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Vert, comme espoir. Et comme hydrogène ! – Hashtag PFUE avec Anna Creti

Écrit par sur 17 mai 2022

Nous retrouvons Anna Creti, professeure d’économie à l’Université Paris Dauphine et Directrice scientifique de la chaire économie du gaz naturel et de la chaire Economie du climat.

Dans le cadre des stratégies européennes pour atteindre la neutralité carbone, mais aussi plus récemment dans la feuille de route RePower EU, on parle beaucoup d’hydrogène. Quels défis nous attendent ?

L’électrification joue un rôle de plus en plus important dans l’effort de lutte contre le changement climatique et de limitation du réchauffement de la planète. Mais l’électrification n’est pas une réponse universelle. Il y a des usages qui ne s’y prêtent pas. L’hydrogène est un allié important pour la décarbonisation de certains secteurs, par exemple l’industrie chimique et d’autres activités à forte intensité énergétique comme l’acier et le ciment, l’aviation et la navigation, le transport. Selon plusieurs études, l’hydrogène peut devenir un élément essentiel pour accélérer la transition énergétique et générer d’importants avantages socio-économiques et environnementaux. Par exemple, dans le scénario élaboré par “Hydrogen Roadmap Europe : A sustainable pathway for Europe’s energy transition”, l’hydrogène vert pourrait couvrir jusqu’à 24 % de la demande finale d’énergie d’ici 2050, créer 5,4 millions d’emplois et contribuer à la réduction totale de 560 millions de tonnes de CO2.

On entend souvent parler d’hydrogène vert, bleu, gris. Que viennent faire ces couleurs ?

Tout l’hydrogène n’est pas égal, en effet. Aujourd’hui, la consommation mondiale de ce combustible s’élève à environ 75 millions de tonnes par an, selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie. Toutefois, ce type d’hydrogène est principalement produit à partir de combustibles fossiles, notamment le gaz naturel, ce qui génère de grandes quantités d’émissions qui modifient le climat. L’hydrogène produit de cette manière est appelé “hydrogène gris”. Selon certains, l’adoption de systèmes de capture du carbone à la fin de ce processus réduirait son impact environnemental, produisant ainsi ce que l’on appelle de l'”hydrogène bleu”. Mais même dans ce cas, il y a un problème de durabilité : à la fois économique, parce que les coûts de captage et de stockage du CO2 sont encore prohibitifs, et environnemental, parce que le cycle de production n’est pas en mesure de capter tout le CO2 produit et que, de toute façon, tout au long de sa chaîne de production, le processus émet du méthane, un autre gaz modifiant le climat, dans l’atmosphère. L’”hydrogène vert” est obtenu par l’électrolyse de l’eau dans des cellules électrochimiques spéciales alimentées par de l’électricité provenant de sources renouvelables, et donc est celui dont l’usage devrait se généraliser.

Vous dites « devrait ». Quels sont les obstacles qui limitent la production de l’hydrogène vert ?  

Malgré ces belles promesses, l’hydrogène vert est loin d’être une réalité. Une très faible proportion de l’hydrogène actuel (près de 1 %) est obtenue par électrolyse, tandis que la grande majorité de l’hydrogène produit provient du reformage des hydrocarbures (hydrogène “gris” s’il est obtenu à partir de gaz, “bleu” si le CO2 émis est capté et stocké) : c’est la technologie la moins chère. L’hydrogène gris coûte entre 1 et 2 euros par kilo (la variation dépend également du prix du méthane), tandis que l’hydrogène vert peut atteindre 9 euros.

Quelles solutions peuvent être envisagées alors pour permettre à l’hydrogène de devenir une réalité, notamment en Europe ?

L’Agence internationale de l’énergie déclaré que “l’hydrogène propre bénéficie actuellement d’un élan politique et commercial sans précédent, le nombre de politiques et de projets dans le monde augmentant rapidement”. La pandémie de Covid-19 a en fait accéléré les plans et les stratégies : de l’Union européenne à la Chine, en passant par les plans ambitieux de l’Allemagne et de la France, tout le monde s’intéresse à l’hydrogène “propre”, dont la valeur du marché mondial devrait atteindre 191,8 milliards de dollars en 2024. L’Europe peut jouer un rôle de premier plan : selon les estimations de l’entreprise Piles à combustible et Hydrogène – un partenariat public-privé né de la synergie entre la Commission européenne, l’industrie et les organismes de recherche – l’hydrogène dans l’UE peut représenter 24 % de la demande finale d’énergie et contribuer à créer 5,4 millions d’emplois d’ici 2050. Le potentiel de production est d’environ 2 250 TWh, soit suffisamment pour alimenter 42 millions de voitures, 1,7 million de camions, environ un quart de million de bus et plus de 5 500 trains. Voilà, un véritable espoir vert !

Anna Creti au micro de Cécile Dauguet


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