Chine - Europe : entre tensions et perspectives

Dublin face à Pékin

Photo de Damien Perez sur Unsplash Dublin face à Pékin
Photo de Damien Perez sur Unsplash

Elisa Camia, consultante junior en affaires publiques, est spécialisée dans les relations entre l’UE et la Chine, notamment aux niveaux économique et géopolitique. Elle revient chaque mois sur Euradiosur les relations euro-chinoises.

Below you will find the English version of this article.

Bonjour Elisa, dans le cadre de votre chronique sur les relations entre l’Union européenne et la Chine, il convient d’analyser la récente visite du Premier ministre irlandais en Chine. Au début du mois de janvier 2026, Micheál Martin a rencontré le président chinois Xi Jinping. Cette rencontre répondait-elle à des raisons précises ?

La visite du Premier ministre irlandais en Chine, du 4 au 8 janvier, s’est déroulée dans un contexte où les relations entre Pékin et Bruxelles restent globalement tendues sur plusieurs dossiers, allant des barrières commerciales aux divergences politiques. Dès l’annonce de ce déplacement, il a été souligné que Pékin cherchait à renforcer les liens avec certains États membres de l’Union européenne individuellement, et que l’Irlande pouvait servir de pont entre la Chine et l’UE dans un moment de rivalités géopolitiques accrues. Cette intention a été rendue explicite lorsque le président chinois Xi Jinping a déclaré, lors de son entretien avec le Premier ministre Micheál Martin, que la Chine souhaitait élargir la coopération économique et commerciale tout en consolidant ses relations bilatérales avec l’Irlande comme moyen de stimuler ses liens avec l’ensemble de l’Union européenne

Y a-t-il un type de produit ou d’industrie qui attire particulièrement l’attention de la Chine parmi les exportations irlandaises ?

L’agroalimentaire constitue une part importante de l’économie exportatrice irlandaise. En 2025, la valeur des exportations alimentaires, de boissons et horticoles irlandaises a atteint 19 milliards d’euros, avec une croissance notable pour la viande et les produits laitiers. Une grande partie de cette croissance est tirée par les marchés européens, mais les marchés internationaux, notamment en Asie, représentent des débouchés stratégiques pour les exportateurs irlandais, même si la part des exportations vers la Chine reste modeste comparée à celle de l’UE ou du Royaume-Uni.

Qu’est-ce qui rend le marché chinois particulièrement attractif pour la viande irlandaise ?

Historiquement, le marché chinois a représenté un débouché important pour la viande bovine irlandaise, avec plus de 125 millions d’euros de produits carnés exportés vers la Chine en 2023, ce qui montre que ces flux, bien que moins importants que les exportations européennes, constituent un segment précieux pour certaines filières.

Quel rôle joue l’Union européenne dans les exportations irlandaises ?

Le lien avec l’Union européenne est double. D’une part, l’UE demeure le principal marché d’exportation pour l’agroalimentaire irlandais, avec environ 37 % des exportations alimentaires dirigées vers des pays de l’Union, notamment les Pays-Bas, la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Belgique. Le marché unique offre une stabilité réglementaire et des opportunités commerciales supérieures à celles offertes par la Chine. D’autre part, les négociations commerciales de l’UE avec des partenaires externes peuvent influencer la compétitivité des produits irlandais, comme le montrent les débats autour de l’accord UEMercosur et les droits de douane chinois sur certains produits laitiers.

Pourquoi l’Irlande cherche-t-elle à rouvrir ou développer ses marchés à l’international, comme la Chine, alors que l’Europe reste son principal débouché ?

Dans ce cadre, l’effort du gouvernement irlandais pour rouvrir le marché chinois peut être interprété comme une stratégie de diversification des débouchés pour un secteur clé de son économie, tout en restant aligné avec les politiques commerciales de l’UE, qui visent à promouvoir l’accès des produits européens aux marchés mondiaux. Cependant, l’ouverture vers la Chine ne modifie pas fondamentalement l’importance structurelle du marché européen pour l’agroalimentaire irlandais, le marché unique restant le moteur principal du secteur. Ainsi, la visite de Micheál Martin et les discussions sur les exportations agroalimentaires s’inscrivent à la fois dans une logique nationale (défendre un secteur stratégique) et dans une logique européenne plus large, où la diversification des marchés et la négociation de conditions commerciales favorables constituent des enjeux essentiels de l’Union.

