Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- UE : les adhésions de l’Ukraine et de la Moldavie se débloquent
- États-Unis-Iran : un accord-cadre à la portée incertaine
- Russie : l’UE renforce la pression en allongeant sa liste de sanctions
On ouvre ce journal au Luxembourg, après l'officialisation par l'Union européenne, lundi, de l'ouverture du premier volet des négociations d’adhésion avec l'Ukraine et la Moldavie.
Une première étape qui portera sur le groupe de chapitres consacré aux fondamentaux de l’Union européenne, notamment l’État de droit, les institutions démocratiques et la lutte contre la corruption. Les dirigeants européens ont salué les efforts de réforme engagés par Kyiv et Chisinau, malgré les “défis immenses” auxquels ces pays doivent encore faire face. Pour Ursula von der Leyen et António Costa, respectivement présidente de la Commission européenne et président du Conseil européen, il s’agit d’une "reconnaissance du travail" accompli par les deux candidats depuis l’obtention de leur statut de pays candidats en 2022.
L'ouverture de ces négociations était prévue depuis 2024, mais restait bloquée depuis plus de 2 ans.
Oui, la Hongrie de Viktor Orbán, dont les mandats ont été marqués par un bras de fer permanent avec Bruxelles, s’opposait à toute avancée du processus, empêchant les Vingt-Sept de parvenir à l’unanimité requise pour l'ouverture des négociations. Mais la situation s’est débloquée après les dernières élections législatives d'avril 2026. Le nouveau Premier ministre, Péter Magyar, conservateur pro-européen, a rapidement changé de cap, en acceptant le dégel du prêt de 90 milliards d'euros vers l'Ukraine et le lancement effectif des négociations d'adhésion.
Pour les autorités ukrainiennes et moldaves, ce déblocage représente un grand soulagement.
Volodymyr Zelensky a salué "un soutien moral et politique majeur" pour l'Ukraine, 4 ans après le début de l'invasion russe. De son côté, la présidente moldave Maia Sandu a affirmé que son pays était désormais "prêt à ouvrir l’ensemble des chapitres de négociation".
Mais le chemin vers l’adhésion promet d’être encore très long.
Les deux pays doivent encore négocier trente-cinq chapitres regroupés en six grands ensembles couvrant l’ensemble des politiques européennes, de l’agriculture à l’environnement en passant par la justice et la sécurité. Et même si le souhait de Kyiv est d'adhérer à l'Union européenne dès 2027, plusieurs observateurs ont écarté cette idée, rappelant qu'il aura fallu par exemple 6 ans à la Croatie pour clore tous les chapitres de négociations. Pour The Guardian, le soulagement reste à tempérer : selon le quotidien britannique, malgré leurs éloges, les responsables européens se disent aussi déçus devant la progression de Kyiv « sur les dix réformes prioritaires convenues en décembre dernier ».
Plusieurs dossiers sensibles continuent ainsi d’inquiéter certains États membres en cas d'adhésion de l'Ukraine et de la Moldavie.
L’éventuelle adhésion des deux pays soulève notamment des interrogations sur l’avenir de la politique agricole européenne ou encore sur la répartition des aides, des dossiers que Bruxelles devra adapter face à l'arrivée de deux nouveaux États membres. Quant au dossier moldave, il comporte toujours une difficulté de taille : la Transnistrie, région soutenue par la Russie et représentant plus de 10% du territoire moldave, échappe totalement au contrôle de la capitale, et n’applique donc pas les réformes nécessaires à l'adhésion du pays à l'UE.
On continue ce journal au Moyen-Orient, où une étape diplomatique importante du conflit a été franchie : hier, Washington et Téhéran ont signé électroniquement l’accord-cadre annoncé dans la nuit de dimanche à lundi pour mettre fin à la guerre qui les oppose depuis fin février.
L’accord prévoirait l’arrêt des opérations militaires sur l’ensemble des fronts, y compris au Liban, la levée du blocus américain des ports iraniens et la réouverture du détroit d’Ormuz dès vendredi, avec pour objectif un retour à une activité maritime normale sous trente jours, même si aucune progression de la situation sur le terrain n’a pour l’instant été rapportée. Sur le nucléaire, Téhéran s'engagerait à ne pas développer l’arme atomique et réaffirmerait sa volonté de respecter le Traité de non-prolifération nucléaire.
Et les Européens se disent prêts à accompagner la suite du processus.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, et la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, ont affirmé que l’Union européenne était prête à contribuer à un règlement durable du conflit. Emmanuel Macron a également salué l’accord et assuré que la mission maritime internationale menée par la France et le Royaume-Uni pourrait accompagner la réouverture du détroit d’Ormuz. De son côté, l’Allemagne a conditionné ce matin sa participation à la sécurisation du détroit d’Ormuz à l’absence de combats et à “l’accord de toutes les parties. Plusieurs dirigeants européens se sont aussi dits disposés à lever certaines sanctions contre l’Iran en échange de mesures concrètes pour limiter son programme nucléaire.
Mais, même si des conséquences économiques positives sur les marchés financiers se faisaient déjà sentir hier soir, la portée de l’accord reste pour l’instant très incertaine.
D’abord parce qu’Israël n’est pas partie au protocole et que le texte ne prévoit ni retrait israélien du Liban, ni arrêt du soutien iranien au Hezbollah. Les deux camps ont d’ailleurs, hier encore, mené des frappes. L’accord reste également silencieux sur la question d’un éventuel changement de régime en Iran, alors que la population s’était soulevée contre lui en janvier au prix d’une répression sanglante. Surtout, il ne met pas directement fin à la guerre. Malgré une signature officielle attendue le 19 juin à Genève, un nouveau cycle de négociations de soixante jours devra encore permettre de trouver un compromis sur les questions les plus sensibles : avenir du programme nucléaire iranien, stocks d’uranium enrichi et levée de certaines sanctions américaines. Mais rien ne garantit le succès de cette nouvelle phase de négociations, pourtant essentielle pour parvenir à une paix durable.
On termine ce journal en évoquant l’adoption par le Conseil de l’Union européenne de nouvelles sanctions contre la Russie. L’objectif : accroître toujours plus la pression sur le pays, quatre ans après son invasion de l’Ukraine.
Hier, l’Union européenne a ajouté 34 individus et 47 entités à sa liste de sanctions. Sont notamment visés le secteur de l’énergie, le complexe militaro-industriel russe et la “flotte fantôme” utilisée pour contourner les restrictions occidentales et maintenir les revenus énergétiques du pays. Des propagandistes russes accusés de diffuser de la désinformation pour justifier la guerre, ainsi que des personnes et organisations soupçonnées d’être impliquées dans la mort d’Alexeï Navalny, l’un des principaux opposants de Vladimir Poutine, figurent également parmi les cibles.
Cette décision intervient justement alors même que Moscou continue de mener des attaques massives.
Dans la nuit de dimanche à lundi, une série de frappes russes contre plusieurs villes ukrainiennes a fait au moins 11 morts et 53 blessés, dont des enfants. Les bombardements ont également provoqué l’incendie de la cathédrale orthodoxe de la Dormition à Kyiv, un monument emblématique classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, dont le toit a été partiellement détruit. Les mesures adoptées hier sont toutefois distinctes du 21e paquet de sanctions présenté le 9 juin, d’une portée plus large, qui doit encore être accepté par tous les États membres.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.