Chaque semaine, retrouvez Les histoires d'Europe de Quentin Dickinson sur euradio.
Comme annoncé la semaine dernière, Quentin Dickinson, vous poursuivez aujourd’hui l’examen des pays-candidats à l’adhésion à l’UE…
En effet, la semaine dernière, nous avions évoqué la situation délicate de la Moldavie, de la Géorgie, et de l’Ukraine dans leur transition vers l’Union européenne, freinée par l’impérialisme russe sous ses différentes formes, de la menace permanente à la guerre hybride au conflit armé de haute intensité.
Pour résumer, les pays-candidats correspondent à des groupes particuliers : d’abord, ceux pour lesquels les négociations progressent de façon satisfaisante ; ensuite, ceux pour qui les choses avancent plus lentement ; puis ceux qui n’en sont qu’à l’analyse préliminaire de leur candidature ; enfin, ceux pour lesquels les pourparlers sont gelés sans perspective de reprise.
Mais, quoiqu’il arrive, ce processus est forcément long…
C’est qu’il faut comprendre qu’une fois ouvertes, les négociations s’articulent autour de trente-trois chapitres techniques distincts, réputés ouverts ou fermés à titre provisoire, jusqu’à ce que l’on constate que tous sont conclus favorablement et que l’adhésion effective puisse s’accomplir à la première occasion.
Actuellement, deux États sortent du lot : il s’agit d’abord du Monténégro (candidature déposée en 2010, négociations ouvertes deux ans après, actuellement 21 chapitres conclus sur 33), et de l’Albanie (candidate depuis 2014, négociations ouvertes huit ans après, tous les chapitres ouverts, dont actuellement 4 conclus sur 33).
Et où en sont les autres pays, alors ?...
Ce sont tous d’anciennes composantes de feu la Yougoslavie, au premier rang desquels, par son importance économique et politique : la Serbie, dont la candidature, déposée en 2012, avançait à la vitesse de l’escargot, tant qu’Aleksandar VUČIĆ incarnait à BELGRADE un pouvoir autoritaire et proche du Kremlin. Les législatives de dimanche dernier, qui provoquent son départ après quatorze ans aux affaires, permettent un redémarrage prochain de la négociation, ouverte il y a douze ans et actuellement bloquée à 22 chapitres ouverts, et 4 conclus (dans des domaines secondaires comme la culture ou la recherche), sur 33.
Et les autres ex-yougoslaves sont…
…d’abord, la Macédoine du Nord, candidate depuis 2005, mais dont le dossier était bloqué par la Grèce, opposée à son utilisation du nom de la Macédoine, province grecque. Après une laborieuse mise au point sur cette querelle picrocholine, l’évaluation de pré-négociation a pu débuter - avec dix-sept ans de retard.
L’autre candidature post-yougoslave, c’est celle de la Bosnie-et-Herzégovine, déposée en 2022 et admise à la pré-négociation en 2024.
Enfin, le cas particulier, c’est celui du Kosovo, dont le statut d’État souverain n’est actuellement reconnu que par cinq pays-membres de l’UE sur vingt-sept, et qui a fait connaître en 2022 son souhait de rejoindre l’Union européenne, mais qui n’est toujours pas reconnu comme pays-candidat par les institutions de l’UE.
Toutefois, il existe un pays officiellement candidat, mais qui ne l’est plus vraiment…
Vous l’aurez deviné, c’est la Turquie. Sa demande d’adhésion a été reçue ici, à BRUXELLES, il y a près de quarante ans ; sa candidature a été acceptée il y a vingt-sept ans ; les négociations ont débuté il y a vingt-et-un ans ; et elles sont gelées depuis huit ans sans espoir de reprise, aucune des parties n’y étant toujours intéressée, mais personne ne souhaitant unilatéralement endosser la responsabilité d’avoir mis fin au processus.
On en parle moins, mais il y a aussi des pays qui ont retiré leur candidature à l’UE, non ?...
Effectivement, ces hésitants sont au nombre de trois. Historiquement, le premier en est la Norvège, qui, avec le Danemark, l’Irlande, et le Royaume-Uni, a fait partie de la première vague d’élargissement des Communautés européennes (l’Europe des Six, comme on disait jusque-là) ; comme les trois autres, OSLO a mené à bien sa négociation – mais sitôt après, en 1972, une majorité de Norvégiens a rejeté par référendum la confirmation nécessaire à son entrée en vigueur.
À noter : lors d’une tentative renouvelée en 1994, un nouveau référendum aura à nouveau rejeté l’adhésion de la Norvège à l’UE.
Et les deux autres indécis, ce sont…
…ce sont la Suisse (par une votation populaire en 1992) et l’Islande (comme la Norvège, par deux référendums successifs, en 2015 et, tout récemment, le 29 août de cette année).
Et, pour être tout-à-fait complet, il y a l’interminable casse-tête du Royaume-Uni, brexité depuis dix ans, mais dont le nouveau Premier ministre, le travailliste Andy BURNHAM, paraît ne plus tout-à-fait exclure l’hypothèse d’une réintégration de son pays dans l’Union européenne.
Ici aussi, donc, il est urgent d’attendre.
Un entretien réalisé par Laurent Pététin.