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Visite d’État de Frank-Walter Steinmeier à Paris : où en sont les relations franco-allemandes ?

Frank-Walter Steinmeier, le Président de la République fédérale d'Allemagne. © Sven Teschke sous license Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Germany Visite d’État de Frank-Walter Steinmeier à Paris : où en sont les relations franco-allemandes ?
Frank-Walter Steinmeier, le Président de la République fédérale d'Allemagne. © Sven Teschke sous license Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Germany

Dans leurs chroniques sur euradio, Jeanette Süß et Marie Krpata dressent un état des lieux des relations franco-allemandes et de la place de la France et de l’Allemagne au sein de l’UE et dans le monde. Elles proposent d’approfondir des sujets divers, de politique intérieure, pour mieux comprendre les dynamiques dans les deux pays, comme de politique étrangère pour mieux saisir les leviers et les freins des deux côtés du Rhin.

Les 8 et 9 octobre derniers, le président fédéral allemand Frank-Walter Steinmeier était en visite d'État à Paris, la première d’un président allemand en France depuis treize ans. Que révèle cette visite de l’état des relations franco-allemandes, à quelques mois d’échéances politiques importantes dans les deux pays ? Bonjour Jeanette Süß, pourquoi Frank-Walter Steinmeier se rend-il à Paris pour une visite d’État précisément maintenant ?

Cette visite était particulière à plusieurs titres. C’était la première visite d’État d’un président fédéral allemand en France depuis treize ans. Elle intervient aussi à la fin des mandats de Frank-Walter Steinmeier et d’Emmanuel Macron, qui quitteront tous deux leurs fonctions en 2027. Les deux présidents se connaissent depuis longtemps et se sont rencontrés à de nombreuses reprises. Cette visite s’inscrit également dans le prolongement de celle d’Emmanuel Macron en Allemagne, en mai 2024.

 Enfin, elle intervient dans un contexte politique tendu, marqué par la fragmentation politique et les tensions sociales en France, ainsi que par la progression de l’AfD en Allemagne. L’objectif est donc aussi de réaffirmer l’importance du partenariat franco-allemand dans une période d’incertitude.

Jeanette Süß, quels ont été les principaux temps fort de cette visite d’État ?

La visite a combiné gestes symboliques et initiatives concrètes. À Paris, Frank-Walter Steinmeier a été accueilli avec les honneurs militaires à l’Arc de Triomphe, où les deux présidents ont déposé une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu, symbole de la réconciliation entre les deux pays.

Après leurs pourparlers bilatéraux à l’Elysée, le président Steinmeier a rassuré Emmanuel Macron que l’Allemagne restera un allié européen convaincu, peu importe les évolutions politiques récentes dont les médias français ont beaucoup parlé. Il faisait notamment référence à la progression fulgurante de l’extrême droite en Allemagne qui vient de gagner des élections dans plusieurs Länder à l’Est.

Sur un autre tableau, le déplacement en Gironde lors du deuxième jour de la visite a mis l’accent sur les technologies de pointe et la coopération industrielle dans l’espace et la dissuasion nucléaire. La visite ne se limitait donc pas à célébrer l’amitié franco-allemande, mais cherchait aussi à mettre en avant des domaines de coopération pour l’avenir.

Quel est le rôle du président fédéral allemand, et en quoi diffère-t-il de celui du président français ?

La différence est fondamentale. En France, le président de la République dispose de pouvoirs importants et joue un rôle central dans la définition de la politique étrangère et des grandes orientations du pays.

En Allemagne, le président fédéral est avant tout le chef de l’État. Il représente le pays, signe les lois et incarne les institutions démocratiques. Le pouvoir exécutif est principalement exercé par le chancelier fédéral et son gouvernement.

Frank-Walter Steinmeier ne peut donc pas décider seul de l’orientation de la politique étrangère allemande. Son rôle est plutôt de favoriser le dialogue, de renforcer la confiance et de défendre les valeurs démocratiques et européennes. Sa visite a ainsi une portée politique et symbolique importante, même si les décisions concrètes relèvent avant tout des gouvernements.

Quel message cette visite envoie-t-elle pour l’avenir des relations franco-allemandes, notamment après 2027 ?

Cette visite rappelle que les relations franco-allemandes ne vont pas de soi. Malgré des décennies de coopération, les deux pays restent confrontés à des divergences sur des sujets comme la défense, la politique industrielle ou l’autonomie stratégique européenne.

L’élection présidentielle française de 2027 pourrait également modifier les équilibres politiques. Une victoire de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon poserait, de façons différentes, des questions importantes pour la coopération européenne. En Allemagne, la progression de l’AfD soulève également des interrogations sur l’avenir du consensus européen.

Le message de cette visite est donc clair : l’amitié franco-allemande doit être entretenue et renouvelée par les prochaines générations de dirigeants. Elle ne peut pas reposer uniquement sur l’histoire et les symboles, mais doit se traduire par des projets concrets au service de l’Europe.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.