Le samedi 10 octobre dernier, nous avons célébré la 35è édition de la Journée mondiale de la santé mentale. L’occasion de rappeler l’importance de garder la santé mentale au centre de nos priorités politiques et individuelles.
Le commissaire en charge, Olivér Várhelyi, a déclaré que pour répondre aux défis actuels en matière de santé mentale, nous devrions avant tout écouter les personnes concernées, leurs expériences et leurs voix, pour traduire ce que nous entendons en actions concrètes, afin d'élaborer de meilleures politiques, de renforcer les dispositifs de soutien et d'améliorer la santé mentale de tous. »
Nous sommes en présence de Agathe Moetwil le Maire de Romsée, diplômée d’un Master en droit européen de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et qui a récemment intégré le programme Politique et gouvernance de l’Union européenne du Collège d’Europe.
Agathe, quel est l'état de la santé mentale des citoyens de l’Union européenne ?
Un Eurobaromètre réalisé en juin 2023 a révélé que près d’une personne sur deux (46 % de la population de l'UE) avait rencontré des problèmes émotionnels ou psychosociaux, au cours des 12 mois précédents.
Ces troubles ne frappent pas tout le monde de la même manière : les femmes, les jeunes et les personnes au statut socio-économique faible sont exposés à des risques accrus, tout en rencontrant davantage d'obstacles pour accéder à un accompagnement adapté. Cette dernière année, plus d’une personne sur quatre âgée de 15 à 24 ans a souffert d’un trouble de santé mentale, selon les données de l’OCDE.
Cela est particulièrement préoccupant, car les troubles de santé mentale qui apparaissent avant 24 ans ont davantage de risques de se prolonger à l’âge adulte s’ils ne sont pas pris en charge, avec des conséquences tout au long de la vie.
Quelles sont les causes de cette dégradation de la santé mentale au sein de l’UE ?
De nombreux facteurs sociaux, économiques et environnementaux peuvent contribuer à la détérioration de la santé mentale. Parmi eux, la pandémie de COVID-19, les inégalités économiques, le changement climatique et l’instabilité géopolitique. À l’échelle mondiale, 84 % des jeunes déclarent éprouver une inquiétude modérée à extrême face à l’avenir de la planète.
Une attention particulière est également portée à l’usage excessif des réseaux sociaux dans l’Union, facteur émergent de fragilisation de la santé mentale, notamment chez les enfants et les adolescents.
Quelles sont les conséquences de cette dégradation de la santé mentale dans l’Union européenne ?
La dégradation de la santé mentale dépasse largement la seule sphère individuelle et constitue l’un des principaux défis de santé publique et économique pour l’Union européenne selon un nouveau rapport publié par l’OCDE en avril 2026.
D’abord en matière de santé publique : Dans son rapport The State of Children in the European Union 2024, l'UNICEF indique que :
Le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes de 15 à 19 ans dans l'Union européenne, après les accidents de la route. Il représente environ un décès sur six dans cette tranche d'âge.
L’OCDE estime que les troubles dépressifs, anxieux et liés à la consommation d’alcool entraîneront, sur la période 2025-2050, une réduction de 2,5 ans de l’espérance de vie en bonne santé, ainsi qu’environ 28 000 décès prématurés par an dans l’Union européenne.
Le coût économique est également considérable : les troubles de santé mentale représentent environ 76 milliards d’euros de dépenses de santé annuelles ; soit 6 % des budgets de santé de l’UE, et devraient entraîner une réduction moyenne du PIB de 1,7 % entre 2025 et 2050, notamment en raison de l’absentéisme et de la baisse de productivité.
Ces chiffres « sous-estiment vraisemblablement l’ampleur réelle du problème, car de nombreux troubles plus légers ne sont pas diagnostiqués ou ne sont pas signalés en raison de la persistance de la stigmatisation sociale et des limites des systèmes de santé actuels », souligne également le rapport.