Comment cette visite illustre-t-elle les défis et opportunités de coopération entre la Chine et l’UE ?

Cette visite illustre les complexités de la relation UEChine, marquée par des tensions persistantes et des opportunités de coopération ciblées. Elle met en évidence la stratégie chinoise consistant à développer des liens bilatéraux solides avec certains États membres pour influencer les relations avec l’Union dans son ensemble et souligne la nécessité pour Bruxelles de trouver un équilibre entre ouverture pragmatique, protection des intérêts stratégiques et soutien à des secteurs économiques clés comme l’agroalimentaire irlandais.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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English version :

Junior consultant in public affairs, Elisa Camia specializes in EU-China relations, particularly in the economic and geopolitical sectors. She provides a monthly update on Euradio about EU-China relations.

Hello Elisa, as part of your radio segment on relations between the European Union and China, it is worth analyzing the recent visit of the Irish Prime Minister to China. At the beginning of January 2026, Micheál Martin met with Chinese President Xi Jinping. Was this meeting motivated by specific reasons?

The Irish Prime Minister’s visit to China, from January 4 to 8, 2026, comes at a time when relations between Beijing and Brussels are tense on multiple fronts, from trade barriers to political disagreements. From the moment the trip was announced, it was highlighted that Beijing was looking to strengthen ties with certain EU member states individually, and that Ireland could serve as a bridge between China and the EU at a time of heightened geopolitical rivalry. This intention was made clear when Chinese President Xi Jinping stated, during his meeting with Prime Minister Micheál Martin, that China wished to expand economic and trade cooperation while consolidating its bilateral relations with Ireland as a way to boost its ties with the European Union as a whole.

Is there a particular product or industry among Irish exports that especially attracts China’s attention?

The agrifood sector represents a major part of Ireland’s export economy. In 2025, the value of Irish food, drink, and horticultural exports reached 19 billion euros, with particularly strong growth in meat and dairy products. Much of this growth comes from European markets, but international markets, especially in Asia, also represent strategic opportunities for Irish exporters, even though exports to China remain modest compared to those to the EU or the United Kingdom.

What makes the Chinese market particularly attractive for Irish meat?

Historically, the Chinese market has been an important outlet for Irish beef, with over 125 million euros worth of meat exported to China in 2023. While these exports are smaller than those to Europe, they represent a valuable segment for certain sectors.

What role does the European Union play in Irish exports?

The link with the European Union is twofold. On one hand, the EU remains the main market for Irish agrifood exports, with around 37% of food exports directed to EU countries, including the Netherlands, France, Germany, Spain, and Belgium. The single market provides regulatory stability and trade opportunities that are stronger than those offered by China. On the other hand, the EU’s trade negotiations with external partners can affect the competitiveness of Irish products, as illustrated by debates over the EU-Mercosur agreement and Chinese tariffs on certain dairy products.

Why is Ireland looking to reopen or expand its international markets, such as China, when Europe remains its main outlet?

In this context, the Irish government’s efforts to reopen the Chinese market can be seen as a strategy to diversify outlets for a key sector of its economy, while remaining aligned with EU trade policies, which aim to promote European products’ access to global markets. However, opening up to China does not fundamentally change the structural importance of the European market for Irish agrifood exports, with the single market remaining the main driver of the sector. Martin’s visit and the discussions on agrifood exports therefore reflect both a national logic—protecting a strategic sector—and a broader European perspective, where market diversification and negotiating favorable trade conditions are essential priorities for the Union.

How does this visit illustrate the challenges and opportunities for cooperation between China and the EU?

This visit highlights the complexities of the EU-China relationship, marked by persistent tensions as well as targeted opportunities for cooperation. It underscores China’s strategy of building strong bilateral ties with certain member states to influence its relations with the EU as a whole, and emphasizes the need for Brussels to strike a balance between pragmatic engagement, protecting strategic interests, and supporting key economic sectors such as Irish agrifood.

An interview by Laurence Aubron.