« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.
Bonjour Fanny !
Bonjour Laurence !
Alors Fanny, quels ont été les moments verts de la semaine ?
Cette semaine, nous partons entre terre et mer pour parler de la protection des espèces animales et végétales. Un sujet d’une importance capitale sachant que nous sommes actuellement responsables de la sixième extinction de masse de la biodiversité sur Terre.
La dernière fois qu’une telle disparition d’espèces a eu lieu, elle résultait d’une forte activité volcanique et de la chute de météorites.
C’est vous dire à quel point les activités humaines bouleversent les écosystèmes et le climat ! Depuis l’an 1500, entre 7,5 et 13% des espèces animales et végétales auraient disparues dans le monde, soit entre 150 000 et 260 000 espèces selon le Muséum national d’histoire naturelle. Pour rappel, une extinction de masse est définie comme un événement relativement bref à l’échelle des temps géologiques qui cause la disparition non sélective de près de 75% des espèces terrestres et marines.
Pour le moment, ce phénomène reste moins dramatique que les précédentes extinctions de masse. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est probablement que le début car un nombre conséquent d’espèces sont actuellement classées comme menacées ou en danger critique d’extinction sur les listes rouges de l’Union internationale pour la conservation de la nature.
Mais alors, comment peut-on les protéger pour éviter qu’elles ne s’éteignent ?
Selon l’état de conservation d’une espèce et son importance dans l’écosystème, elle peut être classée comme une espèce prioritaire au sens de la Directive européenne Habitats Faune Flore de 1992. D’autres espèces d’oiseaux peuvent être protégées au titre de la Directive Oiseaux de 2009.
À cette réglementation européenne s’ajoutent des conventions internationales comme la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. En droit français, ces listes d’espèces sont reprises et complétées par d’autres listes nationales ou régionales, parfois associées à des plans nationaux d’actions ou à des programmes de réintroduction.
Mais qu’est-ce que le statut d’espèce protégée implique exactement ?
Dans le code de l’environnement, une espèce animale non domestique ou végétale non cultivée peut être protégée si elle présente un intérêt scientifique particulier ou possède une valeur particulière qui justifie sa conservation. Dans ce cas, il est interdit de porter atteinte de quelque manière que ce soit à cette espèce sans avoir obtenu de dérogation spécifique.
Et quelles sont les conditions de délivrance de ces dérogations ?
Tout d’abord, le porteur du projet doit démontrer qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante. Ensuite, cette dérogation ne doit pas nuire au maintien des populations de l’espèce concernée dans un état de conservation favorable. Et enfin, elle doit répondre à certains motifs spécifiques comme l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques, la recherche, l’éducation. Ou encore à ce que l’on appelle les « raisons impératives d’intérêt public majeur. » Sachant que selon les espèces, certains de ces critères peuvent être renforcés.
Et quelles sont donc ces raisons impératives que vous évoquez ?
Eh bien, ce sont l’ensemble des projets reconnus d’intérêt général dans la réglementation. Cela concerne par exemple la construction d’infrastructures d’énergies renouvelables, le nucléaire, l’industrie verte, les méga-bassines, ou encore les datacenters. Voire même peut-être certains établissements d’élevage et des projets militaires selon l’évolution de l’actualité législative.
Vous voyez toute la subjectivité de cette qualification : cela dépend des priorités du moment. Le problème, c’est qu’en ce moment justement, la tendance n’est absolument pas en renforcement de la protection des espèces. Au contraire, de nombreuses mesures de simplification sont adoptées pour accélérer l’octroi de dérogations pour des projets qui portent manifestement atteinte à la biodiversité.
Cette évolution est effectivement inquiétante pour l’environnement... Mais n’y a-t-il pas un moyen de concilier protection et utilisation raisonnée de la nature à l’avenir ?
De manière générale, la croissance démographique humaine est considérée comme un facteur de déclin des espèces. Et pourtant, une étude sur la biodiversité européenne à l’époque médiévale a prouvé que cela n’a pas toujours été le cas dans l’Histoire. Au contraire, entre le VIème et le XIème siècle, une importante augmentation de la diversité végétale a été observée près du lac Constance en Allemagne.
Cette transformation coïncidait avec le développement de l’agriculture et des échanges commerciaux. Le plus surprenant, c’est que lorsque la Peste noire a décimé la population européenne au XIVème siècle, le déclin démographique a entraîné une diminution significative du nombre d’espèces présentes. Les chercheurs en ont donc conclu que l’activité humaine pouvait parfois agir de manière bénéfique sur les écosystèmes en créant un patchwork de milieux différents. D’où l’importance de préserver à la fois les espèces et les espaces naturels. Mais ça, la Terre nous en parlera la semaine prochaine !
Merci beaucoup Fanny Gelin. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.