L'Europe vue de Bruges

Après le calme, la tempête : l’inflation est-elle terminée pour de bon ?

Après le calme, la tempête : l’inflation est-elle terminée pour de bon ?

Hugo Mayca est assistant académique au Collège de l’Europe, au sein du département d’économie et en doctorat à l’Université de Strasbourg.

Pourquoi connaissons-nous une période d’inflation en Europe ?

L’inflation est un déséquilibre entre la demande et l’offre. Lorsqu’un bien est trop demandé, il est logique que son prix augmente. De manière similaire, lorsqu’un bien est produit en petite quantité, son prix augmente car il est considéré comme rare (bien qu’un bien rare ne rime pas systématiquement avec un prix haut) et donc est plus demandé que produit. L’inflation est souvent connue comme une surchauffe de l’économie. Cela signifie que les ménages d’un pays, comme vous et moi, consommons énormément, augmentant alors la demande et par conséquent les prix. C’est ce qu’il s’est passé à la suite des confinements.

Une grande partie des économies dans le monde était en arrêt presque total alors que la demande subsistait. Après tout, même enfermé chez soi, il fallait bien continuer à manger ! La demande était alors supérieure à l’offre et les prix ont normalement augmenté. De plus, pendant les confinements, les ménages ont épargné l’argent qu’ils ne pouvaient plus dépenser pour les loisirs comme le cinéma, les bars ou restaurants... Cette épargne s’est ensuite diffusée à la fin des confinements augmentant davantage la demande et donc les prix.

On ajoute à cela la guerre entre l’Ukraine et la Russie qui a amplifié la hausse des prix pour l’énergie en Europe, notamment le gaz et le pétrole, ou encore pour l’alimentation par rapport à la hausse du prix du blé. L’Europe étant plus dépendante des exportations russes, et je pense notamment à l’Allemagne, elle est particulièrement touchée par le choc économique créé par cette guerre. Tous ces chocs cumulés ont fait grimper un peu plus l’inflation pendant l’année 2022, une année qui aura connu un pic d’inflation supérieur à la dernière période ayant connu une forte hausse des prix, c’est-à-dire les années 70.

Ce pic a-t-il été atteint ?

Le pic d’inflation semble aujourd’hui atteint, oui. On peut le dire par rapport à une inflation qui ralentit au mois de décembre, ce qui est dû à des facteurs intéressants à étudier.

Tout d’abord la hausse des taux d’intérêts des banques centrales. Bien que le rythme auquel les banques centrales augmentent les taux d’intérêts soit différent (les banques centrales des pays anglophones sont plus agressives alors que la BCE est plus hésitante), toutes ont dans l’idée d’augmenter le coût du crédit et cela devrait continuer en 2023 afin de stopper cette vague inflationniste.

Un deuxième facteur pouvant expliquer ce ralentissement de la hausse des prix est que le coût des matières premières est revenu à son niveau d’avant février 2022. Le prix du gaz a diminué, car les pays dépendants de la Russie pour se procurer de l’énergie ont fait leurs réserves. Pour le pétrole, l’apaisement des tensions entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ainsi que le plafonnement du prix du pétrole Russe ont permis la diminution de la valeur de l’or noir. Les prix de l’énergie dirigeant la vague d’inflation entamée en 2022, il va de soi que leurs baisses entraîneront un ralentissement de l’accroissement des prix.

Les prix vont-ils alors arrêter de monter ?

Oui et non. Tout d’abord, les banques centrales vont mettre du temps à revenir à leur fameuse cible des 2% d’inflation. Le but est d’y arriver en 2024, mais les prévisions des grands organismes économiques (l’OCDE, le FMI) visent davantage une inflation autour des 2.5% fin 2024. Cependant, les prix devraient augmenter de moins en moins vite en 2023, ce qui est déjà un début de victoire pour Christine Lagarde ou encore Jerome Powell.

Maintenant, certains chocs peuvent encore se produire en 2023 et avoir un impact à la hausse sur les prix. Le premier facteur pouvant créer un choc est la Chine. Alors que la plupart des pays vivent de nouveau normalement malgré la présence de la Covid-19, la Chine n’arrive pas à redémarrer son économie depuis le début de la pandémie. Entre une politique 0 covid qui n’a pas été un grand succès, des inégalités qui n’aident pas à se débarrasser de ce virus et une économie qui montre petit à petit ses failles, l’Empire du Milieu peine à retrouver sa croissance économique d’avant Covid. Lorsque la reprise se fera, comme elle s’est faite dans les économies occidentales, alors elle connaîtra à son tour une hausse des prix. Son importance dans le commerce mondial aura alors un impact sur l’économie globale et augmentera les prix de certains biens comme le textile ou encore les micro-processeurs, et donc les biens finis nécessitant ce composant (c’est-à-dire presque tous les biens électroniques).

Le deuxième choc pouvant arriver est en fait déjà présent. Il s’agit tout simplement du fait que la guerre entre l’Ukraine et la Russie ne s’arrête pas en 2023. Dans ce cas-là, l’Europe connaîtra de nouveau un manque de gaz et les prix remonteront une nouvelle fois entre mai et novembre, comme cela a été le cas en 2022. L’Europe étant fortement dépendante du gaz russe, cela redirigera les prix des biens européens à la hausse.

Entretien réalisé par Cécile Dauguet.