Chaque semaine sur euradio, retrouvez la chronique de Bernard Guetta, député européen, qui effectue un retour sur les actualités et événements européens actuels.
Cette ruée vers Pékin, en ordre dispersé et totalement irréfléchie, c’est exactement ce qu’il ne faudrait pas faire. Ce fut d’abord le chef du gouvernement australien. Le président français et les Premiers ministres irlandais, canadien et britannique ont suivi. Ce sera bientôt le chancelier allemand avant bien d’autres encore car ce qui se passe est clair.
Avec la Chine, les Européens ont enregistré en 2024 un déficit commercial de plus de 300 milliards d’euros. Cela ne s’est pas arrangé l’année dernière et n’est nullement parti pour s’améliorer cette année. L’Union aurait aujourd’hui toutes les raisons d’entraver au plus vite cette déferlante chinoise mais ses Etats craignent des mesures de représailles alors qu’ils ont tous un besoin vital de développer leurs exportations vers Pékin. Comme l’Australie et le Canada, chacun d’entre eux essaie donc de placer ses pions avant les autres dans ce qui devient une bataille fratricide.
Tapis rouge et grands sourires, Xi Jinping n’en cache plus sa joie. On en viendrait presque à croire ce qui se dit des Européens – « divisés », « naïfs », « grands perdants du changement d’ère » – mais c’est pourtant bien eux qui avaient su torpiller le plan américano-russe de reddition de l’Ukraine et qui ont fait reculer Trump sur le Groënland. Comment comprendre alors qu’ils soient unis face à Trump et Poutine mais si désunis face à Xi qu’ils lui épargnent la peine d’avoir à les diviser pour régner ?
La réponse est qu’il suffit de se coordonner pour contrer une agression mais qu’il faudrait avoir déjà fait de l’Union une puissance politique pour négocier d’égal à égal avec la Chine. Il n’était pas évident de trouver armes et argent pour soutenir l’Ukraine mais il n’était pas impossible d’y arriver, même trop tard et trop peu. Il n’était pas donné de dire « non » à Trump sur le Groënland mais même Viktor Orban n’a pas osé lui dire « oui » tandis que face à Xi, l’Union souffre de l’Himalaya de ses faiblesses.