Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 23 mars 2026

Benoît Payan, candidat de la gauche modérée réélu maire de Marseille aux élections municipales de 2026. Source : © European Union, 2026, CC BY 4.0 Aujourd'hui en Europe - 23 mars 2026
Benoît Payan, candidat de la gauche modérée réélu maire de Marseille aux élections municipales de 2026. Source : © European Union, 2026, CC BY 4.0

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Municipales en France : la fragmentation politique confirmée
  • Hongrie: un scandale qui ébranle la confiance européenne 
  • Référendum en Italie: un test pour Meloni et sa politique 

On ouvre ce journal en France, où le second tour des élections municipales a confirmé un paysage local toujours très fragmenté. La gauche reste la première force dans les grandes villes, mais elle recule légèrement par rapport à 2020, tandis que la droite se maintient, que le centre progresse, et que l’extrême droite gagne encore du terrain.

Oui, au lendemain de ce second tour, la gauche dirige désormais 22 communes de plus de 100 000 habitants, contre 24 il y a six ans. La droite, elle, conserve 12 grandes villes. Le centre en obtient 6, contre 5 en 2020. Et l’extrême droite est désormais à la tête de 2 grandes villes, soit une de plus qu’au précédent scrutin. Autrement dit, aucune force ne domine totalement ce paysage municipal, mais chacune peut revendiquer des points d’appui importants.

Quels sont justement les principaux résultats à retenir ?

D’abord, les grandes métropoles. À Paris, le socialiste Emmanuel Grégoire l’emporte et permet à la gauche de conserver la capitale. À Marseille, Benoît Payan, candidat de la gauche modérée est réélu. Et à Lyon, l’écologiste Grégory Doucet garde son fauteuil. Cela signifie que la gauche conserve les trois plus grandes villes du pays, ce qui lui permet de préserver l’essentiel sur le terrain urbain, malgré un recul global dans d’autres grandes communes. Mais la soirée ne se résume pas à cela. Le camp présidentiel peut mettre en avant la conquête de Bordeaux avec Thomas Cazenave, tandis qu’au Havre, Édouard Philippe, probable prochain candidat à la présidentielle est largement réélu. À droite, plusieurs succès locaux confirment également un ancrage toujours solide. Et du côté de l’extrême droite, la prise de Nice par Éric Ciotti, allié du RN, constitue l’un des faits marquants de cette soirée électorale.

Et à gauche, faut-il aussi parler d’un bilan plus contrasté pour l’alliance entre socialistes et insoumis ?

Oui. Là où des alliances ont été conclues entre le Parti socialiste et La France insoumise, le bilan est souvent contrasté, voire négatif. Mais l’extrême gauche peut malgré tout revendiquer quelques prises symboliques, notamment à Roubaix et à Saint-Denis, ce qui lui permet de montrer qu’elle reste capable de s’imposer dans certains bastions populaires.

Et pour le Rassemblement national, faut-il parler d’une vraie progression ?

Oui, clairement, mais d’une progression encore incomplète. Le RN avance, gagne des positions, renforce sa présence locale, mais il échoue encore dans plusieurs grandes villes où il espérait transformer sa dynamique nationale en victoire municipale. En clair, l’extrême droite continue de s’installer dans le paysage local, sans parvenir pour l’instant à tout emporter sur son passage.

Pourquoi ce scrutin sera-t-il malgré tout observé de près au niveau national ?

Parce qu’il donne un aperçu des équilibres politiques du pays. La gauche montre qu’elle reste forte dans les grandes métropoles. La droite conserve des bastions solides. Le centre parvient à progresser. Et le RN confirme qu’il reste au cœur du jeu. Ces municipales ne se réduisent pas à une répétition de la présidentielle, mais elles montrent déjà quels camps disposent d’un vrai socle territorial pour la suite. 

On continue ce journal en Hongrie, où une enquête du Washington Post vient jeter une lumière très crue sur les relations entre Budapest et Moscou. Selon le quotidien américain, le ministre hongrois des affaires étrangères Péter Szijjártó aurait partagé pendant des années avec la Russie des informations confidentielles issues de réunions de l’Union européenne.

Oui, et ce qui rend cette affaire particulièrement sensible, c’est la nature même de ces révélations. D’après le Washington Post Péter Szijjártó appelait régulièrement son homologue russe Sergueï Lavrov pendant les pauses de réunions européennes pour lui transmettre l’état des discussions. Autrement dit, si ces informations sont exactes, cela voudrait dire que Moscou a pu être tenu au courant, quasiment en temps réel, d’échanges internes entre Européens sur des sujets hautement stratégiques.

Pourquoi cette affaire provoque-t-elle un tel choc politique ?

Parce qu’elle touche au cœur même de la confiance attendue entre États membres. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Viktor Orbán est en confrontation quasi permanente avec ses partenaires européens. Il a dernièrement bloqué un prêt européen de 90 milliards d’euros à Kyiv et de nouvelles sanctions contre la Russie tant que le pipeline Droujba n’est pas rétabli. Dans ce contexte, ces accusations renforcent l’idée que Budapest n’est pas seulement un partenaire particulièrement difficile, mais peut-être aussi un relais d’influence du Kremlin au sein même de l’Union. C’est en tout cas le sens de la réaction du Premier ministre polonais Donald Tusk, qui a dit que tout cela ne faisait que confirmer les soupçons anciens de la Pologne sur le sujet.

Quelle est la réponse de la Hongrie ?

Budapest dément catégoriquement. Péter Szijjártó a dénoncé des “fake news” et accusé ses adversaires de vouloir peser sur la campagne des législatives hongroises prévues le 12 avril qui s’annoncent périlleuses pour Viktor Orban. Mais au-delà de la bataille politique immédiate, cette affaire risque surtout d’aggraver encore l’isolement de Viktor Orbán en Europe. Car même sans preuve définitive supplémentaire à ce stade, le simple fait qu’un tel soupçon paraisse crédible en dit déjà long sur le niveau de défiance atteint aujourd’hui entre la Hongrie et ses partenaires européens.

On termine ce journal en Italie, où les électeurs votent depuis dimanche 22 mars et encore ce lundi 23 mars jusqu’à 15 heures sur un référendum constitutionnel très sensible sur la question de la justice. Mais dans les faits, ce scrutin est devenu un test politique majeur pour Giorgia Meloni. Que prévoit exactement cette réforme ?

Le texte prévoit de séparer les carrières des juges et des procureurs, de scinder en deux le Conseil supérieur de la magistrature et de créer une nouvelle instance disciplinaire. Pour le gouvernement, cela doit rendre la justice plus impartiale et plus efficace.

Pourquoi ce référendum divise-t-il autant ?

Parce que les opposants, magistrats et centre-gauche en tête, y voient au contraire un risque d’affaiblissement de l’indépendance de la justice. C’est pour cela que le vote dépasse largement la seule question institutionnelle : le camp du “oui” défend une réforme portée par Giorgia Meloni, tandis que le camp du “non” veut en faire un coup d’arrêt politique à la politique très à droite de la présidente du conseil. Comme il s’agit d’un référendum confirmatif, il n’y a pas de quorum : une simple majorité suffit.

Et à ce stade, quel est l’enjeu principal ?

L’enjeu, c’est autant la justice que le rapport de force politique. Les sondages donnaient le “oui” et le “non” au coude-à-coude, et la participation sera décisive. En clair, ce référendum dira si Giorgia Meloni parvient encore à imposer son agenda, ou si l’opposition réussit enfin à se rassembler autour d’une bataille commune.

Un journal de Giona Melotto et Manon Gendreau