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Quel avenir pour la politique spatiale européenne ? – Hashtag PFUE avec Joséphine Staron

Écrit par sur 4 février 2022

Comme chaque semaine, nous retrouvons Joséphine Staron, directrice des études et des relations internationales chez Think Tank Synopia, le laboratoire des gouvernances.

C’est une politique assez méconnue alors qu’elle constitue un véritable enjeu de souveraineté et de puissance pour l’UE. Aujourd’hui, le spatial est un domaine stratégique incontestable, dans lequel se jouent la coopération mais aussi la rivalité des grandes puissances, aussi bien dans le domaine de la recherche, que de l’industrie, du commerce ou de la défense.

Pourquoi est-ce que le domaine spatial prend autant d’importance aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le spatial est partout : dans nos systèmes de navigation, de géolocalisation, dans la mesure de la qualité de l’environnement, la surveillance d’infrastructures, le renseignement, le cyber, l’agriculture de précision aussi. C’est donc un sujet incontournable que l’UE a pris en main dès 2009 puisque le traité de Lisbonne fait de la politique spatiale une compétence partagée entre les États et l’Union européenne. S’en suivent de nombreuses réalisations : Galileo, le programme européen de géolocalisation qui est aujourd’hui le plus précis au monde ; Copernicus, le programme d’observation de la terre ; la création de l’Agence spatiale européenne, l’équivalent de la NASA, qui a notamment lancé le programme EGNOS, un système de renforcement satellitaire ; ou encore le SST, un programme de surveillance de l’espace et des objets en orbite. 

La politique spatiale européenne, c’est aussi un budget en constante augmentation – 14,8 milliards d’euros sur la période 2021-2027 –, même s’il reste largement inférieur à ceux des autres grandes puissances, notamment les États-Unis. Aujourd’hui, l’économie spatiale mondiale, ça représente 370 milliards de dollars, et on estime que sa croissance augmentera de 74 % d’ici 2050.

L’espace est donc devenu un lieu incontournable pour tous les États ?

Oui et avec de nombreux enjeux : tout d’abord, une prolifération des acteurs (Chine, États-Unis, Russie, Union européenne bien sûr, mais aussi des acteurs privés comme Elon Musk ou Jeff Bezos qui viennent directement concurrencer les États) ; on observe aussi que les ressources spatiales sont très convoitées et qu’il y a une compétition de plus en plus intense entre les acteurs. Le domaine spatial se prête aussi très bien à toutes les menaces hybrides – les attaques cyber notamment. 

L’espace est donc aujourd’hui le théâtre de nouvelles conflictualités et les Européens doivent prendre toute leur place dans cette compétition internationale et s’affirmer en tant que puissance spatiale.

Et qu’est-ce qui empêche concrètement les Européens de devenir une puissance capable de rivaliser avec les autres ? 

Plusieurs choses. Déjà, l’absence d’une culture stratégique commune. Pour prendre un exemple, les Français ont toujours eu une approche plus militaire du spatial, tandis que les Allemands ont développé une approche civile et industrielle. Or, aujourd’hui, pour répondre aux enjeux de compétition économique et de recrudescence des menaces, c’est une approche combinée qu’il faut mettre sur pied. Et puis, si la politique spatiale est importante aux yeux des États qui disposent de leurs propres satellites, ceux qui n’en ont pas en revanche ont plus de mal à saisir l’enjeu et donc à consacrer les moyens nécessaires à son développement. 

Aujourd’hui, il devient donc urgent de développer une approche commune du spatial. Les Européens sont véritablement condamnés à être une puissance spatiale collective. Il serait complétement hors sol et irréaliste de croire qu’un seul État européen, pas même la France, pourrait, seul, concurrencer les autres grandes puissances dans ce domaine.

C’est une question de budget, on n’en a pas les moyens ?

Oui bien sûr, puisque les investissements nécessaires sont colossaux. Mais on a de nombreux atouts en Europe, notamment des industriels très puissants et compétitifs dans le domaine spatial. Donc les compétences et les talents on les a. Maintenant, il faut que les États investissent davantage et ensemble pour en faire un véritable levier d’influence et d’autonomie. C’est dans cet objectif que le Commissaire Thierry Breton propose justement de doter l’UE de sa propre constellation de satellites dédiée à l’internet haut débit. Mais c’est un projet qui va nécessiter de lourds investissements, et ce ne sera pas le seul si on veut rattraper notre retard, technologique notamment.

Et dans le domaine de la défense, quel est le point faible aujourd’hui ?

C’est sans aucun doute la réactivité de l’UE en cas d’attaques. Il manque aujourd’hui un mécanisme de réaction rapide qui permettrait aux Européens d’intervenir et de réagir vite. Alors c’est une réflexion qui est déjà en cours, notamment au niveau de l’OTAN, puisqu’elle a annoncé récemment qu’une agression dans le domaine spatial (par exemple sur une de nos infrastructures ou un satellite Galileo), pourrait activer l’article 5 du traité, c’est-à-dire la solidarité des Alliés en cas d’attaque sur un de leurs membres. Reste à définir les modalités pratiques de cette riposte, et c’est là que ça se complique.

Donc développer la politique spatiale européenne, c’est aujourd’hui un enjeu stratégique majeur. D’autant, que le spatial constitue un domaine d’opportunités infinies : aussi bien en termes de création d’emplois, de relance économique, de protection de l’environnement, de développement de technologies innovantes, ou d’autonomie numérique et digitale. L’UE va donc devoir s’imposer rapidement comme un acteur de taille dans le domaine spatial si elle veut conserver sa capacité d’influence et protéger efficacement les Européens sur le long terme.

Source photo : ©EUSPA European Agency for the Space Programme

Joséphine Staron au micro de Cécile Dauguet


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