Elisa Camia, consultante junior en affaires publiques, est spécialisée dans les relations entre l’UE et la Chine, notamment aux niveaux économique et géopolitique. Elle revient chaque mois sur Euradio sur les relations euro-chinoises.
Below you will find the English version of this article.
Bonjour Elisa, aujourd’hui, nous parlons d’un sujet stratégique et innovant : les biosolutions. Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer ce que sont les biosolutions ?
Les biosolutions, c’est utiliser le vivant, comme des bactéries ou des enzymes, pour produire autrement. Ça permet de créer de l’énergie, des matériaux ou des produits industriels, souvent de façon plus écologique, par exemple en transformant le CO₂.
L’Europe est-elle bien placée dans ce domaine ?
Oui. L’Europe a un vrai avantage. Elle possède un solide réseau scientifique, des infrastructures de recherche avancées et une industrie forte, surtout dans la chimie et la biotechnologie. Les biosolutions s’alignent avec le Pacte vert et la bioéconomie. Selon la European Biosolutions Coalition, elles permettent de réduire les émissions, valoriser les ressources et transformer les systèmes industriels. Aujourd’hui, l’Europe est leader dans l’innovation. Le futur Biotech Act européen pourra renforcer cette position en simplifiant les règles et en sécurisant les investissements pour que les biosolutions restent sur le sol européen.
Mais pourquoi ce leadership ne se transforme pas toujours en puissance industrielle ?
Le vrai problème, c’est l’industrialisation. L’Europe innove, mais peine à produire à grande échelle. Les règles sont complexes, le marché est fragmenté, et le capital-risque manque. L’industrie des biosolutions pourrait se développer ailleurs, notamment en Chine. C’est un problème déjà vu dans d’autres secteurs : inventions européennes, production ailleurs, perte de valeur et de souveraineté. Le Biotech Act devrait justement être un outil pour réduire ces obstacles.
Et la Chine dans tout ça ?
La Chine avance vite. Elle investit beaucoup, planifie ses industries et industrialise rapidement. Pékin considère les biosolutions comme un secteur stratégique émergent. Elle pourrait reproduire ce qu’elle a fait avec le solaire et les batteries. Cette stratégie lui a déjà permis de dominer plusieurs technologies vertes dans le monde, grâce aux investissements publics et à une planification centralisée. Cette vitesse contraste avec les limites de l’Europe et accentue le risque de décrochage industriel.
Les biosolutions sont-elles seulement économiques, ou y a-t-il un enjeu stratégique ?
C’est un enjeu stratégique aussi. Elles contribuent à la sécurité des approvisionnements et à l’autonomie de l’Europe. Elles permettent de produire localement des ressources critiques ou de nouveaux matériaux. Elles influencent donc la position géopolitique de l’Europe, surtout dans un contexte de rivalité technologique. Il existe encore des coopérations, notamment via Horizon Europe, pour des projets sur les bioressources et l’économie circulaire. Mais globalement, la compétition mondiale s’intensifie.
Que doit faire l’Europe pour rester compétitive ?
Elle doit agir vite. Structurer une stratégie cohérente, mobiliser les ressources pour soutenir l’industrialisation. Il ne suffit plus d’innover, il faut produire et transformer cette innovation en puissance économique. Sinon, les biosolutions pourraient devenir un nouveau cas de dépendance stratégique, malgré l’avance technologique actuelle.
En résumé, l’Europe a l’innovation, mais elle doit transformer ses idées en production réelle.
Exactement. Les biosolutions représentent une opportunité majeure. Le temps pour agir est limité. Si l’Europe réussit, elle peut sécuriser son leadership et sa souveraineté technologique.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.
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English version :
Junior consultant in public affairs, Elisa Camia specializes in EU-China relations, particularly in the economic and geopolitical sectors. She provides a monthly update on Euradio about EU-China relations.
Hello Elisa, Today, we are discussing a strategic and innovative topic: biosolutions.
To begin with, could you explain what biosolutions are?
Biosolutions mean using living organisms—like bacteria or enzymes—to produce things differently. They make it possible to create energy, materials, or industrial products, often in a more environmentally friendly way, for example by transforming CO₂.
Is Europe well positioned in this field?
Yes. Europe has a genuine advantage. It benefits from a strong scientific network, advanced research infrastructure, and a robust industrial base, particularly in chemicals and biotechnology. Biosolutions align with the Green Deal and the bioeconomy. According to the European Biosolutions Coalition, they help reduce emissions, make better use of resources, and transform industrial systems.
Today, Europe is a leader in innovation. The future European Biotech Act could strengthen this position by simplifying regulations and securing investment, ensuring that biosolutions remain on European soil.
Why doesn’t this leadership always translate into industrial strength?
The real challenge is industrialisation. Europe innovates but struggles to produce at scale. Regulations are complex, the market is fragmented, and venture capital is lacking. Euractiv warns that if nothing is done, the biosolutions industry could develop elsewhere, particularly in China. This is a problem already seen in other sectors: European inventions, production elsewhere, resulting in lost value and sovereignty. The Biotech Act will need to serve precisely as a tool to reduce these barriers.
And what about China?
China is moving quickly and in a coordinated manner. It invests heavily, plans its industries, and industrialises rapidly. Beijing regards biosolutions as an emerging strategic sector. It could replicate what it did with solar power and batteries. This strategy has already allowed it to dominate several green technologies globally, thanks to public investment and centralised planning. This pace contrasts sharply with Europe’s limitations and heightens the risk of industrial lag.
Are biosolutions purely an economic matter, or is there a strategic dimension as well?
There is a strategic dimension too. They contribute to Europe’s supply security and autonomy. They enable the local production of critical resources or new materials. As such, they influence Europe’s geopolitical standing, particularly in the context of technological rivalry. There are still collaborations, notably through Horizon Europe, for projects on bioresources and the circular economy. But overall, global competition is intensifying.
What must Europe do to remain competitive?
It must act swiftly. A coherent strategy needs to be structured, and resources mobilised to support industrialisation. Innovation alone is no longer enough; it must be produced and transformed into economic power. Otherwise, biosolutions could become a new case of strategic dependence, despite Europe’s current technological lead.
In summary, Europe has the innovation, but it must turn its ideas into actual production.
Exactly. Biosolutions represent a major opportunity. The time to act is limited. If Europe succeeds, it can secure its leadership and technological sovereignty.
An interview by Laurence Aubron.