Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Moyen-Orient : la prise symbolique de la forteresse de Beaufort
- Élections à Malte : la promesse d’un retour à la stabilité
- Investissement colossal de Softbank : la France entre dans la course à l’IA
On ouvre ce journal au Liban, où l'armée israélienne a repris ces derniers jours ses opérations terrestres et avance toujours plus au nord. Une progression d'une ampleur inédite : elle n'avait plus pénétré aussi loin dans le pays depuis 26 ans.
Hier, l’armée israélienne a annoncé s'être emparée de la forteresse de Beaufort, un site médiéval bâti à l'époque des Croisades, et précisément l'un des derniers points dont Israël s'était retiré en 2000. Des images montrent des soldats y hissant leur drapeau. Sa crête surplombe le sud-Liban comme le nord d'Israël : un verrou stratégique d'où le Hezbollah tirait ses roquettes. Quelques jours plus tôt, l'armée avait déjà franchi le fleuve Litani, la ligne censée délimiter la "zone tampon" : signe qu'elle s'autorise désormais à en sortir. Benyamin Nétanyahou a salué un "tournant décisif" et appelé à étendre l'emprise de son armée sur les zones tenues par le Hezbollah. Une prise hautement symbolique, à l'approche de discussions avec Beyrouth attendues à Washington les 2 et 3 juin, et ce malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis avril, plusieurs fois prolongé.
Une offensive qui ne se limite pas à Beaufort.
Hier toujours, Israël a mené sur la ville côtière de Tyr ses frappes les plus violentes depuis le début de la guerre : plusieurs immeubles détruits et treize employés d'un hôpital blessés. D'autres localités du sud ont également été visées. Le Hezbollah, lui, affirme avoir riposté en ciblant des positions israéliennes dans le nord.
Au-delà du Liban, c’est la situation dans toute la région qui continue d’inquiéter.
Ce week-end, l'armée américaine a annoncé avoir frappé des systèmes de radar et de contrôle de drones iraniens : la troisième vague de frappes en un peu plus d'une semaine, présentée comme une réponse aux "actions agressives" de Téhéran, notamment la destruction d'un drone MQ-1 au-dessus des eaux internationales. Les Gardiens de la révolution disent avoir visé en retour une base utilisée par les États-Unis.
Le tout alors que les négociations entre Washington et Téhéran semblent toujours dans l'impasse.
Les discussions restent pour l’instant vaines, alors que Téhéran conditionne tout accord avec Washington à la garantie des “droits du peuple iranien” et à l’arrêt des hostilités au Liban. Son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, affirme ne croire “ni aux paroles ni aux promesses” américaines pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. De son côté, Donald Trump assure que l’Iran a accepté de renoncer au développement d’une arme nucléaire. Dans le même temps, les gardiens de la révolution ont affirmé que 28 navires avaient traversé le détroit d’Ormuz au cours du week-end, après avoir obtenu une autorisation.
On continue ce journal à Malte, où le Parti travailliste vient de remporter un quatrième mandat consécutif, une première dans l'histoire du pays.
Un résultat net pour le Premier ministre Robert Abela, 48 ans. Le scrutin s'est tenu samedi, avec une participation de 87,4%, en légère hausse. Face à Abela, le nationaliste Alex Borg, un avocat de 30 ans qui appelait au changement, a reconnu sa défaite dès dimanche.
Une élection convoquée de manière anticipée.
Oui. Abela a provoqué ce scrutin un an avant l'échéance, en invoquant l'instabilité internationale et la guerre en Iran. Car Malte, île exiguë et lourdement dépendante du tourisme et des importations, est particulièrement exposée : malgré une croissance de 4% l'an dernier, le conflit au Moyen-Orient fait craindre une flambée du prix du kérosène, qui pèserait sur le tourisme et alimenterait l'inflation.
Le Premier ministre a donc fait toute sa campagne sur un maître-mot : la stabilité.
Exactement. Celle d'un parti travailliste au pouvoir depuis 2013, dont Abela a vanté le bilan économique. Lui-même dirige Malte depuis 2020, après la démission de son prédécesseur, emporté par la crise née de l'assassinat en 2017 de la journaliste Daphne Caruana Galizia, qui avait révélé la corruption au sommet de l'État. Un dossier resté en retrait de la campagne, éclipsé par les résultats économiques, notamment une forte croissance et un chômage quasi inexistant.
La justice a-t-elle fait la lumière sur ce meurtre ?
En partie. Sept personnes ont été condamnées ou inculpées : les exécutants purgent de lourdes peines, et deux hommes ont écopé de la perpétuité l'an dernier pour avoir fourni la bombe. Mais le commanditaire présumé, l'homme d'affaires Yorgen Fenech, a été libéré sous caution et attend toujours son procès. Et Bruxelles pointe encore une corruption persistante et des risques pour la liberté de la presse.
Autre dossier laissé au second plan : l'environnement.
Et la situation est pourtant difficile. Malte est en première ligne face au changement climatique, menacée par la sécheresse et la désertification, mais aucun des deux grands partis n'en a fait une priorité. Le boom de la construction, lui, défigure le paysage et fait peser des risques sur des sites classés au patrimoine mondial de l'UNESCO, sur cette île qui est l'une des plus densément peuplées au monde.
On termine ce journal en France, avec une annonce économique de taille : le japonais SoftBank va investir un montant record dans l'intelligence artificielle.
75 milliards d'euros au total, a annoncé son président Masayoshi Son, pour bâtir dans les Hauts-de-France de gigantesques data centers dédiés à l'IA, ces centres de calcul qui entraînent et font tourner les modèles. SoftBank, l'un des principaux bailleurs d'OpenAI, vise à terme 5 gigawatts de capacité. Ce serait son plus gros investissement en Europe dans ce domaine, dévoilé à la veille du sommet Choose France, qui réunit ce lundi à Versailles les investisseurs étrangers.
Un signal bienvenu pour une Europe à la traîne dans la course à l'IA.
C'est tout l'enjeu. Le continent reste largement distancé par les États-Unis et la Chine : les entreprises américaines concentrent à elles seules environ 60% des financements privés mondiaux. L'Europe, elle, mise plutôt sur la régulation et la souveraineté de ses données. Mais elle souffre d'un handicap : selon l'Agence internationale de l'énergie, l'électricité y coûte en moyenne deux fois plus cher qu'aux États-Unis, ce qui freine l'installation de data centers très gourmands en énergie. Si SoftBank a choisi la France, c'est d'ailleurs en grande partie parce qu'elle est productrice et exportatrice d'énergie, et offre une électricité abondante : un atout décisif pour ces infrastructures.
Un journal de Manon Gendreau et Giona Melotto.