Échos d'Europe

Une initiative franco-allemande des syndicats

Photo de Francesco Tarini sur Unsplash Une initiative franco-allemande des syndicats
Photo de Francesco Tarini sur Unsplash

Michel Derdevet, président du think tank Confrontations Europe revient dans cette chronique hebdomadaire sur les dernières publications de son organisation, notamment de sa revue semestrielle. Énergie, numérique, finances, gouvernance européenne, géopolitique, social, les sujets d'analyse sont traités par des experts européens de tout le continent dont le travail est présenté par Michel Derdevet.

Confrontations Europe a publié dans sa dernière revue un article sur une initiative des syndicats français et allemands contre les extrêmes droites, par Benjamin Schreiber, de la Fondation Friedrich-Ebert Paris. Aujourd’hui, Michel Derdevet nous présente cette initiative et revient sur les possibilités qu’offre l’espace syndical franco-allemand pour contrer l’extrême droite.

Tout d’abord, qu’est-ce que cette initiative franco-allemande des syndicats et pourquoi a-t-elle vu le jour ?

C’est une initiative portée par la Confédération allemande des syndicats, la DGB, et la CFDT, la CGT et l’UNSA. Ces différents syndicats se sont inquiétés de la montée de l’extrême droite en Europe, et ils ont souhaité se placer comme un rempart, en consolidant ce réseau syndical franco-allemand. Il a pour but de faire vivre une plateforme d’échange d’expériences et d’expertises, comme la formation des élus, un travail d’anticipation sur les risques de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, ou la diffusion d’argumentaires pour les représentants syndicaux en entreprise.

D’un côté, les syndicats souhaitent combattre les idées d’extrême droite dans le monde du travail. De l’autre, ils ont toujours été les ennemis idéologiques de l’extrême droite, et historiquement, ils font partie des cibles privilégiées des basculements autoritaires. Aujourd’hui, le Rassemblement national comme l’AfD remettent clairement en cause leur place dans le monde économique et la société.

En quoi les syndicats peuvent être un outil important et efficace face aux idées d’extrême droite ?

Les syndicats occupent une place particulière et importante. Ils ne sont pas affiliés officiellement à un quelconque parti politique, mais en réalité, par leurs actions, ils peuvent « repolitiser » des sujets clés. Leurs actions collectives pour tous les salariés les placent dans une position privilégiée pour agir. Pour beaucoup de salariés, le lien syndical est plus fort qu’avec les partis politiques.

Ça a une importance capitale quand on s’intéresse au vote des ouvriers, qui sont surreprésentés dans l’électorat du RN et de l’AfD. Les électeurs d’extrême droite, en France comme en Allemagne, sont motivés par des sujets similaires : la déception face à la promesse méritocratique, la peur du déclassement, ou encore la crainte des grandes transformations numériques et écologiques de l’économie. Par le biais des syndicats, la démocratie sociale se présente alors comme un levier essentiel.

Au contraire, quels obstacles peut rencontrer cette initiative ?

La normalisation de l’extrême droite rend les actions du milieu syndical plus compliquées : c’est devenu difficile d’aborder avec les salariés certains sujets, comme le racisme et les discriminations.

D’un autre côté, le déclin de l’engagement syndical complique aussi les choses. Les syndicats doivent faire la balance entre porter ces idées de lutte contre l’extrême droite, tout en continuant à défendre les intérêts économiques et sociaux des salariés, sans devenir déconnectés de leurs préoccupations. Certains leur reprochent d’ailleurs d’occuper un rôle trop politique : l’indépendance politique des syndicats reste essentielle pour les salariés.

Une autre difficulté est de travailler de concert entre les syndicats français et allemand, alors qu’ils ont des cultures et des modes de fonctionnement différents. La perception de la menace que constitue l’extrême droite est différente : le sentiment d’urgence est plus présent en France qu’en Allemagne.

Mais ces différences constituent aussi une force, puisqu’elles permettent de rassembler des idées communes et adopter une stratégie plus claire pour que les syndicats s’emparent davantage de la lutte contre les extrêmes droites.

un entretien réalisé par Laurence Aubron.