Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 5 février 2026

Une soixantaine de jeunes africains entassé sur un canot gonflable en train d'être secourus par l'USS Carney (2016). Source : Flickr Aujourd'hui en Europe - 5 février 2026
Une soixantaine de jeunes africains entassé sur un canot gonflable en train d'être secourus par l'USS Carney (2016). Source : Flickr

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Méditerranée : disparitions après Harry, drame en mer Égée
  • Ukraine : reprise des pourparlers, la guerre continue
  • Pologne : l’extrême droite pro-russe gagne en visibilité

On ouvre ce journal en Méditerranée, où deux drames migratoires ont fait de nombreuses victimes ces derniers jours : d’un côté, des naufrages présumés après le passage du cyclone Harry en Méditerranée centrale ; de l’autre, une collision mortelle en mer Égée, au large de l’île grecque de Chios.

Oui, d’abord en Méditerranée centrale. Après le cyclone Harry, plusieurs embarcations parties de Tunisie n’ont plus donné de nouvelles. Le 24 janvier, un journaliste italien spécialisé dans le suivi des opérations de secours a évalué à environ 380 le nombre de personnes portées disparues. Cette estimation s’appuie notamment sur une communication de l’IMRCC, le Centre italien de coordination du sauvetage en mer, qui évoque huit événements de recherche et de sauvetage — des opérations dites SAR —concernant autant d’embarcations parties entre le 14 et le 21 janvier de Sfax, en Tunisie. Aucune n’est arrivée en Italie.

Dans la foulée, le 26 janvier, l’OIM — l’Organisation internationale pour les migrations — indique que la situation reste très préoccupante dans la zone. 

Depuis l’épisode météo lié à Harry, le nombre de disparitions pourrait atteindre jusqu’à 1 000 personnes, d’après des témoignages recueillis en Tunisie et en Libye et des recoupements sur plusieurs départs pendant la tempête. À ce stade, l’écart entre des signalements “officiels” et des estimations d’ONG montre surtout combien il est difficile de consolider un bilan en mer, quand certaines embarcations ne sont jamais localisées.

Le second drame s’est déroulé en mer Égée. 

Oui, au large de Chios, près de la côte turque : au moins 15 personnes migrantes sont mortes après une collision entre leur embarcation et un navire des garde-côtes grecs. Les garde-côtes indiquent qu’il s’agissait d’une interception suivie d’une poursuite ; 25 personnes ont été secourues, tandis que le nombre total de personnes à bord n’est pas connu. Dans les deux cas, les autorités indiquent que les vérifications se poursuivent : d’un côté, pour consolider le bilan des disparitions après Harry ; de l’autre, pour établir les circonstances exactes de la collision au large de Chios.

On continue ce journal en Ukraine, où les efforts diplomatiques reprennent, tandis que les combats se poursuivent.

Ce mercredi 4 février, un nouveau cycle de pourparlers a réuni des délégations ukrainiennes, russes et américaines à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis. Cette première journée s’est achevée sans annonce publique majeure, et d’autres discussions sont prévues dès le lendemain. Sur le terrain, la pression militaire reste forte : des bombardements dans la région de Donetsk ont fait sept morts. Le Kremlin affirme vouloir poursuivre l’offensive tant que Kyiv n’aura pas accepté ses conditions.

Dans ce contexte, Volodymyr Zelensky est intervenu ce mercredi soir au journal de 20 heures de France 2, dans une édition spéciale. 

Il y a parlé du coût humain de la guerre, des négociations en cours et de la place de l’Europe face à Moscou. Le président ukrainien a notamment donné un chiffre rare sur les pertes militaires, évoquant 55 000 soldats tués officiellement côté ukrainien, auxquels s’ajoutent des disparus. Et il a dénoncé la stratégie russe : selon lui, Moscou cherche à accroître la souffrance pour pousser l’Ukraine à accepter ce que certains appellent un « compromis », mais qui ressemble, dit-il, à un ultimatum du Kremlin.

Zelensky a aussi ciblé directement l’attitude de Vladimir Poutine envers les Européens 

 « L’intérêt de Poutine, c’est d’humilier l’Europe », a-t-il lancé, en expliquant que le Kremlin ne craint pas les Européens autant qu’il ne craint Washington. Sur ce point, il a ajouté que Poutine « a peur de Trump », en raison des leviers économiques, des sanctions et de l’aide militaire. Et côté français, ces déclarations résonnent alors qu’Emmanuel Macron a récemment évoqué une possible reprise du dialogue avec Vladimir Poutine, en précisant que des discussions « au niveau technique » étaient en préparation — tout en constatant l’absence de volonté russe de négocier la paix.

Côté européen enfin, l’Union cherche à afficher une ligne de soutien dans la durée, à l’approche d’une date hautement symbolique.

Oui, le 24 février, qui marquera la quatrième année de l’invasion à grande échelle. Le Parlement européen tiendra ce jour-là une session plénière extraordinaire à Bruxelles, à l’initiative de sa présidente Roberta Metsola. Cette séance doit permettre l’approbation par les eurodéputés d’un prêt de 90 milliards d’euros à destination de Kyiv, financé via une dette commune, et présenté comme un moyen de soutenir l’effort ukrainien dans la durée.

On termine ce journal en Pologne, où une frange de l’extrême droite, sur des thèmes nationalistes et anti-ukrainiens, gagne en visibilité — avec des prises de position favorables à Moscou.

Le cas le plus commenté est celui de Grzegorz Braun, figure radicale et dirigeant du parti politique d’extrême droite « Confédération de la Couronne polonaise ». Selon le journal Notes from Poland, Monsieur Braun — longtemps identifié au sein de l’alliance d’extrême droite Konfederacja — est devenu un « outsider » qui pèse davantage dans le débat public. D’après les observateurs, depuis la présidentielle de 2025, son parti est crédité d’environ 6 à 7 % dans les enquêtes d’opinion.

Cette dynamique inquiète car Varsovie et plusieurs observateurs alertent sur les tentatives d’ingérence et de désinformation russes visant à fragiliser le soutien à l’Ukraine. 

Un rapport du Centre international de lutte contre le terrorisme cite Braun parmi les acteurs associés à la diffusion de narratifs pro-russes. Dernier exemple : Braun a annoncé vouloir investir comme candidat Mateusz Piskorski, un ex-député poursuivi en Pologne pour espionnage au profit de la Russie et de la Chine — des accusations qu’il conteste, selon Notes from Poland. Face à ces risques, la Pologne dit renforcer ses dispositifs contre les ingérences étrangères. Cette poussée reste minoritaire, mais elle illustre la polarisation croissante autour de la guerre en Ukraine et des rapports avec Moscou.

Un journal de Lucas Savino et Giona Melotto.