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La PFUE soutient-elle un nouvel élargissement de l’Union ? – Hashtag PFUE avec Olivier Costa

Écrit par sur 7 avril 2022

Comme chaque semaine, nous retrouvons Olivier Costa, directeur au département d’études politiques et de gouvernance européenne au Collège d’Europe pour sa carte blanche sur la Présidence française de l’Union européenne.

On n’entend plus parler des négociations d’élargissement de l’Union européenne… 

Oui, c’est vrai : la guerre en Ukraine a occulté cet enjeu. Certains ont envisagé de permettre à l’Ukraine, mais aussi à la Moldavie et à la Géorgie, d’accéder très rapidement à l’Union, en réaction à l’agression russe. Mais cette idée a fait long feu. Elle posait de multiples problèmes, et aurait été difficile à faire admettre aux autres pays candidats. Actuellement, il s’agit de six Etats des Balkans occidentaux : la Serbie, la Macédoine du nord, le Monténégro et l’Albanie, mais aussi le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine, même s’il n’ont pas le statut officiel de candidats. Il y a aussi la Turquie : les négociations, lancées en 2005, se sont enlisées après l’épisode du putsch manqué de 2016, mais récemment, le Président turc a réclamé leur relance, à la faveur de son alignement sur les positions européennes vis-à-vis de la Russie…

Mais où en sont ces négociations ?

Avec la Turquie, rien ne bouge ; mais le pays ne remplit plus la condition fondamentale d’être une démocratie et un État de droit, et M. Erdogan s’est montré très hostile à l’Union. Avec les Balkans occidentaux, elles ont débuté en 2003, et ont été relancées début 2018, avec un horizon d’adhésion à 2025, dans le meilleur des cas. Mais les avis parmi les dirigeants des 27 sont contrastés, et les opinions publiques réticentes. La Présidence slovène du Conseil, qui a précédé la française, a réaffirmé cet objectif et annoncé un plan d’investissements majeurs dans la région. Dans le même temps, l’Union a fait évoluer les modalités de l’adhésion : la négociation ne porte plus sur les 35 chapitres de l’acquis communautaire, mais sur six grandes thématiques plus cohérentes et lisibles. Surtout, elle a affirmé que la négociation était « réversible », c’est-à-dire que les progrès effectués devaient être confirmés dans le temps. 

Qu’en est-il de la position de la Présidence française du Conseil ? 

C’est un dossier important pour la France. Elle a organisé une conférence en décembre 2021 à Paris, avant le début de sa Présidence, pour réaffirmer son engagement sur le dossier. Et elle a prévu une conférence de l’Union avec les pays des Balkans occidentaux en juin, afin de ne pas laisser la procédure s’enliser. 

Concrètement, quel pays est prêt ?


La Serbie et le Monténégro sont les plus avancés dans l’intégration de l’acquis ; l’Albanie et la Macédoine du nord le sont moins ; et la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont en queue de peloton. Une adhésion en bloc semble exclue, pour ne pas renouveler l’erreur commise en 2004, qui a conduit à l’entrée de pays qui n’étaient pas prêts. Mais l’Union mène aussi une réflexion à l’échelle de la région, avec l’hypothèse d’y créer une zone de libre-échange et de développer divers programmes.

Mais pourquoi la PFUE accorde-t-elle de l’importance à ce dossier ? Personne ne semble très pressé de voir l’Union s’élargir à nouveau… 

Il s’agit de lutter contre ce qu’on appelle la « fatigue de l’élargissement ». Déjà, au début des années 2000, les leaders des pays d’Europe centrale et orientale avaient fait valoir qu’ils ne pouvaient pas opérer des réformes à marche forcée, et voir sans cesse l’horizon de leur entrée s’éloigner. Il en va de même aujourd’hui, avec le risque que les Balkans soient sous l’emprise croissante de puissances étrangères : Russie, Chine, Turquie, mais aussi États-Unis et pays du Golfe. Plus la perspective d’une adhésion s’éloigne, plus l’entrisme de ces puissances sera efficace. Or il est problématique pour l’Union – sans même parler du conflit actuel avec la Russie – puisqu’il s’agit d’une zone géographique enclavée dans son territoire. Les responsables français veulent donc faire avancer le dossier de l’élargissement. L’objectif est notamment d’aboutir à un calendrier indicatif, susceptible de remobiliser les énergies sur la voie des réformes.

Olivier Costa au micro de Cécile Dauguet


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