Michel Derdevet, président du think tank Confrontations Europe revient dans cette chronique hebdomadaire sur les dernières publications de son organisation, notamment de sa revue semestrielle. Énergie, numérique, finances, gouvernance européenne, géopolitique, social, les sujets d'analyse sont traités par des experts européens de tout le continent dont le travail est présenté par Michel Derdevet.
Le groupe de travail Santé de Confrontations Europe a récemment publié une rubrique sur les politiques d’intégration et de prévention dans un ouvrage collectif du CRAPS, un think tank spécialisé sur les questions de santé. Michel Derdevet, président de Confrontations Europe, nous en dit plus aujourd’hui.
En quoi investir dans la prévention peut nous permettre de faire des économies pour nos systèmes de santé ?
Pour commencer, il faut déjà comprendre la réalité démographique à laquelle nous sommes confrontés en Europe. Face au vieillissement de la population, nos systèmes de santé sont de plus en plus sollicités. Alors que les demandes de soins augmentent de manière exponentielle, nous faisons face à des contraintes de ressources et à une inflation des coûts.
Il existe un consensus international sur le fait que cette équation doit être résolue par des politiques de santé davantage tournées vers la prévention. Sa force réside dans le fait qu’elle agit à la fois sur la demande et sur l’offre de santé. Prenons l’exemple de la vaccination : l’immunisation contre les maladies infectieuses respiratoires, à l’instar de la grippe et du Covid-19, permet à la fois de désengorger les hôpitaux et de diminuer les coûts liés à leur traitement. D’une pierre deux coups : c’est l’idée derrière la prévention.
Comment la France se positionne-t-elle dans le domaine de la prévention par rapport à ses voisins européens ?
En matière d’investissement dans les politiques publiques de santé axées sur la prévention, la France fait partie des mauvais élèves en Europe. Malgré une longévité parmi les plus élevées de l’UE, elle présente par exemple des taux d’incidence généralement élevés par rapport à ses homologues européens. Il existe donc un véritable enjeu d’efficacité dans l’allocation des financements : seulement 4 % de nos dépenses de santé sont consacrées aux soins préventifs. C’est beaucoup moins qu’en Allemagne et aux Pays-Bas, et en dessous de la moyenne de l’UE.
Bien que les retours sur investissement soient particulièrement évidents dans certains domaines, notamment le dépistage précoce ou la couverture vaccinale, leurs effets prennent parfois du temps à se matérialiser. Il faut parfois attendre trois à six ans pour obtenir des résultats : les politiques de prévention doivent donc être pensées dans une logique de long terme.
Quel est le rôle de l’Union européenne dans tout cela ?
L’Union européenne est évidemment un acteur majeur, à travers ses réglementations, qui ont un impact important sur la santé publique. Je pense par exemple à la taxation du tabac et de l’alcool, ou encore à la réglementation des produits chimiques et de l’environnement. D’autres instruments structurants, comme le Beating Cancer Plan ou le programme EU4Health, sont également évoqués par notre groupe de travail. Désormais, il faut que l’Union européenne prenne un engagement politique fort en faveur de la prévention des maladies chroniques dans le cadre du prochain budget européen.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.