Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.
La vision d’un État de droit exigeant semble enfin prévaloir en Hongrie. Cependant, après sa victoire massive aux élections générales, le travail qui attend le nouveau Premier ministre hongrois, Peter Magyar, s’annonce colossal.
C’est vrai Laurence que dès le lendemain des législatives du 12 avril, il était question de relancer la coopération entre les représentants des États membres, notamment sur deux dossiers clés : le prêt européen à l’Ukraine et le déblocage de fonds européens gelés pour atteintes à l’État de droit.
Le symbole est important mais en ce qui concerne l’État de droit, l’Union européenne attend des engagements concrets !
Certes, le nouveau pouvoir affiche une orientation plus pro-européenne, mais 16 années de dérives ne se corrigent pas en quelques réformes. Il commence quand même à y avoir urgence, car ce sont près de 10 milliards d’€ qui pourraient échapper à la Hongrie d’ici août 2026.
En Hongrie, le travail de reconstruction de l’État de droit s’annonce donc complexe et long.
Les premières mesures seront décisives pour rétablir la démocratie et débloquer les fonds européens conditionnés au respect de l’État de droit. Le nouveau gouvernement doit rétablir les contre-pouvoirs, appliquer les décisions de justice européennes et respecter les conditions pour débloquer les fonds européens.
En définitive, l’enjeu est double : il concerne à la fois la crédibilité des réformes nationales et la capacité de la Commission à en assurer un suivi rigoureux et transparent.
La restauration de l’État de droit en Hongrie dépendra d’un calendrier exigeant et de conditions strictes fixées par l’Union. Pour ce mois d'août, Budapest doit remplir 27 « super jalons » sur la corruption et l’indépendance judiciaire pour accéder aux financements européens. Le nouveau gouvernement de Péter Magyar, fort d’une majorité des deux tiers, peut réformer en profondeur institutions, justice, médias et même adopter une nouvelle Constitution.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.