La guerre des étoiles

État des lieux du new space européen

© Ariane Groupe État des lieux du new space européen
© Ariane Groupe

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons en ce début d’année 2026 pour faire un rapide état des lieux du secteur spatial européen. Suite à l’invasion américaine du Venezuela et les sanctions de la Commission européenne à l’encontre de X, l’ancien Twitter qui appartient à Elon Musk ; il semble évident que l’Europe doit pouvoir faire sans les Etats-Unis.

Effectivement les relations transatlantiques s’enveniment de mois en mois, et l’autonomie européenne n’a jamais été aussi cruciale. Les nouveaux acteurs du secteur spatial européen ont fait des développements prometteurs en ce sens au cours de 2025, et l’opérabilité d’Ariane 6 permet juste à temps de retrouver un accès européen indépendant à l’orbite, ce qui est un immense soulagement.

Ariane qui n’est pas une start-up du new space, d’ailleurs.

Non, contrairement à sa filiale privée MaiaSpace, qui a prévu de commencer ses opérations commerciales cette année, et qui serait le premier lanceur réutilisable européen, et qui en plus utilise des carburants moins néfastes pour l’environnement que beaucoup d’autres lanceurs. Beaucoup d’espoirs du spatial européen, et français, reposent donc sur Ariane Groupe, d’autant plus qu’Ariane 6 vient de placer deux nouveaux satellites Galileo en orbite terrestre, donc la constellation satellitaire de GPS européenne n’est plus dépendante de la Falcon 9 de SpaceX, ça y est ! De quoi faire remonter l’Europe dans le classement des lancements annuels, même si les Etats-Unis et la Chine sont encore loin devant.

Une bonne nouvelle dans un monde instable et en guerre ; y a-t-il d’autres raisons d’être optimiste pour le secteur spatial européen ?

Oui, qui malheureusement découlent beaucoup de ces menaces multiples et hybrides, mais le secteur spatial a bénéficié depuis 2024 d’investissements très conséquents en raison de l’augmentation ahurissante des budgets de défense. Mais le résultat est de la création d’emplois, des avancées technologiques essentielles à l’autonomie européenne, et une multiplication des développements de lanceurs qui statistiquement devraient logiquement aboutir à plus de chances d’avoir des lanceurs de différentes capacités à court, moyen et long terme en Europe. Et l’investissement public a aussi suscité des investissements privés dans des start-ups européennes, ce qui est rassurant pour la suite.

Quels projets européens prometteurs sont en développement ?

Nous avions parlé récemment de The Exploration Company, l’entreprise franco-allemande ayant remporté l’appel d’offre de l’ESA pour un vaisseau cargo en orbite terrestre, et qui développe une capsule avec pour objectif à moyen terme de l’amarrer à l’ISS en 2028. Et en 2026, la capsule va passer la deuxième phase de qualification pour ce faire.

The Exploration Company fait partie de ces entreprises, largement françaises, allemandes ou franco-allemandes, d’ailleurs, à avoir fait des levées de fonds impressionnantes en 2025. L’entreprise allemande HyImpulse, qui avait réussi avec succès son premier lancer-test en 2024, a levé 45 millions d’euros en 2025 pour développer son moteur hybride, qui pourra à la fin de son développement être potentiellement très utile à d’autres entreprises de lanceurs, voire à des applications de type missiles pour le secteur de la défense.

Côté développement de moteurs hybrides révolutionnaires, l’entreprise française HyPr-Space, qui est soutenue financièrement par la BPI et le CNES, l’agence spatiale française, a déjà mené l’année dernière deux tests réussis avec l’aide et la supervision de la DGA, et ils vont tenter, pour la DGA là encore, un lancement de leur petite fusée suborbitale Baguette One en 2026. Les applications militaires, vu la proximité avec l’armée française d’HyPr-Space, est assez évidente pour l’avenir.

Et côté recherche et exploration spatiale, y a-t-il aussi des développements ou est-ce que les aspects sécuritaires raflent tout ?

Le Salon du Bourget 2025, salon d’aéronautique et de spatial annuel en France, a donné l’occasion à beaucoup d’entreprises de se manifester sur leurs projets à financer et développer, comme la version habitée de la capsule Nyx de The Exploration Company, mais aussi des engins d’exploration scientifique, comme des rovers lunaires. C’est le cas de l’entreprise Venturi, qui en coopération avec le CNES et l’ESA a présenté le projet de rover Mona Luna, qui inscrit un petit peu plus la patte européenne en parallèle du grand cadre du programme Artémis.

Mais malgré des contre-exemples, ça reste un fait que les start-ups tournent souvent leur projets et leurs levées de fonds sous un angle qui laisse une grosse place aux applications militaires, d’une part en raison du contexte actuel, qui leur permet d’attirer plus d’attention et de financements, mais de toute façon, pour les financements privés, ç’a toujours été hélas une tendance observable, d’autant plus qu’on ne le répétera jamais assez, mais le secteur spatial a des temps de développement très longs, et les besoins sécuritaires sont plutôt urgents et prennent l’ascendant.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.