L'éco de Marc Tempelman

Volkswagen sort de l’Eurostoxx 50

© Erik Mclean via Unsplash Volkswagen sort de l’Eurostoxx 50
© Erik Mclean via Unsplash

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Commençons par une nouvelle qui a fait les titres la semaine dernière : Volkswagen a été exclu de l'Euro Stoxx 50, l'indice phare des 50 plus grandes capitalisations boursières de la zone euro. C'est la première fois en 15 ans que le constructeur allemand sort de cet indice, après Stellantis l'an dernier. Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?

D'abord, rappelons le mécanisme : l'Euro Stoxx 50 est un indice pondéré par la capitalisation boursière. Autrement dit, seules les 50 plus grosses entreprises de la zone euro, selon leur valeurs de marché, y figurent. Volkswagen, dont l'action a perdu plus des trois quarts de sa valeur depuis les sommets de 2021, ne franchit plus le seuil requis. Son exclusion, effective le 21 septembre 2026, n'est pas un jugement sur ses perspectives, mais une application mécanique des règles de l'indice.

Concrètement, qu'est-ce que cela change pour les investisseurs ?

Pour les fonds indiciels – les ETF qui répliquent l'Euro Stoxx 50 –, c'est une obligation de vendre Volkswagen et d'acheter les nouveaux entrants, en l'occurrence Nokia et Engie, qui prennent respectivement la place de Volkswagen et de Wolters Kluwer. On parle de plus de 32 milliards de dollars d'actifs sous gestion sur les ETF Euro Stoxx 50, ce qui signifie des flux automatiques de plusieurs centaines de millions d'euros le jour de la bascule.

Donc une pression mécanique à la baisse sur Volkswagen, et à la hausse sur Nokia et Engie ?

Exactement. C'est ce qu'on appelle un effet de flux passif. Les gestionnaires de fonds indiciels n'ont pas le choix : ils doivent ajuster leurs portefeuilles pour coller à la nouvelle composition de l'indice. Cela peut amplifier les mouvements de cours à court terme, surtout sur des titres comme Volkswagen, déjà sous pression.

Au-delà de cet aspect mécanique, qu'est-ce que cette exclusion révèle de plus profond sur l'économie européenne ?

C'est là que ça devient intéressant. L'Euro Stoxx 50, créé en 1998, est un miroir de l'évolution de notre économie. À son lancement, les télécoms représentaient 17% de l'indice, l'énergie 15%, les assurances 13%. Aujourd'hui, la technologie représente 17% de l'indice, les services financiers 28%, et l'industrie un peu plus de 20% .

Donc un basculement vers la tech et la finance ?

Oui, et c'est logique. En 2008, la technologie ne pesait que 1% de l'indice, après la reclassification de Nokia, Philips ou Siemens dans d'autres secteurs. Aujourd'hui, avec la montée en puissance de l'IA et de la connectivité, des entreprises comme ASML, SAP ou maintenant Nokia ont pris le relais.

Et du côté des constructeurs automobiles ?

C'est l'autre face de la médaille. Avec la sortie de Volkswagen, il ne reste que trois constructeurs dans l'indice : BMW, Mercedes-Benz et Ferrari. Il y a encore cinq ans, cela aurait été inconcevable. Mais la concurrence chinoise, les tarifs douaniers, la transition électrique et les coûts de restructuration pèsent lourdement sur les constructeurs traditionnels. Stellantis est sorti l'an dernier, Volkswagen cette année : le secteur automobile européen perd du terrain dans les indices de référence.

Donc l'Euro Stoxx 50 raconte l'histoire d'une Europe qui se transforme ?

Tout à fait. En 1998, l'indice était dominé par les télécoms, l'énergie et les assurances. Aujourd'hui, ce sont la finance et la technologie qui tirent la performance.

Et le luxe dans tout ça ?

Ah, le luxe, c'est la particularité européenne ! L'Euro Stoxx 50 est le seul grand indice mondial à compter autant de champions du luxe : LVMH, Hermès, Kering, Richemont, et maintenant Ferrari, qui a rejoint l'indice en 2021. Ensemble, ces entreprises représentent près de 10 à 12% de la capitalisation totale de l'indice, un poids sans équivalent dans le S&P 500 américain ou le Nikkei japonais. C'est le reflet d'un avantage comparatif européen : la capacité à créer de la valeur à partir du patrimoine culturel, du savoir-faire artisanal et du branding. Là où les États-Unis sont les champions de la tech, l'Europe exporte du rêve et de l'excellence.

Et pour l'investisseur particulier, quelle leçon tirer de tout cela ?

Deux choses. D'abord, un indice n'est pas statique : il évolue avec l'économie. Investir sur l'Euro Stoxx 50, c'est parier sur la capacité de l'Europe à se réinventer, avec une exposition croissante à la tech et à l'industrie de pointe . Ensuite, les exclusions et inclusions mécaniques créent des opportunités et des risques à court terme, mais c'est la tendance de fond qui compte. Volkswagen sort, Nokia et Engie entrent : c'est le reflet d'une économie qui se digitalise et se décarbonise.

Un entretien réalisé par Laurent Pététin.