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De l’empathie, sur 1500 pages – Le bloc-notes d’Albrecht Sonntag

Écrit par sur 24 décembre 2021

Le « bloc-notes européen » d’Albrecht Sonntag, professeur à l’ESSCA Ecole de Management, à Angers, tous les vendredis sur les ondes d’euradio.

Pour votre dernier édito de l’année, diffusé la veille de Noël, vous avez puisé votre inspiration où ?

Dans la lecture qui m’a le plus ému cette année. Cela fait un moment que j’ai voulu consacrer une chronique aux livres de l’historien néerlandais Geert Mak, et après toutes les inquiétudes, appréhensions et prémonitions qui se sont glissées dans mon bloc-notes durant cette année 2021, je me suis dit que cela tombait bien de terminer avec une émotion positive pour Noël : de l’empathie. Pour être plus précis : 1500 pages pleines d’empathie.

1500 pages ! Cela a dû votre lecture de l’été. 1500 pages sur quoi, exactement ?

En fait, il s’agit de deux ouvrages. Le premier, sorti en 2004, est le récit d’un long périple à travers l’Europe effectué tout au long de l’année 1999. Son titre en français, « Voyage d’un Européen à travers le XXème siècle », le résume bien. En se rendant sur des lieux emblématiques où les Européens se sont fait la guerre et la paix, où sont nés des idées et des mouvements, où se sont déroulées les tragédies et les farces de l’histoire, Geert Mak essaie de faire un bilan de ce siècle de souffrances et d’espoirs. 

Il le fait dans les archives et les bibliothèques, dans les musées et les médias, devant les monuments et les ruines, mais aussi sur les trottoirs et dans les cafés, en écoutant les gens, et parfois, dans le salon d’un « Grand Témoin » de cette histoire qui lui tire sa propre conclusion à la fin d’une longue vie. 

L’ouvrage est divisé en douze parties, qui se suivent chronologiquement au rythme des mois de cette année 1999 et des voyages thématiques entrepris à travers l’ensemble du continent. Et le résultat est une formidable mosaïque, composée patiemment par cet historien-slash-sociologue-slash-anthropologue dans une prose calme, mais percutante.

C’est passionnant, c’est palpitant, c’est poignant. On se rend compte, comme il l’écrit de manière fort juste, « que nous tous, qu’on le veuille ou pas, portons en nous ce XXe siècle bouleversant ». 

Tout ce récit dégage un grand humanisme et, comme je disais plus haut, une profonde empathie avec les Européens dans toute leur diversité à la fois inépuisable et épuisant. Geert Mak ne juge pas, il essaie juste de comprendre, à faire le tri dans l’entrechoc permanent des vécus et des ressentiments, des narratifs et des mémoires.

Franchement, il est impossible de ne pas être profondément ému en fermant ce gros pavé.

On sent que cela vous a touché. Pourquoi ressortir ce livre vieux de près de vingt ans de votre bibliothèque en 2021 ?

Parce qu’il a récidivé ! En 2020, Geert Mak, désormais septuagénaire, a sorti un deuxième pavé du même gabarit. D’où les 1500 pages au total. Cette fois-ci, il se fait le chroniqueur des deux premières décennies du nouveau siècle, sous le titre « De grandes espérances – sur les traces du rêve européen ». Dommage qu’il ne soit toujours pas traduit en français, mais disponible seulement en néerlandais, allemand et anglais

C’est tout aussi haletant, cette capture d’une histoire immédiate. Tout proche et déjà si loin, un tourbillon de crises qui se succèdent, impitoyablement. Tout s’accélère, la globalisation s’intensifie, le progrès technologique change les vies, le climat se dérègle, la géopolitique se brutalise, les migrants se massent devant la porte, et désormais, ce sont les virus qui circulent à toute vitesse. Quand Geert Mak termine son dernier chapitre le 4 mai 2020, il est en plein confinement pour cause d’une étrange nouvelle pandémie. 

Ces chroniques d’une Europe où tout s’est emballé et où les dirigeants ne savent plus où donner de la tête, on les ferme en se disant que c’est un miracle si cette Union si vulnérable ne s’est toujours pas écroulée.

Et comment il voit l’avenir de notre Union en crise perpétuelle ?

Eh, bien, étrangement, malgré toute la litanie des crises et des drames, il n’arrive pas à être pessimiste. Certes, il y a de quoi être inquiet : « Les valeurs héritées des Lumières se craquellent de toute part », dit-il dans une interview avec un magazine belge, mais en même temps, il nous fait comprendre que le besoin de les défendre dans un monde qui s’en moque est aussi une chance et que cela se trouve que l’Europe sera parfaitement capable de la saisir.

Eh bien, ça donne envie, malgré la quantité intimidante des pages à dévorer. On guettera la sortie de la version française et ne manquerons pas à le signaler à nos auditeurs. En attendant, nous nous réjouissons de vous retrouver en 2022.

Toutes les éditos d’Albrecht Sonntag sont à retrouver juste ici


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