Les Européen·nes, confronté·es à une dynamique mondiale en rapide mutation, semblent faire face à une accélération de l'histoire. Les fondements mêmes de l'Union Européenne sont ébranlés, ses principes étant constamment remis en question. Alors que notre monde est en profonde transformation, les radios du réseau paneuropéen Euranet Plus explorent dans le podcast L'Europe de demain une série de scénarios potentiels pour l'UE.
Le trafic de migrants est défini en droit comme “le fait d’assurer l’entrée illégale d’une personne dans un État, afin d’en tirer un avantage financier ou matériel”. En Europe, ce trafic rapporterait jusqu’à 5 milliards d’euros par an aux réseaux criminels selon les estimations. Ce trafic impacte à la fois la vie des victimes de cette exploitation criminelle mais les sociétés dans lesquelles cette criminalité sévit. L’Europe a-t-elle les ressources et les moyens de lutter contre ces criminels ? Et comment peut-elle s’y prendre ?
L’une des principales difficultés c’est avant tout l’identification des responsables de ces réseaux criminels. José Carlos Cabrera, consultant en politiques publiques spécialisé dans les questions relatives à la migration explique au micro de la radio espagnole Castilla y León, que “la nature exacte de ces organisations reste inconnue, mais nous savons qu’elles tirent parti de deux facteurs essentiels” Le premier facteur est “l’aspiration des jeunes nord-africains qui ne voient aucune perspective d’ascension sociale au sein de leurs propres sociétés et estiment donc que leurs ambitions ne peuvent se réaliser qu’en dehors de leur pays d’origine”. L’autre aspect est la dimension lucrative de ce trafic puisque “les mouvements de personnes entre les continents, non seulement entre l'Afrique et l'Europe, mais à l'échelle mondiale, génèrent davantage de revenus que d'autres trafics illicites majeurs, tels que le trafic de drogue ou d'armes”.
Comme d’autres trafics illégaux, le trafic de migrants est aussi particulièrement difficile à démanteler en raison de son adaptabilité. Alors pour Nuno Rebocho, du Parquet général portugais, interrogé par la radio portugaise Radio Renascença, une méthode efficace est de lutter directement sur l’économie de ces réseaux. Il rapporte qu’un type d’enquête dont l’efficacité a été reconnue est l’investigation financière et patrimoniale. Mais ces méthodes ont plusieurs contraintes. En premier lieu : le temps. “Le problème n’est pas le manque de ressources” explique Nuno Rebocho, “le problème réside dans le temps que cela pourrait ajouter au processus et dans les conséquences potentielles, car nous parlons bien sûr de pays situés en dehors du monde européen, de l’Union européenne et avec lesquels il serait très difficile (et c’est effectivement difficile) de coordonner des enquêtes conjointes, en particulier en Afrique et en Asie.“
Il recommande de favoriser une lutte collaborative comme “dans certains pays, par exemple en Amérique latine où il existe déjà des réseaux tels que RETRAN et IAM, qui facilitent la coopération institutionnelle interne, et ce sont des pays qui ont, en effet, réalisé des investissements massifs dans ce domaine.”
En plus des instruments policiers, l’Europe et la France sont dotés d’un armada juridique pour lutter contre ces réseaux criminels. Bénédicte Lavaud-Legendre docteure en droit, chercheuse au CNRS et spécialisée sur les formes contemporaines d’exploitation, rappelle l’importance de considérer les personnes exploitées par ces réseaux comme des victimes pour enrayer le phénomène. Pour elle, “le meilleur moyen de lutter contre les réseaux de traite, c'est précisément de protéger les victimes ou de donner des droits aux victimes et d'assurer la protection d'un certain nombre de droits fondamentaux” de ces personnes. Elle souligne “le fait d'être en situation illégale sur le territoire, au regard de la situation administrative, de pas avoir de papiers, c'est quelque chose de moins grave que les atteintes aux droits fondamentaux, les violences subies et les atteintes très graves aux droits fondamentaux qui sont subies.”
En France, en 2024 les services de sécurité ont enregistré 2 100 victimes de traite ou d’exploitation des êtres humains. Parmi ces victimes, 63 % sont des femmes et 23 % sont mineurs.
Un podcast réalisé par Camille Buonanno.