L'état de l'État de droit - Elise Bernard

Un bilan de l'État de droit en 2025

Image d'illustration générée par l'intelligence artificielle. Un bilan de l'État de droit en 2025
Image d'illustration générée par l'intelligence artificielle.

Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.

L’Etat de droit et ses dynamiques démocratiques dans l’Union européenne, tout au long de l’année 2025, ont été particulièrement conflictuelles et hautement polarisées.

En effet Laurence ! D’abord parce que plusieurs États membres continuent de faire l’objet de critiques sur l’indépendance de la justice, la liberté des médias et l’utilisation partisane des fonds européens, ce qui maintient le recours au mécanisme conditionnant les financements au respect de l’Etat de droit.

On a pu voir tout au long de l’année que la question qui se pose de plus en plus directement est de savoir si l’Union européenne est un “simple” mécanisme de redistribution des cotisations en subventions ou si elle poursuit une vision particulièrement exigeante de l’Etat de droit.

Cela s’explique par une année marquée par une nouvelle poussée des forces national‑populistes au Parlement européen et dans plusieurs capitales, nourrie par la fatigue de la guerre et ses conséquences inflationnistes. S’ajoutent à cela, les inquiétudes face à la transition écologique et une ingérence extérieure décuplée, alimentée aussi bien par la guerre hybride de Moscou contre l’Europe que par la pression psychologique de Washington en faveur des forces politiques national populistes populistes, peu favorables à un Etat de droit exigeant.

C’est vrai que maintenant, le groupe de Visegrad se retrouve avec 3 membres sur 4 alignés sur les positions de droite radicale de l’indéboulonnable Premier ministre hongrois Viktor Orban !

Et cela aurait été pire si la Pologne avait toujours un gouvernement issu du parti Droit et Justice ! Plus largement, cette présence national-populiste fragilise les coalitions traditionnelles et complexifie l’adoption de nouvelles régulations en faveur de la protection de l’environnement ou des services numériques.

Et les conséquences s’annoncent dramatiques ! Il y a un an, on a découvert que META aurait touché plus de 300.000€ du réseau de désinformation russe Doppelgänger.

Eh oui ! Et ce, malgré la surveillance accrue de la Commission européenne ! C’est que sa lenteur administrative contraste avec l’agilité des entreprises technologiques, qui adaptent rapidement leurs stratégies pour échapper aux contraintes réglementaires.

Il ne suffit pas de prévoir des sanctions, il faut être capable de les faire appliquer efficacement !

Absolument, mais à l’heure actuelle on parle plus des méfaits d’un excès de normes… ce qui au final ne nous permet pas d’aboutir à des décisions structurantes.

L’année 2026 s’annonce angoissante malheureusement.

Il est clair que les sanctions américaines frappant actuellement les défenseurs de l’Etat de droit - juges et décideurs politiques – peuvent décourager. C’est vrai aussi qu’il peut sembler plus confortable de se conformer aux desiderata des puissances agressives.

J’ai cependant toujours foi au bon sens des citoyens. En un an, je constate que le discours national populiste européen, peu favorable à l’Etat de droit exigeant que fixe l’Union, perd en clarté. D’abord, il décrédibilisait l’UE parce que ce serait un cheval de Troie des USA. Mais les USA ont commencé à décrédibiliser l’UE parce qu’elle lui est néfaste. En ce début de 2026, il se réjouit de l’intrusion des USA au Venezuela, justifie l’action armée russe en Ukraine mais se revendique fervent défenseur de la souveraineté des Etats. Le ton sera donné avec les élections législatives en Hongrie, en avril 2026, probablement.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.