L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.
Le 2 avril, Artémis II a décollé depuis la Floride, avec quatre astronautes à bord pour un voyage de dix jours autour de la Lune. C'est la première mission habitée aussi loin de la Terre depuis 1972. Vu d'Europe, pourquoi ce lancement est-il si important ?
Parce que ce n'est pas seulement un succès américain. Cette mission montre que l'Europe est devenue un partenaire indispensable de l'exploration lunaire. Le vaisseau Orion ne pourrait pas fonctionner de la même façon sans le module de service européen, fourni par l'Agence spatiale européenne et assemblé par Airbus. Il a un rôle essentiel, puisque c’est lui qui apporte l'électricité, la propulsion, l'eau, l'air et le contrôle thermique.
Donc derrière l'image très américaine du décollage, il y a en réalité une forte présence européenne ?
Absolument. Artemis II montre que l'exploration spatiale se joue désormais dans les alliances. Les États-Unis gardent le leadership politique et militaire du programme, mais ils ont besoin de partenaires fiables. L'Europe, elle, y gagne une place stratégique : elle prouve sa valeur technologique et elle s'installe à la table où se décident les futures règles de la présence humaine autour de la Lune.
On entend souvent que l'Europe manque d'autonomie stratégique dans l'espace. Est-ce que cette mission change quelque chose ?
Elle ne règle pas tout, mais elle change l'image de l'Europe. D'un côté, l'Union européenne cherche à défendre son autonomie avec ses propres lanceurs, comme Ariane 6, et avec ses programmes de connectivité ou de navigation. De l'autre, dans l'exploration habitée lointaine, elle accepte une logique d'interdépendance. C'est une forme de réalisme européen : seule, l'Europe ne peut pas mener aujourd'hui une mission lunaire habitée ; en revanche, elle peut devenir un partenaire que personne ne peut contourner.
Il y a aussi une rivalité internationale derrière ce retour vers la Lune ?
Oui, clairement. Artemis II s'inscrit dans une compétition mondiale qui oppose surtout les États-Unis et la Chine. Dans ce contexte, l'Europe doit choisir sa place. En restant dans le camp américain, elle sécurise son accès aux grands projets lunaires et elle renforce son ancrage transatlantique.
Et politiquement, qu'est-ce que l'Europe cherche à montrer avec cette participation ?
Qu'elle peut peser dans les grands équilibres du XXIe siècle. Aujourd'hui, l'espace n'est plus seulement un sujet scientifique, c'est aussi un sujet de puissance, d'industrie, de sécurité et d'influence. En participant à Artemis II, l'Europe montre qu'elle sait produire des technologies critiques, coordonner une industrie répartie entre plusieurs pays et défendre ses intérêts.
Donc au fond, pour l'Europe, cette mission dépasse largement la seule question spatiale ?
Absolument. Artémis II est un test technique, mais pour l'Europe c'est surtout un test politique. L'Europe ne veut pas seulement accompagner le retour vers la Lune, elle veut aussi compter dans le monde qui est en train de s'organiser autour de cette nouvelle frontière.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.