Aux portes de l'UE

Le 21ème train de sanctions européennes contre la Russie dévoilé

© Représentation en France - Commission européenne Le 21ème train de sanctions européennes contre la Russie dévoilé
© Représentation en France - Commission européenne

Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.

La semaine dernière, la Commission européenne a présenté le 21ème train de sanctions contre la Russie – celui-ci a peiné à se concrétiser alors que la Hongrie bloquait tout nouveau paquet de sanctions. Maintenant que Viktor Orbán n’est plus à la tête du pays, l’adoption de ces sanctions devient plus réaliste. Quelles mesures additionnelles contient ce paquet et quelle est leur but ?

Ce dernier train de sanctions, comme tous les précédents, a pour but de briser l’économie de guerre russe pour rendre toute action militaire très couteuse et difficile pour Vladimir Poutine. Ce nouveau paquet vise davantage les banques et les institutions financières russes qui permettent à Poutine de continuer d’alimenter sa machine de guerre. La Commission propose notamment de geler les avoirs de près de 90 banques, ainsi que d'imposer des interdictions supplémentaires sur les transactions à plus de 30 banques en Russie et de pays tiers. L'UE interdira également les transactions sur 11 plateformes de cryptomonnaies, devenues un moyen privilégié du Kremlin de financer ses actions de sabotage en Europe de manière opaque, sans la transparence des systèmes de paiement classique.

Par exemple, des preuves recueillies par les services secrets de la Pologne et d’autres pays européens témoignent que la Russie recrute des gens ordinaires en Europe sur la plateforme Telegram pour faire des actes de sabotage, d’espionnage, d’intimidation... tout en les payant pour ces actes en cryptomonnaie.

En ce qui concerne le secteur de l’énergie qu’est-il prévu ? Car pour Poutine c’est le secteur qui rapporte le plus d’argent pour alimenter sa guerre en Ukraine.

C’est vrai que les revenus du pétrole sont une source clé de financement de la guerre pour le Kremlin. Dès leur imposition en 2022, les sanctions européennes ont systématiquement visé le secteur énergétique russe. Ainsi, l’UE a fixé le plafond tarifaire sur le pétrole russe qui était à la hauteur de 44 dollars en janvier 2026.

Alors que ce plafond tarifaire est censé s’ajuster au marché, ce dernier train de sanction propose de geler le mécanisme d'ajustement afin d'empêcher que la Russie profite de la crise au Moyen Orient qui fait augmenter les prix du pétrole. Plus encore, l’UE propose de sanctionner une trentaine de navires utilisés par la Russie pour exporter du pétrole et du gaz, souvent appelés "la flotte fantôme russe".

Il est bien de savoir que dès le début de cette année, on a constaté que les recettes du secteur de l'énergie russe ont chuté d'environ 40 %. Cela est également la résultante du travail des forces armées ukrainiennes qui ont augmenté la puissance, la fréquence et la profondeur des frappes contre les raffineries de pétrole en Russie.

Par exemple, la dernière frappe dans la nuit du 14 juin a touché la raffinerie dans la région de Yaroslavl, à 700 km de la frontière ukrainienne. En tout, on estime que les frappes ukrainiennes ont détruit 40% de la capacité d'export pétrolier russe depuis le début de la guerre.

Le secteur financier, le secteur d’énergie... ce sont des volets que l’UE a privilégié à juste titre dans ses efforts pour réduire la capacité de Poutine de continuer cette guerre. Une autre entrée d’argent serait le commerce, quelles sont les mesures prévues dans ce secteur ?

Tout à fait. L’UE a mis en avant de nouvelles restrictions sur l'exportation des biens et des technologies utilisés par l'industrie militaire russe. Les métaux et alliages utilisés dans les secteurs de l'aérospatiale et de la défense sont ainsi concernés. En plus, les entreprises qui exportent leurs technologies en Russie, notamment les 30 entités dans le secteur de la fabrication de drones sont visées.

L’UE envisage également le contrôle renforcé des exportations de 50 entreprises en Chine, en Turquie, au Kirghizistan, au Kazakhstan, aux Émirats arabes unis ou encore en Inde. Ce point est clé car des composants de pays tiers, y compris européens, sont trouvés jusqu’à aujourd’hui dans les missiles et les armes que la Russie déploie contre l’Ukraine.

Et quand est-ce que les sanctions vont entrer en vigueur ?

Tout d’abord, il faut que les sanctions soient négociées avec les capitales de l'UE et après approuvées par les 27 états membre de l’UE. Certains estiment que le 21ème train de sanctions devrait être approuvé d'ici le 15 juillet, date butoir pour la révision du plafond tarifaire sur le pétrole russe.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.