Une chronique de Christine Le Brun, Experte Smart Cities & Places chez Onepoint, où nous parlerons de villes, d’outils et de technologies numériques, de données, mais aussi des citoyens et de ceux qui font les villes.
Christine Le Brun, vous êtes experte en territoires intelligents au sein du groupe Onepoint. Il y a quelque temps nous avions parlé de qualité de l’air dans les écoles à Bucarest. Vous revenez sur ce sujet avec un autre projet, à Barcelone cette fois.
Saviez-vous Laurence que le métro de Barcelone est l’un des plus anciens en Europe ? Il a fêté ses 100 ans en 2024 ! Avec 170 kilomètres, 12 lignes pour 183 stations, c’est moins que Paris qui en a presque le double et qui date de 1900, mais c’est quand même un vieux monsieur tout à fait respectable, et qui mérite des attentions particulières.
Et donc quels sont les symptômes ? Est-ce qu’il ne respirerait plus très bien ?
C’est à peu près cela. Son système de ventilation date lui aussi, ce qui pose des problèmes de pollution aux particules fines, mais aussi de régulation thermique. En été, il fait jusqu’à 35°C dans certaines stations. Pas le top en termes de confort des usagers. En plus, ce système vieillissant n’est pas très souple ; il fonctionne un peu en mode on/off, ce qui occasionne des dépenses énergétiques très importantes.
L’enjeu est donc de l’améliorer si je comprends bien ?
En effet. Et ce n’est pas une mince affaire, car dans un réseau souterrain comme le métro, le renouvellement de l’air se fait grâce à une ventilation mécanique, similaire à ces gros ventilateurs que l’on peut voir dans les tunnels routiers. Tenter d’en optimiser le fonctionnement est un problème complexe, tant le nombre de paramètres qui entrent en jeu est important et fluctuant. De nombreux facteurs comme la température, l’humidité, la qualité de l’air intérieure et extérieure, l’usure des rames, la fréquentation ou encore les conditions météo, interagissent entre eux et créent un environnement qui évolue en permanence.
Alors Christine, je suis sure qu’on a là un cocktail propice à l’utilisation des données, voire d’un peu d’intelligence artificielle !
Banco Laurence ! Et la capitale catalane n’est pas une novice dans les projets qui mettent en œuvre la pointe de la technologie numérique pour tenter de résoudre des problématiques diverses et variées. Et ici en effet, on a le sujet type pour un beau projet innovant, et ce projet c’est la plateforme RESPIRA. Elle combine à la fois de l’analyse de données, le pilotage des ventilateurs, et l’optimisation de la consommation énergétique.
Le point de départ est donc la surveillance des paramètres de qualité de l’air ?
Tout à fait. Comme toujours, il faut observer et mesurer pour pouvoir agir. Un système de surveillance en temps réel de la température, de l’humidité, et de la qualité de l’air a été mis en place. Mais plutôt que d’agir en simple réaction à ces observations, la plateforme réalise aussi des analyses prédictives, basées sur les prévisions météo et les tendances de fréquentation. Cela permet d’être plus dynamique dans la régulation, mais aussi d’intégrer la notion de confort thermique, qui est naturellement très sensible aux 2 facteurs que je viens de citer.
Et vous parliez aussi de consommation énergétique ?
En effet, ce n’est pas tout. Cet algorithme de machine learning, une technique d’intelligence artificielle, intègre et apprend en permanence de ce qui se passe sur le terrain en fonction de l’activité des ventilateurs. Et il ajuste celle-ci en continu en cherchant le meilleur compromis entre le confort thermique et un paramètre supplémentaire : la consommation énergétique. Tout n’est pas pour autant automatisé. Grâce à la plateforme, les informations sont centralisées, ce qui permet aux opérateurs de surveiller les installations, de piloter la ventilation à distance, et d’intervenir rapidement si besoin. En termes de maintenance, c’est une évolution essentielle qui facilite le maintien en condition et aide à planifier les futurs investissements.
Quels sont les résultats observés jusqu’ici ?
Le système contrôle pas moins de 324 ventilateurs répartis sur tout le réseau. Suite à son installation, on a observé une baisse de la température en station de 1,3°C, en même temps qu’une augmentation de 10,7 % du taux de satisfaction des voyageurs. Et grâce à l’amélioration du rendement des ventilateurs, on a constaté des économies annuelles autour de 1,7M€. Un budget qui permettra à court terme de compenser les investissements. C’est donc un projet particulièrement intéressant. Certes il est assez complexe car il combine la récolte de données en temps réel en environnement contraint, de l’analyse prédictive et du pilotage adaptatif. Mais il démontre aussi qu’il est possible d’améliorer le confort des voyageurs, et de mieux préserver leur santé, tout en réduisant les impacts environnementaux négatifs et les coûts d’exploitation.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.