Dans Il était une fois l'Europe, l'historien Sylvain Schirmann revient sur des dates emblématiques de l'Histoire de l'Europe toutes les deux semaines sur Euradio.
La guerre en ex-Yougoslavie a montré les difficultés de l’Union européenne à parler d’une seule voix et à peser pleinement sur la scène internationale. Pour autant, l’Union européenne apparaît toujours comme un espace de paix, de stabilité et de prospérité auquel plusieurs pays souhaitent appartenir.
Le 1er janvier 1995, trois nouveaux États rejoignent ainsi l’Union européenne : l’Autriche, la Finlande et la Suède. L’Europe des Douze devient alors une Europe à quinze membres.
Sylvain Schirmann, pendant des décennies, l'Autriche, la Finlande et la Suède étaient restées en dehors de la Communauté européenne. Pourquoi ces pays, décident-ils finalement de rejoindre l’Union européenne ?
Plusieurs éléments interviennent. Il y d’abord le statut de ces États qui respectent une neutralité dans le contexte de la Guerre froide. C’est le cas de l’Autriche et de la Finlande dans le cadre de leur positionnement négocié à la fin de la guerre. C’est un choix de la Suède. La fin de la Guerre froide met fin à cette situation géopolitique. Les trois États se rapprochent de l’UE et entrent avec elle dans l’Espace Économique européen signé en 1992 dans le cadre du traité de Porto entre les pays de l’Association européenne de libre-échange, la CEE d’alors et d’autres pays européens libéraux. Entre les pays membres de cet espace, on applique en gros le fonctionnement du marché unique. Le fait de partager ce marché incite ces États à franchir le pas de l’adhésion, un pas pour eux d’autant plus nécessaire que l’Europe centrale et orientale a déjà manifesté son désir d’y adhérer. Les caractéristiques de ces États font aussi que la négociation est plus facile : partage de la démocratie, du libéralisme économique, de la convergence, etc.
La Suisse et la Norvège étaient elles aussi candidates. Pourquoi ces pays ont-ils finalement refusé d'adhérer à l'Union européenne ?
La Norvège a déjà été candidate au début des années 1970 et a alors également rejeté l’adhésion par référendum en 1972. C’est à nouveau le cas en 1974 par 52,2% des voix contre. Les Norvégiens ont privilégié le maintien de leur identité en ayant obtenu les avantages pour eux du marché unique et de la liberté de circulation des personnes (Schengen).
Pour la Suisse, il y a plusieurs textes : la demande d’adhésion de 1992, le 6 décembre 1992 la Suisse rejette de justesse (50,3% de non) l’adhésion à l’EEE. Le 4 mars 2001, elle rejette de même à 76,8% des voix un processus de négociations d’adhésion à l’UE et en juin 2016 le Parlement vote formellement le retrait de la demande d'adhésion en 1992. Il s’agit de protéger l’identité suisse : la souveraineté et la démocratie démocrate, la neutralité et le fédéralisme avec ce pouvoir très décentralisé des cantons. Il y a cependant des nuances régionales entre les cantons francophones et germanophones, entre les villes internationalisées et les campagnes. Berne a cependant adhéré à la convention de Schengen.
L'arrivée de trois nouveaux membres semblait faire consensus. Pourtant, elle soulevait déjà une question essentielle l'Union européenne peut-elle continuer à s'élargir sans se reformer ?
Il y a peu d’adaptations à faire : sur les questions agricoles et la pêche, sur le transit dans les vallées alpines et les questions de sécurité et de défense pour d’anciens États neutres. Les nouveaux entrants de 1995 vont pouvoir participer aux discussions sur les réformes nécessaires à l’entrée des PECO qui se profile : il faut adapter Maastricht. Une discussion importante s’ouvre dès lors.
En 1995, l'Union européenne s'agrandit. Une bonne nouvelle, mais aussi un nouveau défi, car à quinze, on ne décide plus comme à six, ni même comme à douze. Il faut donc adapter les institutions avant d’aller plus en avant.
Rendez-vous dans notre prochaine chronique pour découvrir comment les Européens vont tenter de relever ce défi avec le traité d'Amsterdam.
Un entretien réalisé par Olivier Singer.