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Christiane Lambert : l’agriculture comme solution au changement climatique

Écrit par sur 7 février 2022

Christiane Lambert, est présidente de la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles et depuis 2020 présidente de la Copa, la principale organisation européenne des agriculteurs. Elle est la première femme à occuper ce poste. Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, la FNSEA plaide pour une Europe agricole plus harmonisée et solidaire. Elles nous livre ses préconisations pour y arriver.

Nous faisons le constat depuis un certain nombre d’années, qu’il y a des règles d’application assez différentes d’un pays à l’autre et des politiques assez différentes d’un pays à l’autre. Nous souhaitons qu’il y ait des règles homogènes. Nous sommes sur un marché unique et nous devons le plus possible avoir des règles harmonisées des conditions de production dans les différents pays.

Par exemple, sur les produits phytosanitaires, la France, très souvent interdit un certain nombre de produits de traitement des cultures qui sont autorisés ailleurs. L’objectif, c’est vraiment d’avoir des bases harmonisées le plus possible, notamment sur les normes sanitaires de bien être animal ou environnemental.

Par exemple, l’année dernière, la France a interdit le dichloropropène qui est utilisé pour le traitement des carottes, alors que d’autres pays continuent de l’utiliser. Ca n’est pas acceptable. La mise en place de la directive Nitrates et l’ensemble de ses obligations en plafonnement d’épandage par hectare, la distance à respecter par rapport aux cours d’eau, n’est pas appliquée partout de la même façon.

C’est la raison pour laquelle nous avons beaucoup poussé pour que les plans stratégiques nationaux de la future PAC soient vraiment harmonisés le plus possible et validés, par la Commission et par les ministres de l’agriculture.

Les États se sont mis d’accord sur cette PAC, qui va entrer en vigueur en 2023. Qu’est-ce que cette PAC va apporter et changer par rapport à la précédente ?

Alors déjà, la première chose, dans la proposition initiale, le budget baissait de 15 %. Ce qui aurait été une catastrophe au moment ou l’alimentation apparaît comme essentielle, notamment depuis la COVID, et la capacité pour l’Europe à nourrir ses populations. Grâce au plan de relance européen, ce n’est qu’une baisse de 2 % que nous avons sur la politique agricole commune. Parce que la capacité à produire l’alimentation est apparue, capitale.

La 2ème chose, c’est une PAC économique qui soutient la production. C’est une PAC qui vit avec son temps, qui verdit et qui encourage les agriculteurs à avoir des pratiques plus respectueuses de l’environnement. 25 % des aides aux agriculteurs sont désormais encore plus conditionnées au respect de règles environnementales.

Donc elle est plus juste et plus verte, ce qui correspond aux besoins du moment : souveraineté alimentaire, transition écologique et lutte contre le changement climatique.

L’UE s’est fixée pour objectif de passer à 25 % d’exploitations bio d’ici 2030. Est ce que c’est un objectif réaliste? Est ce que la PAC aide réellement le bio?

Alors, l’objectif c’est effectivement 25 % de surface en bio, ce qui inquiète un certain nombre d’acteurs économiques. Parce qu’aujourd’hui déjà, il y a une impasse sur la production bio, les consommateurs ne sont pas au rendez-vous. Nous avons en France 25 % du lait produit en agriculture biologique, qui ne trouvent pas de débouchés. C’est 15 % des œufs qui sont produits en bio qui ne trouvent pas de debouché. Ce qui met les producteurs dans de très graves situations économiques. Donc il faut que les consommateurs qui demandent du bio, achètent du bio. Malheureusement ils ne sont pas au rendez-vous.

L’objectif européen de 25% de bio est difficile à atteindre dans le calendrier qui a été donné. La France s’est fixé un objectif de 18 % ce qui est déjà ambitieux parce que nous sommes aujourd’hui à 12 %. Dans la PAC nouvelle, c’est plus 35 % pour les aides à la conversion en agriculture biologique, donc que les agriculteurs se convertissent, c’est bien, mais que les consommateurs se convertissent aussi à l’achat de plus de produits bio, c’est indispensable pour que ça tienne dans le temps.

On a l’idée que la politique Agricole commune vient plutôt en aide aux grosses exploitations. C’est vrai ou c’est faux ?

Avant et dans certains pays, il y avait, c’est vrai, 80 % des aides qui allaient à 20 % des agriculteurs. En France, 80 % des aides vont à 54 % des agriculteurs, donc on a un rapport beaucoup plus équilibrée parce qu’on a des exploitations moins dimensionnées que les grandes exploitations de l’Est, qui sont les anciens kolkhozes.

On parle souvent du pouvoir des lobbies autour de la PAC, est-ce qu’ils sont aussi forts qu’on le dit ?

