Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.
Le Conseil européen a approuvé jeudi 23 avril dernier un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Cette aide était bloquée depuis janvier par Viktor Orban, maintenant ex-Premier ministre hongrois, qui a dû quitter son poste suite aux résultats des élections législatives mi-avril. Est-ce que la défaite de Viktor Orban aux législatives a été définitive pour le déblocage de cet aide ?
Le départ d’Orban a certainement contribué à l’approbation du prêt. Cependant, la confluence des événements, le départ d’Orban et la reprise du fonctionnement de l’oléoduc Drouzba mercredi dernier, était décisive pour ce déblocage. Il faut se rappeler que ce n’était pas qu'Orban qui s’opposait au prêt à l’Ukraine mais également Fico, le premier ministre slovaque. Les deux conditionnaient la levée de leur véto concernant le prêt à l’Ukraine à la reprise de livraisons de pétrole russe, via l'oléoduc Drouzba, en Ukraine. Cet oléoduc a été endommagé par des frappes russes sur les infrastructures ukrainiennes en janvier cet année. Viktor Orban accusait l’Ukraine de faire traîner les réparations et exigeait la restauration des livraisons le plus rapidement possible.
Une question logique se pose: comment la Hongrie et la Slovaquie pouvaient continuer de s’approvisionner en pétrole russe alors que celui-ci est sous sanctions de l’Union européen depuis 2022 et alors que le Russie alimente sa guerre en Ukraine des revenus du pétrole ? La réponse est que la Hongrie et la Slovaquie ont obtenu une exception à cette règle qui leur autorisait de continuer de s’approvisionner en pétrole russe à travers l’oléoduc Drouzba qui transitait en Ukraine. Alors que ces pays n’ont pas manifestement utilisé le temps d’exception depuis 2022 pour trouver des sources alternatives au pétrole russe, ils ont fait pression sur l’UE et l’Ukraine pour réparer l’oléoduc en échange du déblocage du prêt de 90 milliards à l’Ukraine. Et l’Ukraine avec l’aide de l’UE a réparé l’oléoduc. Les réparations ont pris fin mercredi dernier, jeudi la Hongrie a levé son véto.
Maintenant que cette aide est débloquée, quand l’Ukraine obtiendra-t-elle les premières tranches et à quoi serviront-elles ?
Les 90 milliards d’euros concernent la période de 2026 et 2027 et serviront à couvrir les besoins budgétaires et de défense du pays. Ainsi, 60 milliards seront consacrés à l'armée et 30 milliards pour le fonctionnement de l'état. L’UE prévoit de verser 45 milliards à l’Ukraine en 2026 et la somme équivalente en 2027. Selon certaines sources, la première tranche de la partie « militaire » du prêt s'élèvera à 6 milliards et sera versée à l'Ukraine au plus tard en juin. Cette somme est dédiée à l’achat d’armes – un élément crucial de la résistance ukrainienne face à la Russie et à l’affaiblissement de l’aide américaine dans ce domaine.
En ce qui concerne l’aide budgétaire, elle sera versée en contrepartie des réformes qui soutiennent l’intégration de l’Ukraine à l’UE. Une chose importante à savoir, toute l’aide macro-financière de l’Union européenne est conditionnelle, c’est-à-dire que l’Ukraine perçoit les transferts d’argents une fois qu'elle a rempli un certain nombre de conditions préalablement définies entre l’Ukraine et l’UE. Cette fois-ci n’est pas une exception.
Quelles sont les conditions que Kyiv doit remplir pour recevoir les 30 milliards d'aide budgétaire prévus par le prêt ?
L'Ukraine et l'UE doivent encore mener des négociations sur la liste des réformes nécessaires à l’obtention des financements. Ce qui est certain c’est que cette liste sera largement basée sur le plan connu sous le nom officieux de « 10 points de Kachka-Kos ». Ce plan porte les noms de la commissaire de l’UE pour l’élargissement Marta Kos et le Vice-Premier ministre ukrainien pour l’intégration européenne Taras Kachka. Il a été conclu en décembre dernier lors du sommet informel du conseil européen à Lviv et représente une feuille de route des réformes clés, y compris dans le domaine de l’état de droit et la lutte contre la corruption qui permettront à l’Ukraine d’avancer alors qu’elle attend toujours l’ouverture officielle des négociations sur les clusters. La semaine dernière, Marta Kos a annoncé que la Commission européenne estimait que l’Ukraine était prête à l’ouverture des négociations sur tous les six clusters. Cependant, cette décision revient aux États membres de l’UE, et la Hongrie, entre autres, était contre.
L’avancée dans la voie européenne pour l’Ukraine est là mais le chemin reste encore long.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.