à Strasbourg pour protester contre l’accord commercial. Pouvez-vous rapidement nous rappeler pourquoi cet accord pose problème ?
Bien sûr. L’accord UE-Mercosur pose principalement problème pour les agriculteurs européens qui redoutent une concurrence déloyale avec les pays du Mercosur, où les normes sanitaires, sociales et environnementales sont bien souvent moins strictes qu’ici en Europe. A cela s’ajoute un sentiment généralisé d’un manque de protection du modèle agricole européen, et des inquiétudes environnementales, en particulier concernant la déforestation en Amazonie.
Nous avons appris que le Parlement Européen avait décidé de repousser sa ratification. Comment expliquer cette attitude de la part des eurodéputés ?
En effet, ce mercredi 21 janvier, les députés européens ont voté une motion pour saisir la Cour de Justice de l’UE afin d’examiner la conformité juridique, c’est-à-dire la légalité du traité de libre-échange signé récemment entre l’Union et les pays du Mercosur. Ce vote très serré, qui a réuni 334 voix en faveur contre 324 et 11 abstentions, pourrait retarder de plusieurs mois sa ratification et, de fait, son entrée en vigueur.
Quelles sont les raisons qui ont motivé cette saisine de la Cour de Justice ?
Plusieurs eurodéputés ont exprimé des doutes quant à la compatibilité de l’accord avec les traités de l’Union Européenne. Certains ont également pointé du doigt le rôle de la Commission qui aurait volontairement écarté les parlements nationaux, dont la consultation est pourtant essentielle pour valider la ratification de tout accord passé avec des pays ou organisations tiers.
À l’heure actuelle, que savons-nous des étapes à venir ?
Tout d'abord, la procédure devant la Cour de Justice de l’Union Européenne devrait durer plusieurs mois à 1 ou 2 ans, le temps que la Cour rende sa décision. Tant que cet avis n’est pas rendu, il est impossible pour le Parlement de procéder à toute ratification, ce qui pourrait laisser le temps à l’opposition de renforcer sa mobilisation. La Commission Européenne pourrait éventuellement décider d’appliquer l’accord de façon provisoire, mais dans le contexte politique actuel, cette décision demeure délicate.
Merci Louise pour cet éclairage. Ainsi donc, entre tensions géopolitiques et débats commerciaux, l’actualité européenne reste à suivre de près.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.