Quelles sont les compétences et l'action de l’UE en la matière ?
L’action de l’Union européenne en matière de santé mentale repose principalement sur l’article 168 du TFUE, qui lui confère une compétence d’appui en la matière.
La santé mentale est devenue une des priorités de la politique de santé avec l’adoption, par la Commission, le 7 juin 2023, d’une communication intitulée ; l’approche globale pour la santé mentale à dessein d'aider les États européens et les groupes d’intérêts à faire face au défi grandissant que la détérioration de la santé mentale constitue.
Cette communication adopte une approche globale axée sur la prévention et associant de multiples parties prenantes en matière de santé mentale, reconnaissant que celle-ci concerne de nombreux domaines d’action publique, tels que l’emploi, l’éducation, la recherche, la numérisation, l’urbanisme, la culture, l’environnement et le climat.
La communication prévoit 20 initiatives phares et près de 1,3 milliard d’euros de possibilités de financement.
Plus récemment, par l’intermédiaire d’un Eurobaromètre lancé en avril 2026, la Commission a établi une corrélation entre la sur-digitalisation de l’environnement des enfants et la détérioration de leur santé mentale. L'étude a révélé que si les technologies numériques peuvent améliorer la santé mentale des jeunes, en leur donnant accès à des réseaux de soutien et à des services de thérapie à distance, l’utilisation excessive des réseaux sociaux est associée à une augmentation des symptômes dépressifs, dont les effets sont aggravés par une dégradation de la qualité du sommeil et une diminution de l’activité physique. La dépendance aux écrans peut également limiter les interactions sociales hors ligne, entraînant l'isolement social.
Par conséquent, le 17 septembre dernier, la Commission a publié une proposition de règlement intitulé The EU KIDS Act. Dans ce projet de législation, elle prévoit notamment d’interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 13 ans.
Quelles sont les failles qui subsistent dans la politique de traitement de la santé mentale ?
Malgré leur prévalence, les problèmes de santé mentale restent insuffisamment pris en charge.
Alors même que les modélisations de l’OCDE démontrent que le renforcement des mesures de prévention et de traitement entre 2023 et 2050 pourrait générer des bénéfices sanitaires et économiques considérables, et que la plupart des États membres disposent de politiques nationales en la matière, un rapport de l’OCDE publié en avril 2026 estimait que 67,5 % des personnes ayant besoin de soins de santé mentale dans l’Union européenne n’avaient pas accès à un traitement adéquat et qu’une personne sur deux ne sollicitent même pas l’aide d’un professionnel.
Ce déficit s’explique notamment par la persistance de la stigmatisation, le coût des traitements restant à la charge des patients, les disparités territoriales et la pénurie de professionnels, qui allongent les délais d’attente.
Un mot à l’adresse de nos auditeurs à propos de ce sujet ?
La journée mondiale de la santé mentale pourrait ouvrir les conversations quant à l’idée d’adopter modèle de société en cohérence avec nos besoins primaires de bien-être plutôt que dans la poursuite incessante de la compétitivité économique.
C’est également un bon rappel pour chacun, qu’il est capital de prendre soin des autres. De faire de l’espace dans nos vies très remplies pour aborder ce sujet aussi sérieux qu’inconfortable. C’est la seule solution pour briser les tabous qui subsistent autour des questions de santé mentale et alléger la solitude que connaissent les personnes touchées.
Parler de suicide à quelqu’un qui a des idées noires ne le poussera jamais à l’acte mais pourrait lui permettre de trouver une épaule sur laquelle se reposer.
À tous ceux qui sont touchés par ce sujet, je vous souhaite bien du courage et de la résilience pour affronter cela. Je pense notamment à ma sœur Céleste qui m’impressionne chaque jour par sa ténacité et est ma plus grande source d’inspiration.
Aux proches aidants je salue votre travail et vous souhaite de prendre soin de vous.
Et à ceux qui le peuvent, profitez de cette vie qui est précieuse.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.