Quoi de neuf en Europe ?

L'initiative diplomatique de JD Vance et les manifestations contre le gouvernement tchèque

Photo de Josh Beech sur Unsplash L'initiative diplomatique de JD Vance et les manifestations contre le gouvernement tchèque
Photo de Josh Beech sur Unsplash

Chaque semaine sur euradio, Perspective Europe, l'association du master "Affaires européennes" de Sciences Po Bordeaux, revient sur l'actualité bruxelloise et européenne. 

“ Quoi de neuf en Europe ? “, c’est le nom que porte la chronique hebdomadaire réalisée par l’association Perspective Europe. Les étudiants du master Affaires Européennes de Sciences Po Bordeaux se sont donnés pour mission de décoder pour vous, chers auditeurs, l’actualité européenne. Alors quels ont été les moments forts de la semaine qui vient de s’écouler ? On en discute tout de suite avec Fédor Dupont-Nivet. Bonjour et Bienvenue !

Bonjour Laurence, cette semaine nous allons parler de l’initiative diplomatique de JD Vance pour créer un bloc commercial des minéraux critiques. Ce serait une sorte d’OPEP pour les minéraux critiques, qui fixerait des prix planchers coordonnées.

Lors du sommet, cinquante-quatre pays étaient présents, parmi eux l’Union européenne, le Japon, l’Australie et l’Inde. L’objectif affiché était de garantir ensemble la sécurité d’approvisionnement en métaux stratégiques — tout en réduisant la dépendance à la Chine, qui domine la chaîne d’approvisionnement en cette matière. Elle raffine 65% du Lithium, 90% du Graphite, 60% du Cobalt et 92% des terres rares. La Chine est également dominante en termes d’extraction, elle extrait 80 % du Graphite, 18% du Lithium et 70% des terres rares sont extraites sur son territoire, et elle dispose de liens commerciaux très forts avec la RDC qui lui procure du Cobalt. Ces minéraux critiques sont indispensables pour des industries stratégiques comme la défense et les semi-conducteurs. La concentration chinoise en fait un réel enjeu de souveraineté. L’UE a été d’autant plus confronté à cette réalité depuis que Pékin a restreint ses exportations en matériaux critiques en 2025.

Les décideurs européens ont surement anticipés cette problématique.

Effectivement, depuis avril 2024, le Critical Raw Materials Act est entré en vigueur.   Les objectifs de cette législation sont une production de 10% d’extraction domestique et un taux de recyclage de 25% d’ici 2030, en plus de l’objectif de diversifier les partenaires commerciaux pour réduire la dépendance envers la Chine. 

C’est une législation qui fixe entre autres l’objectif de 10% d’extraction domestique d’ici 2030 pour les matériaux critiques. Suite aux restrictions d’exportations de la Chine, la commission Européenne a émis un plan d’action baptisé « RESourceEU », censé reproduire, pour les minerais, la logique du REPowerEU de 2022.Le plan est ambitieux, avec 3 milliards d’euros sur douze mois et quarante-sept projets dits « stratégiques ». Mais les obstacles ne sont pas seulement techniques : ils sont aussi institutionnels et politiques.

C’est-à-dire ?

Et cela se voit à Cínovec, en République tchèque : ce projet de lithium, présenté comme stratégique pour l’autonomie énergétique et labellisé par la Commission comme l’un des 60 projets phares du CRMA, fait l’objet d’un contentieux majeur avec les autorités locales. Les maires et la région Ústí nad Labem s’opposent fermement, craignant pollution de l’eau, trafic lourd et absence de transparence sur l’impact environnemental. Les associations comme Cinvald dénoncent aussi les risques hydrologiques et le manque d’études finales, s’appuyant sur les procédures UE, mais ce sont bien les collectivités qui détiennent le levier principal via refus de permis et absence de consensus public. Même lorsqu’un projet est labellisé « stratégique », ce sont encore les États qui délivrent les licences minières, octroient les subventions et assument le coût politique. Un changement de gouvernement à Prague, à Madrid ou à Berlin peut ralentir, voire annuler, une initiative pourtant soutenue par Bruxelles.

Alors, l’autonomie industrielle reste à construire…

Oui, et sous haute tension. Pendant que l’Europe débat, les États-Unis avancent avec leur « projet Vault », véritable réserve stratégique de minéraux critiques. La Chine, elle, continue d’investir dans des mines en Afrique ou en Asie centrale.L’Union européenne reste mobilisée, mais elle découvre à quel point sa propre architecture juridique peut aussi ralentir sa marche vers l’indépendance.

Deuxième actualité cette semaine, 80 000 Tchèques ont défilé à Prague dimanche pour soutenir leur président Petr Pavel contre le gouvernement Babiš. On y a vu des drapeaux tchèques, européens et ukrainiens. Pouvez-vous nous expliquer d’où vient ce bras de fer Fedor?

D’un côté nous avons le président pro-européen et un Atlantiste Petr Pavel, et de l’autre, le gouvernement composé de la coalition avec les partis d'extrême droite SPD, le parti anti-écolo et anti-UE intitulé “Les automobilistes” et le mouvement d'extrême droite ANO dirigé par Andrej Babis. 

L’origine des tensions est la proposition du ministre des Affaires étrangères Petr Macinka, qui exige que le président Pavel nomme Filip Turek au ministère de l’Environnement. C’est un ex-influenceur du parti des automobilistes, connu pour ses saluts nazis et ses injures raciales envers des hommes politiques noirs. Suite au refus de Petr Pavel de placer Turek au ministère, le président a rendu publiques les nombreuses menaces qu’il a reçues par messages de la part du ministre des Affaires étrangères, Petr Macinka, également membre du parti des automobilistes. 

Et que fait donc Babiš, le premier ministre à la tête du gouvernement? Est-il coincé avec ses alliés extrémistes ?

Babis joue la prudence. Sa coalition tient par ce petit parti eurosceptique qui forme les automobilistes. Une motion de défiance est en débat ce mardi, mais Babiš veut éviter l’escalade avec le Château présidentiel.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.