Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 27 janvier 2026

Un gazoduc russe. Source : Free industrial pipeline image, public domain industry CC0 photo Aujourd'hui en Europe - 27 janvier 2026
Un gazoduc russe. Source : Free industrial pipeline image, public domain industry CC0 photo

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Énergie : l’UE interdit le gaz russe et relance l’éolien offshore 
  • Deepfakes : l’UE serre la vis à X d’Elon Musk
  • Sommet UE–Inde : l’accord commercial se concrétise 

On ouvre ce journal à Bruxelles en revenant sur une décision historique de l’Union européenne concernant sa sécurité énergétique. Après près de quatre ans de débats et de négociations depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les 27 ont définitivement approuvé l’interdiction des importations de gaz russe. 

Oui et selon les ministres réunis lundi 26 janvier, cette mesure rend juridiquement contraignante la promesse européenne de rompre avec son ancien premier fournisseur de gaz. Pour rappel, la Russie représentait encore plus de 40 % des importations de gaz de l’UE avant la guerre, une part tombée à environ 13 % en 2025, grâce aux efforts de diversification. 

Comment expliquer que cette décision ait mis autant de temps à aboutir ?

Plusieurs pays sont restés fortement dépendants du gaz russe et ont longtemps freiné le processus. La Hongrie et la Slovaquie ont d’ailleurs voté contre ce nouveau texte, tandis que la Bulgarie s’est abstenue. Budapest a même annoncé qu’elle saisirait la Cour de justice de l’Union européenne. Le texte prévoit l’arrêt des importations de gaz naturel liquéfié russe d’ici la fin 2026, et la fin du gaz acheminé par pipeline au 30 septembre 2027, avec une possible dérogation jusqu’au 1er novembre 2027 en cas de difficultés de stockage avant l’hiver.

Et cette rupture avec Moscou s’inscrit dans une stratégie de diversification et d’autonomie énergétique plus large.

Oui. Elle résonne jusque sur les rives de la mer du Nord. Lundi 26 janvier, neuf pays européens, dont la Belgique, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, se sont réunis à Hambourg pour relancer la dynamique de l’éolien offshore. Trois ans après la Déclaration d’Ostende de 2023, qui fixait l’objectif de 300 gigawatts d’ici 2050, les dirigeants ont reconnu que le rythme actuel reste insuffisant. Ils ont promis de lancer des projets conjoints représentant une capacité totale de 100 gigawatts et d’accélérer les investissements pour faire de la mer du Nord « le plus grand pôle mondial d’énergie propre ».

Justement, ces annonces sont-elles à la hauteur des ambitions européennes ?

Un premier pas concret a été posé à Hambourg, mais le chemin reste long. Aujourd’hui, la capacité totale de production d’éolien offshore en Europe est estimée à environ 37 gigawatts, bien loin des 120 gigawatts visés pour 2030. Selon WindEurope, il faudrait installer en moyenne 15 gigawatts par an entre 2031 et 2040 pour tenir les objectifs. Les retards s’expliquent par l’inflation des coûts depuis 2022, la pénurie de navires pour installer les parcs éoliens, et les difficultés de raccordement aux réseaux électriques, notamment en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Belgique.

On continue en évoquant une procédure inédite qui vise le réseau social X d’Elon Musk. Lundi 26 janvier 2026, la Commission européenne a annoncé l’ouverture d’une enquête formelle contre la plateforme, dans le cadre du Digital Services Act, la grande loi européenne qui impose aux très grands réseaux sociaux de limiter la diffusion de contenus illégaux et de réduire les risques pour les utilisateurs. Que reproche concrètement Bruxelles à X ?

Au cœur du dossier : Grok, le chatbot d’intelligence artificielle intégré à X. Les services de la Commission soupçonnent l’entreprise de ne pas avoir mis en place de garde-fous suffisants pour empêcher la création et la circulation d’images sexualisées et de “deepfakes” non consentis, y compris à partir de photos de personnes réelles. Certains contenus pourraient même relever d’infractions très graves, notamment lorsqu’ils concernent des mineurs.

Pourquoi cette enquête intervient aujourd’hui ?

Parce que ces dernières semaines, des détournements massifs de la fonction “édition d’images” de Grok ont été signalés : des internautes s’en sont servis pour “déshabiller” virtuellement des photos, sans accord des personnes concernées. Pour l’exécutif européen, c’est typiquement le genre de risque systémique que X doit anticiper, identifier et limiter avant de déployer ces outils à grande échelle dans l’UE.

Et ce n’est pas la première fois que Bruxelles vise X.

Non : la plateforme est déjà dans le viseur de la Commission sur plusieurs volets au titre du Digital Services Act. Et en décembre 2025, X a déjà été sanctionné d’une amende de 120 millions d’euros pour des manquements liés à la transparence. Cette nouvelle enquête s’inscrit donc dans une séquence de bras de fer plus large entre Bruxelles et le réseau social d’Elon Musk.

Qu’est-ce que X risque si l’UE conclut à des manquements ?

Si les violations sont confirmées, la Commission peut imposer des amendes pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial et exiger des changements concrets dans la conception du service. L’enquête, elle, n’a pas de calendrier public à ce stade.

On termine en évoquant un tournant potentiel dans la relation entre Bruxelles et New Delhi : mardi 27 janvier 2026, l’Union européenne et l’Inde ont tenu leur 16e sommet bilatéral à New Delhi, avec Narendra Modi, António Costa et Ursula von der Leyen. Et l’annonce centrale, c’est le commerce.

Oui : les deux partenaires ont confirmé avoir finalisé un accord de libre-échange, après près de vingt ans de négociations. L’idée, côté européen, est double : ouvrir davantage le marché indien et sécuriser des débouchés dans un contexte de tensions commerciales mondiales.

Et l’Union européenne, qu’est-ce qu’elle devrait y gagner ?

Bruxelles mise sur un accès beaucoup plus large au marché indien : l’accord prévoit de supprimer ou réduire les droits de douane sur la quasi-totalité des exportations européennes vers l’Inde. Parmi les secteurs gagnants côté UE : l’automobile, mais aussi les machines, les produits chimiques, les médicaments, et les vins et spiritueux. Selon les estimations avancées, les entreprises européennes pourraient économiser jusqu’à 4 milliards d’euros par an en droits de douane.

Et si l’accord arrive maintenant, ce n’est pas un hasard.

Le calendrier est très politique : il s’inscrit dans une séquence de tensions commerciales mondiales, alors que Washington, sous Donald Trump, agite à nouveau la menace de nouveaux droits de douane. Dans ce contexte, Européens et Indiens ont intérêt à sécuriser et diversifier leurs débouchés, et à montrer qu’ils peuvent conclure un accord majeur malgré la fragmentation du commerce international.

Un journal de Thomas Kox et Giona Melotto.