Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- G7 : un sommet à valeur de test face à la multiplication des tensions internationales
- Référendum en Suisse : le rejet du plafonnement de la population à 10 millions
- Italie : l’extrême droite manifeste pour la “remigration”
On commence ce journal en France, où s’ouvre aujourd’hui le sommet du G7 à Évian-les-Bains. Un sommet qui devrait être dominé par une annonce faite la nuit dernière : Washington et Téhéran seraient parvenus à un protocole d’accord pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.
Oui la possible cessation des hostilités devrait donc monopoliser les discussions, les principales économies mondiales attendant notamment avec impatience la réouverture du détroit d’Ormuz, dont la fermeture impacte très sérieusement l’économie mondiale depuis des mois. L’accord pose les bases d’une désescalade, mais sans fixer de calendrier ni détailler les engagements concrets des parties. Après plusieurs jours marqués par des frappes de part et d’autres et des annonces contradictoires, cet accord demeure donc pour l’instant fragile. Une nouvelle phase diplomatique de soixante jours doit désormais théoriquement s’ouvrir afin de résoudre les questions les plus sensibles.
Mais ce ne sera pas le seul sujet stratégique abordé durant le sommet, qui réunira jusqu’au 17 juin les dirigeants des principales économies démocratiques et l’Union européenne.
Une réunion qui intervient dans un contexte international particulièrement tendu, alors que l’économie mondiale est atone et que la guerre en Ukraine se poursuit. Cette nuit encore des attaques de missiles et de drones russes ont fait au moins neuf morts et provoqué l’incendie d’une cathédrale orthodoxe, l’un des édifices historiques majeurs de la capitale ukrainienne Kyiv. Il s’agit aussi des premières retrouvailles transatlantiques depuis le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis et Israël fin février. Les Européens espèrent justement profiter de “l’apaisement” entre l’Iran et les États-Unis pour faire avancer le dossier ukrainien. L’objectif : trouver une ligne commune avec Donald Trump sur le soutien à Kyiv et sur les perspectives de résolution du conflit. Volodymyr Zelensky a d’ailleurs été convié au sommet.
Il sera également question lors de ce sommet des relations économiques euro-atlantiques, toujours à la merci des humeurs de Donald Trump.
Malgré les avancées récentes dans les négociations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis, le président américain a récemment brandi la menace de nouveaux droits de douane sur les importations provenant d’une soixantaine d’économies, avec des taux pouvant atteindre 12,5% pour certains pays. Des mesures justifiées par la défense de l’industrie et de l’économie américaines, mais qui pourraient compliquer les discussions sur d’autres sujets stratégiques comme les minerais critiques, les chaînes d’approvisionnement ou les standards technologiques. Le président américain doit d’ailleurs arriver ce soir pour participer au sommet.
Autant de tensions qui pourraient peser sur la capacité du G7 à afficher un front uni face aux grandes questions du moment.
Cette réunion constitue un véritable test pour le G7 : parvenir à empêcher que les querelles commerciales et les tensions bilatérales ne prennent le dessus sur les grands enjeux stratégiques. L’inverse illustrerait les limites du multilatéralisme occidental, à un moment où les crises se multiplient et où une réponse coordonnée apparaît plus nécessaire que jamais.
Les tensions qui entourent cette rencontre se traduisent également par un très important dispositif de sécurité.
Au total, 16 000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés. Des moyens justifiés par le “contexte international extrêmement tendu” et par des risques de “sabotage” et de “troubles à l’ordre public”. Plusieurs manifestations ont d’ailleurs déjà eu lieu pour dénoncer le G7, symbole selon les manifestants de la concentration des pouvoirs politiques et économiques. En France, plusieurs associations et syndicats dénoncent une “bulle sécuritaire” destinée à étouffer “toute contestation”. Des tensions particulièrement importantes sont apparues entre Paris et Berne, les autorités helvétiques s’agaçant des conséquences qu'entraînent ce sommet sur leur propre territoire.
Et on poursuit d’ailleurs ce journal en Suisse, où les citoyens ont rejeté dimanche une votation visant à plafonner la population du pays à 10 millions d’habitants d’ici à 2050.
Portée par l’Union démocratique du centre, parti d'extrême droite le plus populaire dans le pays, l’initiative obligeait, en cas d'acceptation, le gouvernement à limiter l’immigration si la population atteignait le seuil des 10 millions d'habitants. Le texte prévoyait notamment de restreindre l’asile, le regroupement familial et les permis de séjour. Et en dernier recours, l'UDC proposait même de suspendre l’accord de libre circulation des personnes conclu avec l’Union européenne.
Le parti d'extrême droite évoquait comme raison principale à cette initiative une "pression" que l'immigration ferait peser sur la Suisse. Une pression qui ne serait pas soutenable pour le développement du pays, selon la formation populiste.
Oui, l'UDC a justifié cette initiative par le fait qu'une population au-delà de 10 millions d"habitants représenterait un "stress sur la densité" démographique, qui ne serait pas "durable" pour la Suisse. Mais en réalité, le projet a surtout été l'occasion de fustiger à nouveau l'immigration, que l'UDC a accusée dans le contexte du référendum d'être la cause principale d'une saturation des transports, d’une pénurie de logements, d’une hausse des loyers et d'une pression accrue sur les services publics.
Les opposants ont finalement convaincu une majorité d’électeurs, avec plus de 54 % de votes contre le texte.
Beaucoup estimaient qu’une telle mesure mettrait en danger la prospérité du pays et aggraverait, en réalité, les pénuries de main-d’œuvre. Les adversaires au projet craignaient également une dégradation des relations avec l’Union européenne, pourtant principal partenaire économique de la Suisse.
Et on clôture ce journal en Italie, où plusieurs milliers de militants d’extrême droite ont manifesté samedi dans les rues de Rome pour réclamer, je cite, la "remigration" des personnes immigrées en Italie.
Le rassemblement a réuni environ 3 000 partisans des mouvements d'extrême droite venus de toute l’Italie. Il était soutenu et mené, entre autres, par le groupuscule CasaPound, un mouvement d'ultra-droite particulièrement violent, qui se revendique ouvertement fasciste. Les manifestants ont appelé à l’expulsion des immigrés en situation irrégulière, mais aussi de certains immigrés légaux, qu'ils jugent insuffisamment intégrés. En opposition, plusieurs centaines de manifestants antifascistes se sont également mobilisés dans la capitale pour dénoncer ce mouvement.
Mais cette manifestation n'intervient pas à un moment anodin : l’extrême droite italienne connaît actuellement une recomposition.
À quelques mètres du rassemblement, l’eurodéputé Roberto Vannacci organisait l'assemblée constituante de son nouveau parti, Futuro Nazionale. Fondé il y a seulement quelques mois, le mouvement compte déjà huit députés et entend se positionner encore plus à droite que la coalition de Giorgia Meloni. Une recomposition politique à la toute droite de l’échiquier qui pourrait donc avoir un lourd impact, à un an des législatives en Italie.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.