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La succession (compliquée) d’Angela Merkel – Le bloc-notes d’Albrecht Sonntag

Écrit par sur 8 janvier 2021

Comme toutes les semaines, nous retrouvons Albrecht Sonntag, professeur à l’ESSCA Ecole de Management, à Angers.

Après des éditos davantage penchés vers le passé en fin d’année, vous voilà résolument tourné vers les échéances que nous prépare cette nouvelle année 2021.

Exactement. Et l’une des échéances les plus saillantes, c’est celle du mois de septembre quand les élections législatives allemandes désigneront le successeur d’Angela Merkel. Inutile de vous expliquer qu’il s’agit là d’une césure politique qui ne manquera pas d’avoir des répercussions importantes sur le plan européen.

Et les neuf mois qui nous séparent de l’événement ne seront pas un long fleuve tranquille. Au contraire : les soubresauts vont commencer dès la semaine prochaine, quand la CDU, le parti chrétien-démocrate de la chancelière, organisera son grand congrès pour trouver son nouveau président, appelé à prendre la suite d’Annegret Kramp-Karrenbauer, à la tête du mouvement depuis tout juste deux ans.

Mais, rappelez-moi, ce n’était pas justement Mme Kramp-Karrenbauer qui était censée être la candidate naturelle, adoubée par Mme Merkel elle-même ?

Si si, vous avez bonne mémoire. J’en ai parlé sur les ondes d’euradio en décembre 2018, et déjà au moment de son accession à la tête du parti, je faisais remarquer que c’était loin d’être acquis. Entretemps, elle a elle-même jeté l’éponge, car elle sentait bien qu’elle n’avait pas tout le parti derrière elle.

Ce sera qui alors ?

Sans prendre beaucoup de risque, je peux vous dire que ce sera un homme. Même si après quinze années de règne d’une femme, il doit y avoir de jeunes électeurs qui se demandent si le mot « Bundeskanzlerin » peut être décliné au masculin.

Plus sérieusement : les trois candidats en lice sont tous des messieurs, âgés entre 55 et 65 ans, et qui plus est, tous originaires de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Comme si après une parenthèse exceptionnelle, on avait envie d’un retour à une bonne dose de banalité rassurante. Je vous donne leurs noms : Friedrich Merz, Armin Laschet, ou Norbert Röttgen.

Il est fort à parier que les médias français présenteront le vainqueur du congrès de la semaine prochaine comme l’inévitable successeur d’Angela Merkel. Mais ce serait faire preuve de paresse journalistique, car les choses ne seront pas si simples !

Pourquoi ? La CDU est bien le plus grand parti d’Allemagne, et son président sera assez naturellement à la tête de la future coalition de gouvernement, non ?

Vous n’avez pas tort : la CDU est actuellement créditée de 36% des intentions de vote, assez loin devant les Verts et les Sociaux-Démocrates. Mais cette avance est tout sauf stable, car elle est avant tout due à l’appréciation de la personne d’Angela Merkel plutôt que du parti lui-même.

Permettez-moi une métaphore un peu bancale : l’impression de TGV que donne la CDU ne tient qu’à sa locomotive ! Derrière, c’est plutôt un TER ! C’est sympa, un TER, c’est assez fiable, ça trace son chemin, mais c’est tout de même nettement moins puissant.

Et d’ici septembre, beaucoup de choses vont se passer.

D’abord, les dissensions au sein du parti auront éclaté au grand jour. Peu importe qui aura gagné le vote des mille-et-un délégués la semaine prochaine, il aura du mal à réunir tout le monde derrière lui. Cela peut vite engendrer le syndrome des primaires empoisonnées qu’on connaît bien en France. Il n’est pas impossible qu’on se tourne tout d’un coup vers un autre candidat de dernier recours, comme par exemple le ministre-président de la Bavière, Markus Söder, qui lui non plus, ne fera cependant pas l’unanimité.

Ensuite, la crise sanitaire qui s’aggrave actuellement en Allemagne et les polémiques autour de la logistique des vaccins peuvent rapidement détériorer l’image d’un gouvernement bon gestionnaire. Et si on devait venir d’ici l’été au bout de la pandémie, les autres grands thèmes reviendront au premier plan : les inégalités, le logement, le climat – des thématiques qui risqueraient de bénéficier grandement aux Verts.

Enfin, dans une République fédérale, il ne faut jamais sous-estimer les dynamiques régionales. Il n’y a pas moins de quatre régions qui auront leur propre campagne électorale en ce printemps. Elles ne manqueront pas de confirmer ce que disent tous les instituts de sondage, à savoir qu’il y a à la fois une plus grande volatilité parmi les électeurs allemands, et une fragmentation plus prononcée de l’échiquier politique. Tout cela joue aussi sur le résultat de septembre.

On suivra tout cela avec grand intérêt. Et votre pronostic personnel ?

Avec toutes ces incertitudes, difficile de se prononcer sans avoir l’air malin en septembre. Allez, je me lance : une courte victoire des Chrétiens-Démocrates quand même, et une coalition de gouvernement avec les Verts qui auront fini deuxième. Ou, à la surprise générale, l’inverse !

crédits photo : Martin Künzel, Berlin, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons


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