L'Europe vue de Bruges

L’accord UE-MERCOSUR : indépendance stratégique ou contradiction environnementale ?

Photo de Ian Taylor sur Unsplash L’accord UE-MERCOSUR : indépendance stratégique ou contradiction environnementale ?
Photo de Ian Taylor sur Unsplash

Chaque semaine, la série de podcasts "L'Europe vue de Bruges" propose un éclairage original sur l’actualité européenne, vue depuis Bruges. Les intervenant·es sont des étudiant·es de la promotion Victoria Amelina, des Assistant·es académiques et, plus ponctuellement, des professeur·es.

Mayte est une étudiante équatorienne et espagnole qui poursuit actuellement un Master en Études Politiques et de Gouvernance Européennes au Collège d'Europe. Elle a aussi étudié les relations internationales à l'IE University à Madrid.

Après vingt-cinq ans de négociations, l'Union européenne et le MERCOSUR ont signé un accord commercial historique ce week-end. De quoi parle-t-on exactement ?

Il s'agit d'un accord entre l'UE et quatre pays d'Amérique du Sud : le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay. Ensemble, ils créent une zone de libre-échange qui touche plus de 700 millions de personnes. C'est l'un des plus grands accords commerciaux jamais signés.

Concrètement, qu'est-ce que cela change ?

L'accord va supprimer environ 90% des taxes douanières entre l'Europe et ces pays sud-américains. Pour l'Europe, un accès plus facile aux matières premières comme le lithium. Pour le MERCOSUR, la possibilité d'exporter plus de produits agricoles : du bœuf, du poulet, du sucre, du soja.

Mais cet accord provoque beaucoup d'opposition, notamment de la part des agriculteurs européens ? 

Exactement. En décembre dernier, des milliers d'agriculteurs ont manifesté à Bruxelles contre cet accord. Leur inquiétude est simple : ils vont devoir faire face à la concurrence de produits sud-américains beaucoup moins chers, produits selon des règles environnementales et sociales moins strictes.

Donc on parle d'une concurrence inégale ?

C'est le cœur du problème. Les agriculteurs européens doivent respecter des normes très strictes : le bien-être animal, une utilisation limitée des antibiotiques et la protection de l'environnement. Tout cela coûte cher. Les agriculteurs ont peur de ne plus pouvoir vivre de leur travail.

Et la France est particulièrement opposée à cet accord.

Oui, la France mène le groupe des pays opposés, avec la Pologne, l'Autriche et les Pays-Bas. C'est aussi une question politique : avec les élections présidentielles en 2027, le président Macron ne peut pas se permettre de perdre le vote des agriculteurs.

Mais pourquoi l'Union européenne a-t-elle tellement insisté pour signer cet accord maintenant ?

Deux raisons liées à Donald Trump. D'abord, Trump vient d'annoncer de nouvelles taxes de 10% sur les produits européens. L'Europe veut diversifier ses partenaires. Ensuite, début janvier, les États-Unis ont capturé le président Maduro au Venezuela. Trump a aussi fait des commentaires de menace sur le Groenland, territoire danois. Pour l'Europe, c'est un signal d'alarme : Trump ignore les règles internationales. L'accord avec le MERCOSUR devient un message géopolitique d'indépendance.

Mais il reste le problème de l'environnement. Comment peut-on parler de Green Deal européen et en même temps importer du bœuf qui contribue à la déforestation en Amazonie ?

C'est la grande contradiction de cet accord. L'UE a adopté une loi contre la déforestation, mais en même temps elle signe un accord qui va augmenter les importations de produits agricoles du Brésil. La Commission européenne dit qu'il y aura des contrôles et des limites, mais beaucoup d'experts restent sceptiques.

Et maintenant, que va-t-il se passer ?

L'accord doit encore être approuvé par le Parlement européen et potentiellement par les parlements nationaux. Le groupe des pays opposés va essayer de le bloquer, donc le processus peut prendre des années.

En résumé, Mayte, cet accord est loin d'être finalisé.

Exactement. L'Europe essaie de faire trois choses en même temps : se protéger contre le protectionnisme américain, défendre ses valeurs environnementales, et protéger ses agriculteurs. Le problème ? Ces trois objectifs ne sont pas toujours compatibles. L'accord UE-MERCOSUR va nous dire si l'Europe peut vraiment trouver un équilibre entre commerce, climat et sécurité.

Un dossier que nous suivrons de très près. Merci beaucoup, Mayte.

Merci à vous, Laurence.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.