Les histoires d'Europe de Quentin Dickinson

L’Invasion des Cercueils chinois

© Pavel Danilyuk via Pexels L’Invasion des Cercueils chinois
© Pavel Danilyuk via Pexels

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Votre Histoire d’Europe d’aujourd’hui se penche sur les faux-semblants et les vrais coups fourrés entre la Chine et l’Union européenne…

Alors, nous allons tenter en quelque sorte de rester dans la gentillette ambiance de Halloween.

Question : savez-vous combien de morts l’on compte en moyenne chaque année dans l’Union européenne ?...

…

Bon, réponse : environ 4 millions huit cent mille, chiffre assez stable depuis les crêtes enregistrées pendant les années COVID.

Bien sûr, le pronostic ultime reste fatal pour chacun, mais tous ne sont pas frappés de façon égale : ainsi, les moins bien lotis sont les Bulgares, qui plafonnent à 15,5 décès pour mille habitants, suivis par deux des Baltes et les Hongrois ; la longévité la plus ample est constatée chez les Luxembourgeois, à 6,4 décès pour mille, les Luxembourgeois qui devancent de peu les Irlandais et les Chypriotes.

Les Français s’en sortent à 9,4 décès pour mille.

À titre de comparaison, la Chine enterre plus de onze millions de ses citoyens chaque année, nombre en croissance régulière – ce qui nous ramène au véritable sujet de cette chronique.

C’est-à-dire ?...

Au nouveau conflit commercial entre PÉKIN et l’Union européenne.

Une majorité des moribonds – ou leurs futurs ayants-droit – optent pour l’enterrement de leurs restes, alors que la crémation (en rapide progression) et le don du corps à la science restent minoritaires dans la plupart des pays de l’UE.

C’est dire si la fabrication de cercueils est une industrie prospère et à l’avenir garanti, sans même tenir compte des pandémies, des guerres, et des massacres divers.

Or, en 2022, l’UE importait pour 16 millions d’Euros de cercueils venus de Chine ; mais, à peine trois ans après, on en était déjà à 28 millions, alors que les cercueils importés d’autres pays décroissaient en correspondance.

Mais voilà : pour les fabricants – et à essence de bois identique – le coût de production d’un cercueil chinois revient au tiers de celui produit par exemple en Italie avec du bois de Roumanie.

Comment expliquer cet écart énorme ?...

Outre une main-d’œuvre moins chère, les fabricants européens soupçonnent fortement leurs concurrents chinois de bénéficier de subventions officielles et de plusieurs avantages fiscaux, y compris pour ce qui est du transport des lieux d’abattage jusqu’à la menuiserie.

Un autre élément découle probablement de l’habituelle surproduction chinoise, dans tous les domaines d’ailleurs, délibérément bien supérieure aux besoins de la Chine elle-même. 

Mais les surtaxes douanières désormais imposées par les États-Unis amènent les Chinois, pense-t-on, à rediriger une grosse partie de leur production de cercueils vers l’Europe. 

Alors, les fabricants de cercueils Made in Europe tentent actuellement de réunir autant d’éléments à charge qui démontreraient que le marché est faussé à leur détriment – et à pousser la Commission européenne à enquêter, à saisir les autorités chinoises, et, si celles-ci devaient se montrer rétives, à leur imposer des droits de douane compensatoires.

Tout n’est donc pas clair dans ces importations de cercueils chinois ?...

Non, pas franchement. Car une étude sur ce marché en Italie a dénombré avec précision le nombre de cercueils vendus dans ce pays l’année dernière. En principe, le calcul est simple : il suffit d’additionner la production italienne et les importations, et de déduire les exportations, tout en neutralisant les stocks. Mais voilà : ce calcul révèle un écart troublant entre cette évaluation rationnelle et le nombre de cercueils achetés, nombre supérieur de 30.000 environ.

On ne comprend pas : d’où provenaient donc tous ces cercueils ?...

Deux hypothèses permettent d’expliquer l’apparition de ces 30.000 cercueils-fantômes : d’abord, ce que les douaniers appellent l’arnaque façon IKEA : les cercueils arriveraient de Chine emballés à plat et simplement déclarés comme planches de bois non-manufacturé, soumis à des droits à l’importation bien moins élevés.                                                               

Autre explication possible : les éléments des cercueils arriveraient en Europe, non comme contenu, mais bien comme structure d’emballage d’un produit moins taxé par l’UE.

Dans les deux cas, rien n’est classé comme cercueil.

Mais pourquoi tant d’inquiétude de la part des professionnels du secteur ?...

C’est simple : il y a cinq ans, on dénombrait dans l’UE environ 120 entreprises spécialisées dans la fabrication de cercueils ; aujourd’hui, elles ne sont plus que 90. Le nombre total de salariés ne dépasserait plus guère les 3.000.

Ici, chacun est conscient du dumping à grande échelle de voitures électriques ou de panneaux photovoltaïques venus de Chine ; mais peu à peu, des secteurs moins visibles, souvent répartis sur de nombreuses PME, se trouvent confrontés au grignotage de leur activité par de puissants groupes chinois.

La Commission européenne commence enfin à prendre au sérieux leurs appels au secours – et puis, qui voudrait avoir sur la conscience la mort du véritable cercueil européen ?

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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