L'Europe et le monde

Geler pour peser : la stratégie européenne face à la Russie

Geler pour peser : la stratégie européenne face à la Russie

L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.

Le 28 février la Banque centrale russe a attaqué l’Union européenne en justice. Pourquoi maintenant ?

Parce que l’enjeu est immense. Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Union a gelé environ 210 milliards d’euros d’actifs russes pour une durée indéterminée. Moscou veut contester cette décision. C’est une bataille juridique et surtout politique.

Que reproche exactement la Banque centrale russe à l’Union ?

Elle affirme que l’UE viole le droit international. Elle parle d’atteinte à la propriété et à l’immunité souveraine. Elle conteste également la procédure utilisée par Bruxelles.

Quelle procédure pose problème ?

L’Union a utilisé l’article 122 du traité sur le fonctionnement de l’UE, un article prévu pour des situations d’urgence économique. Il permet une décision à la majorité qualifiée et non pas à l’unanimité. Or, en politique étrangère, on exige normalement l’unanimité, ce que la Russie condamne.

Pourquoi l’UE a choisi cette voie ?

Pour éviter un blocage politique. Certains États membres, comme la Hongrie ou la Slovaquie, sont plus réticents à soutenir l’Ukraine. Avant, le gel devait être renouvelé tous les six mois à l’unanimité. Cela donnait un pouvoir de veto. En décembre, les États ont décidé de sécuriser le dispositif. Le choix est stratégique. Tant que la guerre continue, l’argent reste bloqué. Ces 210 milliards sont un levier, un instrument de pression.



L’UE peut-elle utiliser cet argent ?

Pour l’instant, le capital reste gelé. Mais les intérêts générés servent déjà à soutenir l’Ukraine. Et politiquement, l’Union garde cette somme comme garantie. Elle dit : pas de déblocage tant qu’il n’y a pas fin de la guerre, réparations, et plus de menace pour l’économie européenne. C’est un outil de négociation future. Dans toute sortie de guerre, la question des réparations sera centrale. L’Union veut arriver à la table avec un poids financier réel. C’est une manière d’exister face à la Russie, mais aussi face aux États-Unis.



Mais cela comporte des risques ?

Bien sûr. Le premier risque, c’est la réputation financière. Une partie des réserves russes est détenue en Belgique, chez Euroclear. Si des États tiers commencent à douter de la sécurité de leurs avoirs en Europe, cela peut fragiliser l’attractivité de l’euro.


Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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