Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- L’UE face aux recompositions politiques de Ljubljana à Sofia
- Commerce : l’UE durcit le ton face aux entreprises chinoises
- France : le Code noir abrogé 178 après l’abolition de l’eslavage
On ouvre ce journal à Bruxelles, où l’Union européenne observe avec attention les changements politiques qui se multiplient dans plusieurs pays d’Europe centrale et orientale, de Budapest à Ljubljana, en passant par Sofia.
Oui, et aujourd’hui, c’est le nouveau premier ministre hongrois, Péter Magyar, qui est attendu à Bruxelles, avec en ligne de mire le déblocage d’aides européennes de 10 milliards d’euros pour Budapest, des aides longtemps bloqués du fait des atteintes à l’état de droit du régime précédent.
Péter Magyar s’était montré particulièrement confiant quant au déblocage de ces prêts, en faisant même une promesse de campagne. Mais le processus pourrait être plus laborieux que prévu.
Tout à fait. Malgré les positions pro-européennes affichées par le nouveau premier ministre, Bruxelles exige, avant tout déblocage, des garanties concrètes concernant l’indépendance de la justice et la lutte contre la corruption. Cité par Euractiv, un haut fonctionnaire européen estime ainsi qu’un dégel rapide des 10 milliards d’euros reste “peu probable”.
Et la Hongrie n’est pas le seul pays de la région à connaître un tournant politique.
Oui, puisqu’en Slovénie aussi, les équilibres évoluent. L’ultraconservateur Janez Janša a fait son retour au pouvoir, promettant un tournant antilibéral à la Slovénie et mettant notamment fin à la diplomatie propalestinienne menée ces dernières années par le pays.
En Bulgarie aussi un changement de premier ministre est intervenu récemment, avec l’élection de Roumen Radev. Si certains s’inquiétaient de son tropisme pro-russe, Bruxelles pourrait aussi se féliciter qu’il apporte une certaine stabilité politique dans ce pays, qui a connu une valse impressionnante de gouvernements depuis des années.
Longtemps perçu comme pro-russe lors de ses précédents mandats à la présidence bulgare, Roumen Radev cherche désormais à rassurer ses partenaires européens sur la place de Sofia au sein du bloc européen et sur son rôle dans la sécurité du flanc oriental de l’Union. Il s’est d’ailleurs rendu cette semaine à Bruxelles.
Il s’agissait de la première rencontre entre le premier ministre et Ursula von der Leyen depuis son élection. Une rencontre lors de laquelle de nombreux sujets ont été abordés, de la transition énergétique à la solidification de l’Etat de droit en Bulgarie, en passant par le dossier incontournable de la sécurité.
Et c’est sur ce point que la présidente de la Commission a particulièrement insisté. L’Union européenne prévoit en effet de soutenir la Bulgarie avec plus de 3,2 milliards d’euros afin de renforcer la sécurité sur le flanc oriental, Sofia étant aux portes de la guerre en Ukraine. Bruxelles se dit prête à signer cet accord de prêt dans les plus brefs délais.
On continue ce journal à Bruxelles, où la Commission européenne a infligé ce jeudi 28 mai une amende de 200 millions d’euros au géant chinois de la vente en ligne Temu.
Temu est accusée d’avoir permis la vente de produits illégaux ou dangereux en Europe. Parmi eux : des jouets pour bébé ou des chargeurs ne respectant pas les normes de sécurité. L’enquête porte également sur le fonctionnement de Temu, dont les systèmes de recommandation et les campagnes d’influenceurs peuvent encourager l’achat d’articles non conformes. Temu n’aurait ainsi pas respecté les obligations imposées par le Digital Services Act (DSA), le règlement européen sur les services numériques, qui impose aux grandes plateformes en ligne des obligations fortes pour protéger les consommateurs européens. L’entreprise doit désormais soumettre à Bruxelles des mesures correctives d’ici la fin du mois d’août, sous peine de nouvelles sanctions. De son côté, la plateforme juge cette décision “disproportionnée” et assure avoir renforcé ses contrôles.
Cette décision s’inscrit donc plus largement dans le durcissement de la politique commerciale européenne vis-à-vis de la Chine.
Les commissaires européens se retrouvent ce vendredi à Bruxelles pour une réunion extraordinaire au sujet des relations entre l’UE et la Chine. Au cœur des discussions : la défense de l’économie européenne contre les déséquilibres commerciaux avec la Chine, provoqués par l’essor des exportations chinoises. Parmi les mesures de défense possibles figurent notamment le recours à des quotas d’importation ou de nouveaux droits de douane à l’égard de la Chine.
Car les industries européennes sont confrontées à une crise croissante de vulnérabilité stratégique.
Les entreprises chinoises dominent plusieurs secteurs clés en inondant les marchés européens de produits subventionnés et grâce à une politique de prix agressive. En 2025, les importations de l’UE en provenance de Chine ont atteint 559,4 milliards d’euros, entraînant un déficit commercial de près de 360 milliards d’euros. Une situation qui met en péril les industries locales européennes, mais aussi la transition écologique de l’Union. Ses objectifs environnementaux reposent en très grande partie sur les chaînes d'approvisionnement chinoises, qui lui fournissent beaucoup des matériaux essentiels à la transition.
On conclut ce journal en France, où l’Assemblée nationale a décidé hier, lors d’un vote riche en émotions et marqué par une atmosphère de consensus rare, d’abroger le Code noir et l’ensemble des textes ayant encadré l’esclavage dans les colonies françaises.
Cette proposition de loi avait reçu le soutien d’Emmanuel Macron, qui dénonçait le maintien de ces textes dans le droit français comme “une trahison de ce qu’est la République”. Même si ces textes n’avaient plus d’effets juridiques, ils n’avaient jamais été formellement supprimés depuis l’abolition définitive de l’esclavage en 1848. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat.
“Un acte puissant de mémoire, de justice et de reconnaissance” selon le député à l’origine de la proposition de loi, Max Mathiasin.
Car ces textes faisaient des esclaves des “êtres meubles”, c’est-à-dire pouvant être acquis par un maître au même titre qu’un bien. Ils prévoyaient également des châtiments très violents en cas de fuite : oreilles coupées, marquage au fer, voire la peine de mort. Le Code noir était ainsi devenu un symbole de l’esclavage dans la mémoire collective.
Mais malgré cette abrogation et son caractère solennel, certaines critiques se sont cependant fait entendre.
Certains dénoncent un vote avant tout “symbolique” et de “communication” sans réponse concrète sur la question cruciale des réparations et regrettent que la situation dans les territoires français d’outre-mer reste alarmante. D’autant plus que des effets visibles de l’esclavage demeurent encore aujourd’hui à travers les inégalités et les discriminations raciales persistantes. À noter que les débats se sont d’ailleurs déroulés à proximité d’une statue de Jean-Baptiste Colbert, dont le rôle dans l’élaboration du Code noir continue de susciter de fortes controverses.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.