Entendez-vous la Terre ?

Quelle place voulons-nous donner à la nature ?

Photo de Josie Weiss sur Unsplash Quelle place voulons-nous donner à la nature ?
Photo de Josie Weiss sur Unsplash

« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.

Alors Fanny, quels ont été les moments verts de la semaine ?

En ce début d’année, la Terre nous interroge sur la place qu’occupe la nature dans notre quotidien. Selon un sondage Eurobaromètre de juillet 2025, 85% des citoyens européens interrogés considèrent le dérèglement climatique comme un problème grave qui devrait être une priorité européenne. Mais ce sondage ne fait malheureusement pas le lien entre climat et biodiversité.

Il est vrai que le champ lexical du changement climatique est omniprésent quand on pense à la protection de l’environnement…

C’est tout le problème des chiffres et de l’obsession humaine pour la quantification et la catégorisation. Nous peinons à penser la complexité des phénomènes naturels, qui sont plurifactoriels. Et donc, il est plus confortable de se cacher derrière des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Mais on en oublie l’aspect qualitatif. C’est pour cette raison que je tenais à parler biodiversité aujourd’hui. Pour la grande majorité d’entre nous, nous vivons en milieu urbain, avec des contacts limités avec la nature. Ce qui fait que nous la connaissons de moins en moins, c’en est même à se demander si nous ne l’oublions pas.

L’oublier, c’est-à-dire ?

Une étude menée en 2013 par l’Association Santé Environnement auprès d’écoliers de 8 à 12 ans a montré une grande méconnaissance des fruits et légumes. Ainsi, 87% d’entre eux ne savaient pas ce qu’est une betterave et un quart d’entre eux ignoraient que les frites sont faites à partir de pommes de terre. Ces connaissances étaient évidentes pour les générations de nos grands-parents, ce qui témoigne d’une réelle transformation de notre rapport à l’alimentation et au milieu naturel. Ce n’est pas comme si la nature proliférait en ville : elle est confinée dans des parcs aux allées soigneusement alignées ou à quelques platanes aux racines asphyxiées dans l’asphalte. Qui sont seulement présents pour obtenir la distinction honorifique de ville fleurie. Sachant que quartiers aisés vont de de pair avec espaces verts.

Une enquête de l’INSEE a en effet montré que seulement un habitant sur deux a accès à un espace vert public à moins de cinq minutes à pied en France. Nous ne sommes donc pas tous égaux dans notre accès à la nature.

D’autant que les populations les plus défavorisées habitent plus souvent dans des zones polluées ou sinistrées. Qu’on en ait conscience ou non, ce manque de nature nous étouffe. De manière littérale, si l’on s’en tient aux taux de particules fines présentes dans l’atmosphère des grandes métropoles. Mais aussi plus insidieusement. La dépression, grande maladie de notre siècle, et son cortège de problèmes de santé mentale, deviennent de plus en plus fréquents.

Quels sont les liens entre santé mentale et manque de nature ?

Eh bien, des études ont montré que des balades régulières en forêt, dans des espaces verts ou le fait d’écouter les oiseaux chanter, contribuent à la rémission de certains patients et à réduire notre niveau de stress. En réalité, en détruisant la nature, nous détruisons également ce qui nous permet de vivre et d’être en bonne santé. Et pourtant, nous faisons comme si de rien n’était. Nous vivons dans la fuite, dans l’attente de vacances, d’une parenthèse pour se ressourcer et prendre un peu d’air frais dans la nature. Nature qu’on idéalise. On se met à faire des câlins aux arbres, on rêve de se faire vermicomposter, ou de tout lâcher pour aller élever des chèvres dans le Larzac. On admire la beauté des paysages les plus likés sur Instagram et on les enregistre dans nos coups de cœur pour participer nous-aussi au surtourisme. La nature, c’est une échappatoire. Ou bien un privilège. Pour nombre d’Européens, fin du mois prime sur fin du monde.

Malheureusement, il est parfois difficile de penser à des alternatives face à des enjeux aussi gigantesques, surtout quand on manque de moyens.

C’est justement le paradoxe : les enjeux environnementaux nous dépassent et nous nous sentons écrasés par leur poids. Alors qu’en réalité, nous pouvons tous prendre conscience de l’importance de la préservation de notre environnement à notre échelle, quelle qu’elle soit. Il suffit d’imaginer un souvenir que nous avons dans la nature, un animal ou un paysage. Pour ma part, je pense à une rivière que je traversais à gué quand j’étais petite. Et vous Laurence, à quel souvenir pensez-vous ?

Merci pour ce partage ! Pour Vincent Munier dans son film Le chant des forêts, c’est sa rencontre avec le Grand tétras, un magnifique oiseau aujourd’hui disparu des Vosges. Vous voyez, on a tous des exemples différents. En cette nouvelle année, plutôt que de faire une chronique sur l’impact de la surconsommation pendant les fêtes de Noël, j’ai préféré lancer un appel au changement à vous tous qui nous écoutez. Nous sommes tous en capacité de réfléchir à ce qui nous entoure, ce que nous prenons pour acquis, et à ce qui est important pour nous. Plutôt que d’empiler les bonnes résolutions, je vous invite à ne pas vous laisser emporter par le quotidien, à remarquer la nature que vous croisez en allant au travail, et à réfléchir à ce que vous pouvez faire, selon vos moyens. Car s’informer et partager à votre entourage sont les premières façons de participer au changement.

Merci Fanny. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.