Vous savez, Bruxelles est le pays des lobbies, il y a des immeubles entiers de lobbyistes environnementaux, qui ne sont pas comme moi, agriculteur dans un département, président national, président européen et représentant les intérêts agricoles. Ce sont des salariés à plein temps qui habitent à Bruxelles, et sont omniprésents dans les couloirs de la Commission.

C’est vrai que toute politique, quand elle est décidée, fait l’objet d’informations de la part des différentes parties prenantes. C’est ce qu’on appelle le lobbying. Et chacun défend sa vision des choses et c’est aux politiques de décider dans la PAC, le meilleur équilibre pour conjuguer, la production alimentaire et les transitions écologiques. Parce qu’il faut verdir nos pratiques et verdir la politique agricole commune dans la lutte contre le changement climatique, où l’agriculture apparaît de plus en plus comme une solution, y compris d’ailleurs de la part des ONG lorsqu’elles sont constructives.

On a l’impression parfois que les actes ne rejoignent pas les discours?

Les associations environnementales poussent et c’est normal, c’est leur raison d’être, pour que les politiques soient plus vertes. Mais une chose est de le dire, autre chose est de le faire. Qui le fait ? Ce sont les agriculteurs. Donc il est normal que les agriculteurs soient eux aussi écoutés.

Quelle autre profession aujourd’hui se voit confisquer 25 % de ses soutiens et donc de ses revenus? En disant, vous devez verdir plus, sinon vous ne touchez pas vos soutiens ? Aucune autre profession que les agriculteurs !
Par exemple on a baissé en France l’utilisation des antibiotiques de 42 % en 5 ans, ça a été fait et personne n’en parle. La France est le 9ème pays utilisateurs de produits phytos, alors que souvent, certains disent qu’on travaille très mal en France. Nous sommes un des rares pays où a été mis en place un plan de réduction des phytos qui nous conduit à avoir réduit de 15 % sur les deux dernières années l’utilisation des produits phytosanitaires.

Nous devons être plus bavards sur ce que nous faisons bien, parce que plein d’autres parlent de ce qu’on fait mal, donc à nous de parler davantage. On a par exemple réduit de 10 % les gaz à effet de serre en l’espace de 15 ans dans l’agriculture.

Je l’ai dit au début, vous êtes présidente de la Copa, la principale organisation européenne d’agriculteurs. Est-ce que parfois vous ne vous retrouvez pas un petit peu en conflit entre des intérêts français et ceux des agriculteurs voisins ?

Bien sûr qu’il y a de la concurrence entre les pays pour la vente de certains produits. Le rôle de la présidente du Copa est de veiller à ce qu’il y ait le plus possible d’évolution des politiques pour harmoniser et que nous ayons tous les mêmes règles du jeu. Nous savons que certains pays ont plus de soleil que d’autres, que certains pays ont des coûts sociaux inférieurs. Tous les pays n’ont pas un SMIC à hauteur de celui de la France, des cotisations sociales à hauteur de celles de la France. Nous connaissons ces différences.

Voilà pourquoi nous sommes exigeants, pour que tout ce qui puisse être harmonisé le soit. La France a mis comme priorité de sa présidence, parce que le poussons, les mêmes règles d’utilisation des produits phytosanitaires pour tous les pays. C’est la directive sur l’utilisation durable des pesticides parce que, à trop interdire en France et pas ailleurs, la France perd des productions. Nous importons aujourd’hui 60 % de nos fruits parce que le coût de la main d’œuvre est plus cher. Les charges sociales aussi. Et parce que nous nous privons de certains produits de traitement des fruits, là ou d’autres les autorisent. Voilà pourquoi moi, je suis une ardente défenseure de l’harmonisation européenne dans le maximum de domaine.

Qu’est-ce que vous attendez de cette présidence française de l’Union européenne ?

La présidence française a fixé un certain nombre de priorités dont certaines que nous avons vraiment poussées, comme l’harmonisation des règles dans la PAC, mais aussi de toutes les directives qui existent. La réciprocité des règles aux frontières, c’est à dire que nous puissions commercer avec les pays du monde, mais avec des règles aux frontières. Il ne faut pas que des pays qui ont produit leurs fruits ou leurs légumes avec ces phytos interdits, ne puissent pénétrer sans aucune règle sur notre territoire.

Et puis qu’on puisse produire beaucoup plus de protéines. Nous sommes malheureusement en Europe, dépendants d’importations de soja d’Amérique du Sud et d’Amérique qui sont des pays où il y a aussi des règles de production extrêmement différentes des nôtres. Donc nous voulons développer des protéines locales qui ne sont pas issus de la déforestation. Ça suppose d’accompagner techniquement les agriculteurs pour qu’on ait plus de colza, tournesol, plus de protéagineux, de lentilles, plus de pois de toutes sortes.

Entretien réalisé par Cécile Dauguet


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