La semaine de Quentin Dickinson

Revers de fortune pour Poutine, Trump et FTX - Quentin Dickinson

Revers de fortune pour Poutine, Trump et FTX - Quentin Dickinson

Alors, avez-vous passé une bonne semaine ?

Moi, oui, mais – pour des raisons bien différentes – nos amis POUTINE, TRUMP, et Sam BANKMAN-FRIED, beaucoup moins. Et ces nouvelles lointaines sont toutes chargées d’intérêt pour les Européens que nous sommes. Alors, rapidement : la soldatesque du premier s’est vue contrainte d’évacuer la ville ukrainienne de KHERSON ; les chances du second de revenir à la Maison-Blanche se sont considérablement amenuisées, à la fois parce que ses affidés ont fait moins bien que prévu aux législatives de mi-mandat, et aussi parce que se profilent contre lui des adversaires sérieux pour l’investiture du Parti républicain ; quant au troisième, le moins connu, il est (ou, plus exactement : il était) à trente ans le petit génie des cryptomonnaies et la coqueluche des milieux financiers. Depuis quelques heures, son empire s’est effondré, son principal concurrent ne veut même plus le racheter, et il doit trouver d’urgence six à huit milliards de Dollars. Bonne chance pour la rejouer, Sam !

Et plus près de nous, qu’est-ce que vous avez noté au cours de la semaine écoulée ?

D’abord, un apparent virage à 180° de la part de la Commission européenne, qui avait concocté un plan de financement destiné à faire grossir l’industrie de défense dans l’UE sur la base de programmes communs de recherche et de fabrication.

Curieusement, la guerre en Ukraine, qui était à l’origine de cette initiative, finit par produire l’effet contraire, puisque l’urgence est telle que les capacités de production dans l’UE sont très loin de pouvoir y répondre. C’est une situation un peu inhabituelle, où l’Europe à bien l’argent, mais pas les machines ni les bras. Le virage sur l’aile, c’est l’autorisation d’achats groupés de matériels non-européens – bref, un cadeau de taille aux Américains, dont les chasseurs-bombardiers F 35 équipent déjà quinze des vingt-sept forces aériennes des pays de l’UE, et dont le système de missiles anti-missile PATRIOT est voulu par tous.

Et vous avez repéré une autre reculade européenne ?

Vous êtes sévère, car on devrait sans doute plutôt parler de réalisme. En dépit de la pandémie, de la guerre, de l’économie mondiale chahutée, et de l’incertitude politique généralisée, les règles d’airain du Pacte de Stabilité budgétaire de l’UE n’avaient guère varié. C’est désormais chose faite, et leur assouplissement, qui reflète l’endettement massif des pays de l’UE, serait cependant assorti de sanctions renforcées. On est prié d’y croire.

Autre chose ?

C’est un peu anecdotique, mais vous aurez noté que, ces six derniers mois, le Parlement européen s’est plutôt retrouvé à l’arrière-plan de l’action sur les sources et les tarifs de l’énergie.

Les eurodéputés – ou, en tout cas, leur Présidente, Roberta METSOLA – entendent exister, et réclament des garanties de plafonds à imposer au financement d’énergies fossiles dans la période de transition vers le zéro-carbone. Ça ne peut pas faire de mal, et, en plus, ça marche, vu qu’on vient d’en parler.

Enfin – et on avait évoqué cette échéance ici la semaine dernière – les Slovènes ont élu dimanche la première femme à la Présidence de la République : il s’agit de Nataša PIRC-MUSAR, candidate de centre-gauche mais indépendante des partis, connues comme avocate spécialiste des droits humains. Elle a défait au second tour son adversaire conservateur, l’ancien Ministre des Affaires étrangères Anže LOGAR.

Venons-en maintenant à cette semaine – vous allez peut-être nous entretenir de la Coupe du monde de football au Qatar dimanche ?

Non, sûrement pas, car nos auditeurs comprendraient alors le niveau d’intérêt personnel que je porte au ballon rond (le ballon ovale, voilà autre chose) ainsi que mon opinion sur les conditions d’attribution de la qualité de pays-hôte à des États pas franchement infréquentables, mais quand même un peu improbables.

Je ne vous parlerai pas davantage des sommets économiques à BALI et à BANGKOK – on aura tout loisir d’en faire un bilan la semaine prochaine.

En revanche, jeudi est une journée chargée à LONDRES, où le nouveau Chancelier de l’Échiquier présente son budget intermédiaire dans une ambiance de crise. M. Jeremy HUNT (c’est son nom) n’a pas caché que son pays se trouve au bord d’un abîme fiscal (ce sont ses mots), alors que le Royaume-Uni est le seul État développé où l’emploi n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant la pandémie.

Toujours jeudi, les chiffres de l’inflation dans l’Union européenne en octobre seront rendus publics ; on peut rappeler que, dans la zone Euro, l’inflation a atteint les 5 % sur les produits manufacturés et les services, 12 % sur l’alimentation, et 40 % sur l’énergie.

Un autre rendez-vous électoral, je crois ?...

…et cette fois-ci, dimanche, au Kazakhstan. Ne croyez pas que je cite sans raison cet État peu connu des habitants de l’UE : cette ancienne république soviétique, désertique mais bourrée d’hydrocarbures, tient sa première véritable élection présidentielle ouverte depuis le démembrement de l’URSS, et aspire à se réorienter davantage, diplomatiquement et économiquement, vers l’Union européenne.

Enfin, nous serions impardonnablement incomplets si nous ne signalions pas la Fête nationale de la Principauté de Monaco qui sera célébrée dans la liesse populaire et sérénissime (n’en doutons pas) samedi.

Entretien réalisé par Laurence Aubron.