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La réforme du marché du carbone s’accélère – Smart for climate

Écrit par sur 7 juin 2022

Bonjour Jeanne, vous nous parlez aujourd’hui du marché du carbone européen et de ses avancées, pouvez-vous nous rappeler exactement le principe d’un marché du carbone ?

Bonjour Laurence, le principe général d’un marché du carbone est d’abord de mettre une limite aux émissions autorisées de gaz à effet de serre par les entreprises, puis d’introduire ces émissions sur un marché, ce qui permet de leur donner une valeur monétaire qui varie librement pour équilibrer la demande et l’offre et allouer au mieux la ressource.

En pratique, on va permettre aux entreprises d’échanger des émissions de gaz à effet de serre sous la forme de quotas d’émissions : un quota carbone, c’est un droit à émettre une tonne de CO2.

Comment ces quotas carbone sont échangés, et entre qui ?

D’abord, le Parlement européen vote le total des quotas qui seront échangés. L’ensemble des quotas sont initialement répartis entre pays, puis entre les entreprises en fonction de leurs émissions passées.

Ensuite les quotas sont échangés librement. Par exemple, une entreprise reçoit au départ 150 000 tonnes de CO2, car cela correspond à ses émissions passées. Si sa croissance fait qu’elle émet 200 000 tonnes de CO2, elle doit acheter les 50 000 tonnes manquantes sur le marché du carbone. Au contraire, une entreprise qui a fait des investissements pour réduire ses émissions, et qui a donc reçu un trop-plein de quotas peut les revendre sur le marché et rentabiliser ses investissements.

Mais quel est l’intérêt d’un marché du carbone ?

De faire baisser les émissions de gaz à effet de serre en diminuant au fur et à mesure le volume total de quotas disponibles sur le marché. Moins il y a de quotas disponibles, plus ceux-ci vont devenir chers. A chaque hausse de prix, investir pour réduire ses émissions va devenir rentable pour de plus en plus de sociétés. C’est exactement comme l’augmentation du prix du fuel, qui va rentabiliser l’achat d’une chaudière plus efficace ou une amélioration de l’isolation dans une maison.

Est-ce que le marché du carbone européen est efficace ?

Au début il avait quelques défauts qui ont été corrigés, et d’ailleurs le prix de la tonne de CO 2 a doublé en un an : aujourd’hui elle vaut entre 80 et 90 euros. Le marché du carbone concerne 45% des émissions territoriales européennes, pour les métiers les plus pollueurs comme les activités de raffinage, de chimie, l’acier et le ciment, l’aviation civile ou la production d’électricité. D’année en année l’efficacité du marché du carbone s’améliore : entre 2005 et 2020 les émissions du marché du carbone européen ont diminué de 42%.

Est-ce qu’il va concerner de plus en plus de secteurs à l’avenir ?

Des réformes importantes ont été approuvées par la Commission environnement du Parlement européen, et doivent être votées par les eurodéputés. L’objectif est d’atteindre la neutralité carbone en 2050. A partir de 2025, les secteurs du transport routier et du bâtiment seront concernés par le marché du carbone : ils devront eux-aussi acheter des permis de polluer. Le transport maritime va également être inclus. Mais les deux grandes mesures phare sont l’arrêt complet de distribution gratuite des quotas, qui seront totalement vendus aux enchères en 2030 et la création d’une taxe carbone aux frontières. Cela permettra de ne pas pénaliser les industries concernées par les marchés du carbone face à la concurrence en imposant une taxe carbone sur les produits importés sur la base du prix de la tonne de carbone.

Les réformes semblent importantes, est- ce qu’elles sont réalisables ?


Les réformes étaient prévues depuis longtemps mais le calendrier d’application s’est accéléré : la
taxe carbone aux frontières devait être mise en place en 2035, mais cela n’était pas compatible avec
un alignement net zéro de l’Union européenne – elle pourrait donc être avancée. Il faut encore que
toutes ces réformes soient adoptées par le Parlement européen et que des discussions difficiles et
sans doute longues soient entamées avec les pays membres pour ne pas perdre en compétitivité
industrielle, mais le marché du carbone est un excellent moyen de faire diminuer les émissions
carbone. On est sur une bonne voie !

Jeanne Gohier au micro de Laurence Aubron

Jeanne Gohier est analyste sur la finance du climat chez Fideas Capital, qui propose aux Européen·nes Climate Action 100 d’investir « Smart for Climate », c’est-à-dire de prendre en compte les enjeux du réchauffement climatique dans leurs placements.

Tous les éditos “Smart for Climate” de Jeanne Gohier sont à retrouver juste ici


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