La guerre des étoiles

Les femmes à la conquête de l'espace (1/2)

© NASA Les femmes à la conquête de l'espace (1/2)
© NASA

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons pour un épisode histoire de La guerre des étoiles, consacré aux pionnières du voyage en orbite terrestre, et désormais au-delà !

C’est un sujet fascinant quand on l’aborde en comparant d’autres pierres angulaires de l’histoire de l’humanité, la présence de femmes dans les missions spatiales.

La première femme dans l’espace était Valentina Tereshkova, une soviétique, en 1963. Elle était ingénieure, ce qui démontre qu’en plus les femmes avaient déjà accès à des formations universitaires scientifiques et hautement diplômantes. Et 1963, c’est un an avant le Civil Rights Act de 1964 aux Etats-Unis qui abolit la ségrégation raciale, entre autres, dans les lieux publics y compris les écoles.

Vu comme ça, l’Union soviétique paraît plus progressiste que les Etats-Unis.

Alors qu’il n’y a pas photo, on parle bien d’un régime totalitaire. Mais ce côté utilitarien dans les pays soviétiques, où toute la population, y compris les femmes –et les enfants– se devait de participer à la grandeur du pays a paradoxalement donné accès à plus de carrières aux femmes en URSS, des échecs à l’ingénierie, et le métier de cosmonaute.

Dans la course à l’espace de la Guerre froide entre Etats-Unis et URSS, la symbolique était aussi importante que le concret. Les Etats-Unis ont riposté en envoyant une Américaine en orbite rapidement ?

Pas du tout, hélas. La première américaine en orbite s’appelait Sally Ride, et elle a effectué une mission en orbite vingt ans après le vol de Valentina Tereshkova, en 1983.

La féminisation de la profession a mis beaucoup de temps à se démocratiser… Dans les années 80 les femmes des pays occidentaux avaient acquis beaucoup plus de droits civiques.

La société a rattrapé et dépassé le secteur spatial sur ce point, très clairement. Des femmes travaillaient depuis longtemps pour les agences spatiales occidentales, y compris à des postes scientifiques hautement sélectifs. Mais sur la sélection des astronautes, la perception du corps de la femme comme étant plus fragile, moins adapté aux exigences très dures du vol, a longtemps barré l’accès des femmes à une carrière comme astronaute, mais aussi comme pilote d’avion de chasse dans l’armée, qui, on l’avait déjà évoqué, a toujours été le vivier de choix pour la sélection d’astronautes. En plus, puisque le corps de la femme est effectivement différent de celui des hommes, factuellement, là où la résistance à la douleur des hommes est pourtant notoirement connue pour être plus basse que celle des femmes ; les combinaisons ont toujours été conçues pour des astronautes masculins, dans une fourchette de taille déterminée, avec une anatomie –je pense ici particulièrement à la question de l’élimination des fluides corporels– déterminée. Et ces combinaisons qui sont aussi portées par des femmes sont depuis longtemps connues pour être inadaptées au corps féminin, d’où l’intérêt d’un renouvellement des combinaisons désuètes pour le programme Artémis.

Les choses ont-elles drastiquement évolué depuis ces jalons historiques ?

Pas tant que ça, malheureusement. Les femmes astronautes représentent 16% des astronautes sélectionnés depuis la création de la NASA. L’ESA a sélectionné huit femmes parmi les 17 astronautes de la promotion 2022 des nouveaux astronautes européens, ce qui dénote une volonté et un changement dans les statistiques à venir.

L’arrêt ordonné par l’administration Trump des recrutements inclusifs va par contre avoir des répercussions potentiellement lourdes sur la diversité des futures générations de scientifiques et d’astronautes aux Etats-Unis, puisque ces politiques favorisaient l’accès des femmes et des minorités ethniques, et des femmes issues de minorités ethniques comme Jessica Watkins, la première femme noire à avoir effectué une mission sur l’ISS en 2022. Et cet accès favorisé ne l’était pas juste pour la sélection des astronautes, mais l’accès aux études qui permettent d’être éventuellement sélectionnée : les astronautes sont la face visible des missions spatiales, mais la proportion de femmes dans les métiers scientifiques au sol a toujours été plus importante, mais va drastiquement changer pour le pire avec ce revers conservateur aux Etats-Unis.

Nous parlions la semaine dernière de Christina Koch, la première femme à voyager autour de la Lune. Le programme Artémis a fait une sélection d’astronautes reflétant la diversité des sociétés contemporaines, est-ce que les prochaines missions Artémis vont subir ce retour en arrière ?

A priori non, neuf des dix-huit astronautes sélectionnés par la NASA en 2020 pour Artémis, sans même parler des astronautes de pays partenaires, sont des femmes. Le nom du programme est celui d’une déité féminine. La volonté de diversifier les profils des astronautes d’Artémis va rester intacte, puisque les astronautes sont déjà sélectionnés. La question se pose plus sur les obstacles qui seront posés sur la route des jeunes femmes inspirées justement par cette représentation novatrice. Parce que l’engouement et les vocations suscitées vont se heurter à la destruction de l’état de droit américain par l’administration Trump.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.