Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 19 juin 2026

Le Conseil européen en présence de Volodymyr Zelensky, le jeudi 18 juin. © European Union Aujourd'hui en Europe - 19 juin 2026
Le Conseil européen en présence de Volodymyr Zelensky, le jeudi 18 juin. © European Union

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Conseil européen : un sommet aux multiples enjeux 
  • OTAN : le désengagement militaire américain de l’Europe se poursuit 
  • Législative partielle au Royaume-Uni : le mandat de Keir Starmer remis en cause

On ouvre ce journal à Bruxelles, où se tient depuis hier et jusqu’à ce vendredi 19 juin un Conseil européen particulièrement attendu.

Hier, Volodymyr Zelensky a échangé avec les dirigeants européens lors d’une première séquence consacrée à l’Ukraine. Les discussions ont mis en évidence une unité rare des Vingt-Sept sur le renforcement du soutien militaire et la volonté de relancer les négociations de paix. Dans ses conclusions, le Conseil condamne la Russie et lui demande d’accepter un cessez-le-feu et d’engager des négociations constructives en vue d’une paix juste et durable.

La question de l’adhésion de l’Ukraine a également été abordée, après l’ouverture du premier chapitre de négociations lundi dernier. Si plusieurs nouveaux chapitres pourraient être ouverts dès cet été, les dirigeants restent prudents et refusent pour l’instant la procédure accélérée souhaitée par le président ukrainien, afin de préserver la crédibilité du processus et le respect des critères liés à l’État de droit.

Après l’Ukraine, c’est un autre sujet de préoccupation majeur des Européens qui a été abordé lors du dîner hier soir : la relation de l'UE avec la Chine.

Dans un contexte de tensions commerciales croissantes avec Pékin, les Européens souhaitent rééquilibrer leurs relations commerciales, alors qu’ils ont enregistré un déficit commercial l’année dernière et qu’ils considèrent la politique économique de la Chine comme une attaque contre leur marché. L’objectif est d’obtenir davantage de réciprocité et une concurrence jugée plus équitable.

Mais les États membres restent divisés sur la méthode à adopter, entre partisans d’une ligne plus offensive face aux subventions chinoises et ceux qui redoutent des représailles et la perte de débouchés économiques. Aucune conclusion écrite ne devrait toutefois être adoptée sur ce dossier.

Et aujourd’hui, les discussions doivent se concentrer sur un autre sujet explosif : le prochain budget pluriannuel de l’UE, alors que la Commission a esquissé une proposition à un niveau record de 2 000 milliards d’euros.

Un débat particulièrement sensible alors que l’Europe doit faire face à des conflits à ses frontières, au désengagement américain et aux offensives commerciales de la Chine et des États-Unis. Mais les États membres sont divisés sur le niveau des dépenses et les secteurs à privilégier. Certains veulent préserver l’agriculture et les fonds de cohésion, tandis que les pays dits “frugaux” réclament une importante réduction du budget, refusent de nouveaux emprunts communs et souhaitent orienter les dépenses vers la compétitivité, la défense, la sécurité, l’asile et la migration.

Même si ce sommet ne permettra pas de trancher, les Vingt-Sept espèrent parvenir à un accord d’ici fin 2026, avant une année 2027 marquée par de grandes échéances électorales dans plusieurs pays clés, dont la France, l’Espagne, l’Italie et la Pologne. La situation au Moyen-Orient, la compétitivité, les migrations et le trafic de drogue figurent également à l’ordre du jour.

Un sommet qui intervient dans un contexte diplomatique plutôt favorable.

Il se tient au lendemain d’un sommet du G7 à Évian sans esclandre et marqué par plusieurs avancées : un rapprochement des positions occidentales sur l’Ukraine, y compris avec les États-Unis, la signature de l’accord-cadre entre Washington et Téhéran et la perspective d’une réouverture du détroit d’Ormuz.

Et on poursuit ce journal aux États-Unis, après que Washington a annoncé hier lancer un réexamen d’ici 6 mois de sa présence militaire en Europe.

Pete Hegseth, secrétaire américain à la défense, a déclaré hier à Bruxelles, lors d’une réunion avec ses homologues de l’Alliance, que cet examen “sera conçu pour garantir que l’OTAN progresse rapidement [...] vers un renforcement du rôle de l’Europe”, avant d’affirmer que le Vieux Continent devra à terme “assumer la responsabilité principale de la défense” au sein de son territoire.

Mais si les États-Unis finissent effectivement par diminuer leur présence militaire en Europe, pour Washington cela ne signifie pas pour autant se retirer de ses bases sur le Vieux Continent.

Oui, Pete Hegseth a précisé que le réexamen de la présence militaire américaine en Europe ne signifie en aucun cas un retrait complet des infrastructures. Bien au contraire, le secrétaire américain a précisé que la volonté des États-Unis est d’avoir la garantie de pouvoir utiliser les bases militaires de l’Alliance “lorsqu’ils le jugeront utile”. Cela semble donc exclure une sortie potentielle des États-Unis de l’Alliance, après les menaces de Donald Trump : Pete Hegseth a appelé lors de la réunion à la construction d’une “OTAN 3.0”, c’est-à-dire une refonte complète de l’organisation, selon les conditions du réexamen américain.

Mais Pete Hegseth a tout de même menacé l’OTAN de réduire la contribution américaine à son budget.

Le chef du Pentagone a d’abord critiqué le manque de soutien diplomatique des pays membres vis-à-vis des États-Unis, le qualifiant de “honteux”. Mais il a aussi fustigé ce qu’il considère comme un manque de soutien économique de certains pays de l’OTAN. Washington a donc menacé l’Alliance transatlantique de réduire la contribution américaine à son budget si certains pays membres se refusent à consacrer d’ici 2035 au moins 5% de leur PIB à leurs dépenses de sécurité.

Et on clôture ce journal au Royaume-Uni, où se déroulait hier la très scrutée élection législative partielle de Makerfield, dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Une élection qui s’est soldée par la très large victoire du maire de Manchester, Andy Burnham, l’un des principaux adversaires de Keir Starmer au sein du parti travailliste. Un succès électoral qui lui permet de se placer seul en tête dans la course pour le poste de Premier ministre. Il avait fait savoir qu’en cas d’élection à la Chambre des Communes, il comptait bien contester l’autorité du Premier ministre. Et après son élection en tant que député, ses premiers mots, adressés à son parti, ont confirmé sa volonté : « Je le dis à mon propre parti : c’est une dernière chance de changer ».

Et pour certains observateurs, devant l’élection d’Andy Burnham, les jours de Keir Starmer à Downing Street sont vraisemblablement comptés.

Oui, le maire de Manchester compte parmi les figures les plus populaires du parti travailliste, souhaitant une politique plus à gauche que ses homologues, alors que Keir Starmer, dont beaucoup reprochent l’immobilisme sur certains sujets, se trouve dans une position très affaiblie, impopulaire et contesté au sein même de son parti. Mais jusqu’ici, le Premier ministre a écarté la perspective d’une démission. Mercredi, sur Sky News, il a de nouveau déclaré qu’il n’allait “pas partir” et qu’il allait “se battre” pour sa place à Downing Street.

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.